Adieu l’assurance charbon, mais quid du gaz et pétrole ?

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Selon le communiqué de presse du collectif climatique Insure Our Future, 62 % des réassureurs ont désormais des politiques de sortie du charbon et 38 % ont des exclusions du pétrole et du gaz alors que l’abandon des combustibles fossiles s’accélère.

Une exclusion progressive nécessaire

Les restrictions des compagnies d’assurances sur le pétrole et le gaz commencent enfin à rattraper celles sur le charbon, d’après de nouvelles données de la campagne Insure Our Future. Avant la COP27, la coalition de campagne soutient que les assureurs doivent désormais sortir complètement du nouveau charbon, pétrole et gaz et démontrer que l’industrie est prête à respecter ses engagements nets zéro.

Le tableau de bord annuel d’Insure Our Future classe les 30 premiers assureurs mondiaux de combustibles fossiles en fonction de la qualité de leurs polices d’exclusion des combustibles fossiles. Cette année, Allianz, AXA et Axis Capital se classent en tête pour leurs politiques de sortie du charbon, tandis qu’Aviva, Hannover Re et Munich Re arrivent en première position pour leurs exclusions du pétrole et du gaz.

En bas du classement se trouvent les assureurs américains Berkshire Hathaway et Starr, et le transporteur bermudien Everest Re. Les Lloyd’s of London obtiennent également de très mauvais scores après avoir annoncé un cadre de sortie du charbon en 2020 pour finalement faire marche arrière en le déclarant facultatif.

Liberty Mutual, Chubb et Tokio Marine ont adopté certaines restrictions sur le charbon, mais assurent activement l’expansion de l’industrie pétrolière et gazière. Les assureurs chinois PICC et Sinosure n’ont adopté aucune restriction sur les combustibles fossiles, mais, conformément à la politique du gouvernement chinois, ne couvriront plus les nouvelles centrales à charbon à l’étranger.

Certains acteurs se lancent dans la course

Au moment de la COP de 2021, seuls Suncorp, Generali et AXA avaient adopté des restrictions sur l’assurance des projets pétroliers et gaziers conventionnels, mais d’autres acteurs ont depuis emboîté le pas, portant le nombre total de polices à 13. En conséquence, la part de marché des assureurs soumis à des restrictions pétrolières et gazières est passée de 3 à 38 % chez les réassureurs, et de 5 à 15 % chez les assureurs directs. 18 assureurs ont exclu de soutenir l’oléoduc canadien Trans Mountain et 18 se sont engagés à ne pas non plus s’impliquer dans l’oléoduc de pétrole brut d’Afrique de l’Est.

Le charbon, quant à lui, est devenu de moins en moins assurable en dehors de la Chine. Le nombre de polices de sortie du charbon est passé de 35 à 41 en 2021, les principaux assureurs américains AIG et Travelers rejoignant enfin la mêlée. La part de marché des assureurs avec exclusion du charbon a atteint 62 % dans la réassurance et 39 % dans les marchés primaires de l’assurance. Bon nombre des assureurs restants sans exclusion du charbon ne sont pas actifs dans le secteur des combustibles fossiles et les assureurs charbon restants n’ont pas l’expertise ou la capacité de souscrire de nouvelles grandes centrales au charbon en dehors de la Chine.

Une catastrophe capitaliste

Munich Re a estimé qu’en 2021 les catastrophes climatiques ont causé des pertes de 280 milliards de dollars contre 210 milliards de dollars en 2020 et 166 milliards de dollars en 2019. Plus récemment, l’ouragan Ian a démontré que les risques causés par l’urgence climatique rendent l’assurance inabordable pour certaines populations.

Alors que de nombreux réassureurs ont mis fin ou réduit leur exposition aux catastrophes naturelles, les plus grands acteurs, comme Munich Re, Swiss Re et Hannover Re, considèrent les risques climatiques comme une opportunité commerciale et ont augmenté leurs tarifs de couverture de ces catastrophes. Les assureurs répercutent ces augmentations de primes sur leurs clients et se retirent complètement des zones fortement exposées aux risques climatiques.

De plus, de nombreuses catastrophes climatiques ne peuvent plus vraiment être qualifiées comme telles. À mesure que la science de l’attribution s’améliore, les compagnies d’assurances pourraient déterminer quelles entreprises de combustibles fossiles contribuent à leurs pertes croissantes et dans quelle mesure.

Plutôt que de répercuter ces coûts sur leurs clients, les assureurs devraient poursuivre les entreprises de combustibles fossiles en justice et les forcer à payer les pertes qu’elles créent. Une telle action punirait les pollueurs, maintiendrait l’assurance contre les risques climatiques abordables et obligerait les entreprises de combustibles fossiles à cesser de se développer et à réduire leur production en fonction de ce qui est nécessaire pour maintenir le réchauffement climatique à moins de 1,5°C.

Les limites des engagements volontaires

La récente campagne Race to Zero de l’ONU a ordonné que les membres des alliances nettes zéro doivent réduire progressivement et éliminer sans relâche tous les combustibles fossiles. Pourtant, Renaud Guidée, président de Net-Zero Insurance Alliance, a déclaré que, malgré les nouveaux critères de l’ONU, il n’envisageait pas d’exiger des 29 membres qu’ils excluent la couverture des projets de combustibles fossiles.

Le manque d’action volontaire suffisante de la part du secteur de l’assurance souligne la nécessité de transformer les engagements volontaires en réglementations contraignantes. Il y a peu de temps, dans le cadre de ses sanctions contre la Russie, l’UE a interdit la fourniture d’assurance pour le transport du pétrole brut russe, démontrant que les régulateurs peuvent agir rapidement et efficacement dans les situations de crise.

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