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Les mutuelles doivent concilier performance économique et non lucrativité

Jérôme Saddier, ancien Directeur Général de la MNT, vice-Président Crédit Coopératif et Président Avise, a apporté sa contribution à l’ouvrage « Dessine-moi une mutuelle 2018-2028 ». Nous vous proposons de retrouver un extrait de sa contribution à cet ouvrage.

Concilier performance et non-lucrativité.

« Je pense que depuis vingt-cinq ans, les mutuelles sont victimes du « syndrome de Stockholm » : à trop vouloir être les meilleures élèves à l’école de l’assurance, elles ont perdu une partie de leur âme… et de leurs parts de marché. On leur a imposé des règles relatives à leur métier d’assurance qui n’étaient pas faites pour elles et en même temps, elles ont été des victimes consentantes. Des règles faites pour réguler un autre modèle que le leur, celui d’entités capitalistiques cotées sur les marchés financiers. Ces règles ont été transposées à l’échelle européenne puis renforcées avec la crise de 2008, laquelle crise qui, d’ailleurs, n’a jamais été causée par des entreprises à but non lucratif. Nous sommes des sociétés de personnes, non des sociétés de capitaux. Le fondement est qu’on demande à des gens de constituer une société ensemble ou de la rejoindre. On construit en commun et l’argent appartient à tout le monde. Il n’y a pas d’individualisation de la propriété. Si une mutuelle disparaît, on ne répartit pas les fonds de la mutuelle entre tous ses adhérents, on les transfère à une autre mutuelle. Le fait d’être une société de personnes doit conditionner tout le reste.

Je crois que s’interroger sur cet état de fait est une vraie conviction, aussi militante que professionnelle. Le modèle de gouvernance d’un organisme à but non lucratif ne génère pas les mêmes décisions que dans une organisation qui ne l’est pas. Ce n’est pas un jugement de valeur, l’économie de marché est faite de telle façon que tout doit pouvoir coexister. Ce n’est pas le choix de l’un contre l’autre. Dans un organisme à but non lucratif, nous ne sommes pas tenus par l’immédiateté et la rémunération d’actionnaires. Nous prenons les décisions collectivement et pour le long terme. Il est essentiel que les mutuelles se réapproprient cela car sinon elles se feront dépasser par des concurrents qui n’ont pas les mêmes règles et qui ont plus d’agilité et plus de possibilités de lever des fonds pour investir et se développer. Nous n’avons pas les mêmes facilités, puisque nous ne pouvons pas faire appel aux marchés ni à l’emprunt pour augmenter notre capital.

Cela nous amène à des stratégies de regroupement qui peuvent finalement, fragiliser le modèle de gouvernance mutualiste plutôt que le développer. Dit autrement, cette concentration, dans un contexte de normalisation de nos activités et de concurrence extrême, peut nous amener à avoir des parts de marché supplémentaires mais de moins en moins de mutualisme. La vraie question est : comment fait-on pour faire les deux ? Selon moi, c’est la question stratégique aujourd’hui. »

Thierry Beaudet, Président de la Fédération Nationale de la Mutualité française et Pascal Demurger, Président de l’Association des Assureurs Mutualistes et directeur général de la MAIF ont préfacé cet ouvrage.

Vous voulez retrouver l’ensemble de la contribution de Jérôme Saddier à cet ouvrage ainsi que les contributions des autres participants ? Vous pouvez commander l’ouvrage en ligne sur la FNAC (ici) et Amazon sur le lien suivant. « Dessine-moi une mutuelle 2018-2028 », co-produit par L’Assurance en Mouvement et The LINKS.

Jean-Luc Gambey 

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