Grâce à la science des données, nous en sommes à « l’actuaire 5.0 »

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Reconnus en tant qu’analystes des risques, les actuaires assistent à une très large transformation de leur métier, de par le développement des nouvelles technologies et notamment la science des données.

Aujourd’hui, le volume d’informations à traiter a littéralement explosé, élargissant considérablement les champs classiques d’intervention des actuaires : la fixation des prix, la constitution de réserves et la gestion des risques relèvent désormais pour grande partie de l’actuariat. Retour sur un métier crucial pour l’assurance, plus que jamais en mouvement.

Éclairer les risques, tracer l’avenir

A la pointe des innovations statistiques et des dernières tendances de modélisation économique, exigeant une parfaite maitrise des outils informatiques, le métier d’actuaire a cette qualité si peu répandue dans le commun de mortels de savoir faire parler les chiffres, et mieux encore, y prendre plaisir.

Métier à la rémunération attractive, l’actuariat joue un rôle crucial à la fois dans l’optimisation des produits d’assurance existants et l’élaboration des produits de demain.

« Les actuaires sont un peu les garants de l’équilibre financier de la société d’assurance. On dit parfois que l’actuaire éclaire l’avenir, » souligne ainsi Anne-Laure Beneteau, actuaire chez Axa s’exprimant au sein de la campagne de France Assureurs « J’assure mon futur » visant à promouvoir les métiers de l’assurance.

Une profession régie en France par l’Institut des actuaires

Association loi 1901 fondée en 1896 et reconnue d’utilité publique, l’Institut des Actuaires représente et organise la profession en France. Comptant plus de 4 500 membres, il remplit diverses missions :

  • Veiller à la qualification et au professionnalisme de ses membres
  • Etablir et faire respecter les normes professionnelles et les règles de déontologie
  • Agréer les formations initiales et continues
  • Intervenir auprès des principaux acteurs du monde assurantiel et financier (assurance, prévoyance, retraite, réassurance, banque et gestion d’actifs…)
  • Organiser des congrès, des formations, des ateliers, des conférences et des débats
  • Représenter la profession en France et à l’international.

Un travail qui s’est considérablement élargi

Interrogé par Actupool, Wilhelm Schneemeier, président de l’Association actuarielle européenne (AAE) et membre du conseil d’administration de l’Association allemande des actuaires (DAV), explique les évolutions fondamentales du métier observées ces dernières années : « notre profession a toujours travaillé avec les données. Néanmoins, la quantité de données a changé avec le temps. Auparavant, il y avait tout simplement moins de données chiffrées disponibles. Par exemple, les informations liées à la santé étaient souvent conservées sous forme de texte. Or aujourd’hui nous sommes en mesure de traiter ces données et nous les prenons beaucoup plus en considération dans nos calculs. »

Autant dire qu’en conséquence, le volume de données traitées à tout bonnement explosé : « Le volume d’informations est tout simplement énorme. Il existe 1,5 téraoctet de données sur chaque individu. »

La profession d’actuaire n’a donc cessé de se développer et de se spécialiser : « avant l’année 2000, la gestion d’actifs était le thème majeur pour les actuaires avec l’apparition du concept de « l’actuaire 3.0 ». La gestion des risques nous a amené à « l’actuaire 4.0 ». Aujourd’hui et grâce à la science des données, nous en sommes à « l’actuaire 5.0 ». Et le développement et la spécialisation au sein de notre profession ne va pas s’arrêter là. Les associations actuarielles européennes vont également étendre leur champ d’action. »

En effet aujourd’hui, les données et algorithmes sont utilisés dans des domaines qui dépassent de loin le cadre classique des activités actuarielles, par exemple pour fixer les prix, constituer des réserves et gérer les risques.  « Par ailleurs, on ne peut pas non plus ignorer les problèmes tels que le changement climatique et la pandémie, pour lesquels en tant qu’actuaires nous devons encore plus développer notre savoir-faire », ajoute Wilhelm Schneemeier.

Rester vigilant sur l’éthique, et se poser les bonnes questions

En plus d’élargir le champ de compétences des actuaires, ces évolutions accroissent également leur responsabilité, toute technologie novelle devant être appréhendée en se posant les bonnes questions. C’est ce qu’explique là encore Wilhelm Schneemeier : « L’une des inquiétudes majeures de l’AAE est la responsabilité éthique pour les données : comment peut-on se démarquer ? Et à partir de quand est-ce que cela risque de devenir une source de discrimination ? Et que signifie la fiabilité de l’intelligence artificielle ? »

Les réponses ne sont pas figées, tout reste une question d’équilibre comme l’illustre cet exemple concret sur l’assurance automobile : « bien sûr, ce n’est pas notre objectif que certains groupes n’aient plus accès à l’assurance automobile mais si nous ne pouvons plus faire de différence entre les genres au moment de fixer les annuités, c’est tout simplement mauvais du point de vue de l’exposition au risque pure. »

Autant dire que les différentes structures et associations actuarielles planchent en permanence sur ces questions, y compris concernant la formation des actuaires : « L’association française en est un parfait exemple : en plus de la qualification actuarielle, une filière Science des données a été créée avec succès. En Allemagne, nous sommes allés plus loin dans la spécialisation en proposant des formations pour devenir Scientifiques de données actuarielles certifiées. »

En France, invité dans l’émission web Portraits d’entrepreneurs diffusée par Le Point, le président de l’Institut des Actuaires Philippe Talleux confirme ces prises de responsabilité et le rôle que l’actuariat est voué à jouer au sein des grands débats actuels de nos sociétés : « l’Institut des Actuaires joue un rôle d’utilité publique vis-à-vis de la société, consistant à partager notre expertise lorsque les sciences actuarielles peuvent servir l’intérêt général de promouvoir tous les sujets de bien commun. Nous sommes donc des partenaires de discussion avec les pouvoirs publics ou les associations professionnelles. »

Philippe TALLEUX, Président de l’Institut des Actuaires, lors de son audition à la Commission Économie et finances du CESE dans le cadre de la saisine « Risques émergents et système assurantiel : quelles conséquences et quelles évolutions ? », précise :

Au fond, toutes ces évolutions ne doivent pas faire oublier à la profession ses fondamentaux comme le rappelle Wilhelm Schneemeier : « Il est très important de faire face ouvertement aux évolutions actuelles. Mais, en tant qu’actuaires, nous devons nous concentrer sur ce qui nous rassemble au cœur de notre métier. Et ce sera toujours une solide base mathématique, et l’utilisation de méthodes stochastiques et des statistiques dans un contexte économique. Au final, on en revient toujours aux algorithmes, à leur paramétrage, à la transparence et à la plausibilité de leurs résultats. »

Le 21ème Congrès des Actuaires

A noter que l’Institut des actuaires organisera le 23 juin prochain à la Maison de la Mutualité à Paris, le 21ème Congrès des Actuaires sur le thème « Éclairer l’avenir dans un monde en transition ». 

Ce rendez-vous annuel s’adresse à tous les professionnels, actuaires ou non qui souhaitent bénéficier de l’avis d’experts, échanger sur les nouveautés du secteur et les meilleures pratiques. Au programme, des conférences plénières, des tables rondes et des ateliers thématiques.

Vous souhaitez témoigner, exprimer vos convictions, pour alimenter notre prochain dossier sur « Le nouveau monde des actuaires ? »  N’hésitez pas à nous contacter.

 

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