Il n’y a pas de bienveillance, il n’y a que des preuves de bienveillance

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Entreprises du secteur de l’assurance, allez-vous concourir pour la remise du nouveau prix bienveillance en entreprise ? Ou même du manager bienveillant de l’année ?

Rassurez-vous…, ce n’est pas nous (Les Trophées de l’Assurance) qui l’organisons. Ce prix bienveillance en entreprise est « l’occasion de souligner et célébrer les beaux gestes, … au programme : indulgence, gentillesse, compassion, générosité, sensibilité, fraternité. Bref, de la bonté pure et dure » selon les organisateurs… !

Dans le Larousse, on trouve « Disposition d’esprit inclinant à la compréhension, à l’indulgence envers autrui ». Depuis quelques années, dans les discours sur le monde du travail et le management, tout le monde parle de bienveillance. Pas une réunion n’échappe à ce « mot-valise » trop souvent vide de sens et de réalité, beaucoup plus présent dans les discours que dans les pratiques. Une bienveillance « instrumentalisée », stratégique, bien éloignée d’une bienveillance spontanée et naturelle et de ce que Thomas d’Aquin proposait comme une « volonté de faire le bien de l’autre de manière désintéressée ».

Incarner la bienveillance plutôt que la clamer !

La vérité est que dans beaucoup d’entreprises, la bienveillance est restée au stade de concept. Aucun n’acte et aucun engagement n’est venu donner vie à cette vertu qui de fait devient abstraite. A force de promouvoir un concept qui ne s’appuie sur aucun acte concret, le concept se vide de tout son sens.

Bien sûr, la véritable bienveillance est une valeur naturelle indispensable dans l’entreprise. Bien évidemment, nous préférons tous avoir affaire à un management souriant, attentif,… plutôt qu’à des managers, intolérants et méprisants. Cependant les formations de « management par la bienveillance » ou infographie du manager bienveillant, l’instauration et l’organisation d’une pratique managériale de la bienveillance comme outils de performance, sont trop souvent un artifice du management pour tout changer sans rien changer.

« La survalorisation des postures managériales « bienveillantes » dans les entreprises peut être contre-productive » pouvant d’ailleurs masquer trop souvent une absence d’écoute authentique, voire de petites lâchetés précisait récemment Michel Paillet – cofondateur de Cognitive Companions, conseil en stratégie et transformation.

Je suis personnellement excédé par ces incantations à la bienveillance, par les organisations qui s’autoproclament bienveillantes et distillent ce concept dans toutes leurs communications ! Il n’y a pas de bienveillance, il n’y a que des preuves de bienveillance.

Si Ollivier Pourriol – Essayiste précise « La bienveillance est l’excuse d’un monde brutal, une homéopathie vendue sans posologie. Mais l’invoquer revient à admettre que c’est trop tard. Comme distribuer des gilets de sauvetage sur le Titanic », il faut dire stop à la « pseudo-bienveillance », stop à l’injonction qui interroge aussi la notion même de bienveillance, servie à toutes les sauces.

Et laissons le soin à Alexandre Jollien – philosophe, de conclure ce petit billet d’humeur dominical « En tant que handicapé, j’observe hélas de moins en moins d’aide spontanée dans la rue. La bienveillance est une flamme à protéger toujours, sans qu’elle vire à l’injonction sous peine de tuer sa nature spontanée. A mon sens, la bienveillance ce sont des actes, et Nietzsche donne un conseil des plus féconds : se lever en se demandant chaque matin si on peut aider quelqu’un. »

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