Le risque politique s’impose dans les portefeuilles

Guerres, instabilité institutionnelle, ruptures de chaînes d’approvisionnement, sabotages : le risque politique a atteint en 2026 son niveau le plus élevé jamais enregistré dans les baromètres du secteur de l’assurance. Pour les assureurs, adapter leurs modèles de souscription à un monde fragmenté est devenu une urgence stratégique.

Par L’assurance en Mouvement 

Quelques chiffres

  • 7e  rang mondial du risque politique dans le Baromètre Allianz 2026 – record historique
  • 23 %  des entreprises françaises citent l’instabilité politique parmi leurs 3 risques prioritaires
  • 145  actes de sabotage recensés en Europe depuis l’invasion de l’Ukraine jusqu’à fin 2025
  • +8,1 %  de croissance du marché français de l’assurance en 2025 (338 Mds€ au total)

Un risque longtemps sous-estimé

Pendant des décennies, le risque politique était considéré comme une variable lointaine, l’affaire des filiales implantées dans des pays émergents instables ou des grandes entreprises exposées à des marchés exotiques. En 2026, ce paradigme est révolu. Selon la 15e édition du Baromètre des Risques Allianz, qui s’appuie sur 3 338 experts interrogés dans 97 pays, les risques politiques et la violence atteignent leur niveau le plus élevé jamais observé dans ce classement, se hissant à la 7e place mondiale. En France, ils occupent la 5e place avec 23 % des citations.

France Assureurs confirme cette tendance dans sa Cartographie prospective 2026, élaborée à partir d’une enquête auprès de 186 dirigeants d’assurance et de réassurance : le risque politique enregistre la plus forte progression parmi l’ensemble des risques évalués cette année, regroupant désormais les dimensions française, européenne et mondiale.

La géopolitique entre dans les modèles actuariels

La fragmentation géopolitique remet en cause des décennies de modélisation du risque. Les conflits armés, du Moyen-Orient aux Amériques, en passant par l’Afrique et l’Asie, perturbent les routes commerciales, fragilisent les alliances internationales et exposent les actifs des entreprises à des sinistres d’un nouveau type. Dans le Baromètre Allianz, les guerres et conflits armés dépassent désormais les troubles à l’ordre public parmi les préoccupations liées à la violence politique.

Au-delà des conflits ouverts, Allianz insiste sur la progression des opérations dites de « zone grise » : sabotages d’infrastructures, cyberattaques d’État, campagnes de désinformation. L’Europe aurait recensé 145 actes de sabotage depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie jusqu’à fin 2025. Ces événements brouillent la frontière entre paix et guerre — et donc entre risques couverts et exclusions contractuelles.

« La fragmentation crée également de nouvelles opportunités de croissance en augmentant la demande de protection et de transfert de risques spécialisé dans des domaines tels que les infrastructures et la sécurité énergétique. » – Allianz Global Insurance Report 2026

La garantie émeutes : un avant-goût du défi à venir

Le secteur s’y est vigoureusement opposé, dénonçant une « taxe casseurs » qui lui fait supporter le coût d’une défaillance de l’ordre public. Guillaume Beneteau, Chief Risk Officer d’Allianz France, a rappelé l’ampleur du risque : trois des sept événements émeutes les plus coûteux au monde depuis 2018 ont eu lieu en France : la Nouvelle-Calédonie, les émeutes de juin 2023 et les Gilets jaunes.

Source : L’Argus de l’Assurance, décembre 2025 / Roederer.fr, mai 2026

Adapter les modèles ou perdre en pertinence

Pour les assureurs, l’enjeu est existentiel : s’ils ne savent pas tarifer le risque politique, ils ne pourront pas couvrir une part croissante de la sinistralité réelle. Allianz Research anticipe une croissance mondiale moyenne de 5,3 % par an du marché de l’assurance sur les dix prochaines années, une projection qui suppose que les acteurs réussissent à intégrer l’analyse géopolitique dans leurs modèles de souscription et d’allocation de capital. Le marché français, fort d’une progression de 8,1 % en 2025 à 338 milliards d’euros, dispose des ressources pour relever ce défi. La question est de savoir s’il en a la volonté.

Source : Allianz Global Insurance Report 2026 / Planète CSCA, juin 2026 / Baromètre des Risques Allianz 2026, janvier 2026 / France Assureurs, Cartographie prospective 2026, février 2026 /L’Assurance en Mouvement, 25 mai 2026

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