Chutes des seniors : la nouvelle vague technologique

En 2024, les chutes ont provoqué plus de 20 000 décès et près de 175 000 hospitalisations chez les plus de 65 ans. Malgré un plan national lancé en 2022, la courbe grimpe. Face à cet angle mort du bien-vieillir, start-up et assureurs déploient une nouvelle génération de dispositifs, des airbags aux lunettes connectées, et déplacent peu à peu le curseur de la réparation vers la prévention.

En 2024, chez les plus de 65 ans, on comptait 174 824 hospitalisations en lien avec une chute et 20 148 personnes décédées. Un taux de mortalité qui a augmenté de 18% depuis 2019. Perte d’équilibre, acuité visuelle, temps de réaction prolongé, polymédication : ces chiffres en font la première cause de décès accidentel après 65 ans, et la principale cause d’hospitalisation pour traumatisme chez les seniors. 

Parfois considérées comme une conséquence “normale” du vieillissement, ces chutes peuvent laisser derrière elles un handicap ou une situation de perte d’autonomie. Face à cela, le gouvernement à lancé en 2022 un plan national antichute des personnes âgées, et malgré cet engagement, les chiffres, vous l’avez vu, n’ont pas diminué. Au contraire. 

Alors avec l’arrivée de l’intelligence artificielle et des nouvelles technologies, des entreprises, accompagnées parfois d’assureurs, ont pris ce sujet à bras le corps. Airbags, capteurs, lunettes ou lampes connectées… autant de dispositifs qui peuvent éviter de dramatiques accidents. 

Des lampes aux lunettes, les nouvelles technologies en première ligne

Aladin+® est une lampe connectée, créée par Domalys, qui transforme le quotidien des résidents et soignants en EHPAD, résidences autonomie et structures médico-sociales. Elle sécurise les levers nocturnes, détecte les levers et les chutes grâce à des capteurs infrarouges, puis alerte les équipes, sans jamais interférer dans l’intimité du résident. Cette solution non-portée a déjà fait ses preuves puisqu’elle a permis de détecter 70 chutes en 3 mois au CHU de Poitiers, avec des délais d’intervention observés entre 30 secondes et 3 minutes après l’alerte. 

En France, on comptabilise plus de 65 000 fractures de hanches chaque année. Helite, leader sur le marché de la protection airbag (EPI) individuelle depuis 2002, a lancé Hip’Guard, une ceinture airbag qui a pour objectif de protéger les hanches des seniors lors d’une chute. Grâce à un algorithme complexe, elle mesure les mouvements d’une personne âgée plus de 1000 fois par seconde, permettant à la ceinture d’avoir une détection fiable et ultra-rapide d’une situation de chute. 

De son côté, Atol Zen mise sur la discrétion. Développée par la start-up française Abeye et incubée par le lunetier Atol, cette paire de lunettes connectée est indétectable à l’œil nu et embarque dans sa branche un algorithme issu du CNRS qui repère 80 % des chutes, lourdes comme molles, là où les bracelets connectés n’en détectent que 20 %, essentiellement les chutes brutales. En cas d’incident, la monture déclenche seule une alerte, par liaison radio, vers une plateforme de téléassistance joignable jour et nuit, opérée avec des partenaires assureurs comme Allianz Assistance. 

Telegrafik, start-up toulousaine spécialisée dans les objets connectés pour le maintien à domicile, a choisi l’approche inverse : sécuriser le logement plutôt que d’équiper le corps. Sa solution Otono-me installe des capteurs de mouvement discrets dans les pièces de vie du senior (salon, chambre, cuisine, toilettes), sans jamais le filmer ni l’enregistrer, et une intelligence artificielle y modélise ses habitudes en continu pour en faire ressortir les anomalies. Au-delà de la chute ou du malaise, le système traque les signaux faibles : l’entreprise cite le cas d’une personne alertée après sept passages nocturnes aux toilettes, du jamais vu en deux ans, qui a permis de dépister à temps un début de cystite. Déployées sur plus de 530 sites en France, ses solutions détectent aujourd’hui plus de 1 000 chutes par mois.

Les assureurs en première ligne de la prévention

En filigrane de presque tous ces dispositifs : l’assureur, véritable acteur de la prévention. On le croise déjà au bout de la chaîne d’alerte, quand une plateforme comme Allianz Assistance décroche au déclenchement des lunettes ou des capteurs. Mais le mouvement va plus loin. 

À travers les Centres de prévention Agirc-Arrco, des groupes de protection sociale comme Malakoff Humanis et AG2R La Mondiale financent des ateliers équilibre où les seniors réapprennent à travailler leur stabilité, à se relever du sol et à repérer les dangers du logement. 

D’autres, à l’image de nombreuses mutuelles, intègrent désormais à leurs contrats des forfaits dédiés à la téléassistance et aux objets connectés, parfois conditionnés à l’adhésion à un programme de prévention. La logique est autant sociale qu’économique : avec un coût estimé à près de 2 milliards d’euros par an par la Cour des comptes et un mur de la dépendance qui se rapproche, chaque chute évitée, c’est un sinistre lourd en moins. Pour le secteur, l’enjeu n’est plus seulement de réparer, mais d’aider à ne pas tomber.

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