Une étude VerbaTeam réalisée avec l’institut Viavoice vient de poser un chiffre qui devrait retenir l’attention de toute la profession : 78 % des salariés français pensent qu’à l’avenir, le changement climatique sera un enjeu de santé au travail aussi important que les risques dits « classiques »
Pour les assureurs, mutuelles, courtiers … qui structurent l’offre de prévoyance et de santé collective, ce basculement de perception n’est pas anecdotique : il annonce une reconfiguration du risque lui-même.
Un risque de santé qui s’installe, un risque qui se dessine
L’étude, menée auprès d’un échantillon représentatif de 1 000 salariés en février-mars 2026, dresse un tableau sans ambiguïté. 76 % des actifs se disent préoccupés par le changement climatique dans leur vie personnelle ou professionnelle, et 72 % s’inquiètent spécifiquement de ses effets sur leur santé. Plus frappant encore pour les acteurs de la prévoyance : 46 % des salariés déclarent avoir déjà ressenti des effets du changement climatique sur leur santé au travail, un chiffre qui grimpe à 55 % chez ceux qui travaillent en extérieur.
Les manifestations concrètes rapportées touchent directement les postes qui peuvent impacter les contrats de prévoyance collective : fatigue inhabituelle (49 %), déshydratation et maux de tête (47 %), malaises liés à la chaleur (44 %), troubles du sommeil (42 %), difficultés de concentration (28 %), stress accru (28 %).
Le Dr Alexandre Maisonneuve, médecin et directeur R&D Santé chez AXA, élargit le tableau clinique au-delà de la seule chaleur : essor des allergies (jusqu’à la moitié de la population des pays développés pourrait être allergique d’ici 2050), progression des maladies vectorielles portées par le moustique tigre désormais implanté sur la quasi-totalité du territoire, et surtout aggravations soudaines des maladies chroniques sous l’effet des températures extrêmes, un point de vigilance direct pour les garanties arrêt de travail et invalidité.
Absentéisme, arrêts de travail : une pression qui monte sur les contrats collectifs
Le lien entre climat et sinistralité santé n’est plus une hypothèse d’experts, il est désormais perçu par les assurés eux-mêmes. 84 % des salariés estiment que les épisodes de chaleur rendent le travail plus difficile ou risqué, et 84 % pensent que les événements climatiques extrêmes (canicule, inondations, tempêtes) peuvent désorganiser l’activité de l’entreprise. Antoine Poincaré, directeur de la Climate School, ne mâche pas ses mots sur les conséquences RH à venir : « une augmentation des arrêts de production d’une part, mais aussi des conséquences RH : des burn-out, des arrêts maladie et des difficultés de maintien dans l’emploi. »
Pour les organismes assureurs, cette dynamique interroge directement la tarification et le pilotage des contrats de prévoyance et de complémentaire santé collective : la chaleur devient un facteur de risque à part entière, au même titre que la pénibilité physique ou le vieillissement de la population active, l’ANACT rappelant que 25 % des actifs sont déjà touchés par une maladie chronique en 2025, soit 10 points de plus en six ans.
Un cadre réglementaire qui pousse les entreprises, et leurs assureurs à agir
Le décret du 27 mai 2025 relatif aux vagues de chaleur impose déjà aux employeurs des obligations concrètes : mise à disposition d’eau potable et fraîche, aménagement des postes en extérieur, actualisation du DUERP pour intégrer les risques liés aux fortes chaleurs. Le futur plan santé au travail 2026-2030 va plus loin en intégrant nommément les risques associés au dérèglement climatique et en prévoyant un meilleur outillage des services de prévention santé au travail.
Cette évolution réglementaire crée un terrain naturel d’intervention pour les assureurs : accompagnement à l’actualisation du DUERP, sensibilisation des dirigeants, mais aussi structuration d’offres de prévention dédiées, bilans de santé, dépistages dermatologiques (les cancers de la peau, premier cancer en France selon Santé publique France, ont vu leur prévalence triplée en trente ans), ou encore modules de sensibilisation aux risques climatiques.
L’écart entre attentes des salariés et perception de l’action des entreprises : une fenêtre commerciale
L’étude révèle un décalage significatif que les acteurs de l’assurance collective ont tout intérêt à exploiter dans leurs argumentaires. 82 % des salariés jugent qu’anticiper les effets du changement climatique est indispensable au bon fonctionnement des entreprises, et 76 % estiment que l’employeur a un rôle majeur à jouer en matière de prévention. Pourtant, seuls 51 % des salariés se sentent bien informés sur le sujet, et seuls 15 % sont certains que leur entreprise a mis en place des actions de sensibilisation.
Les mesures existantes restent concentrées sur la gestion de crise ponctuelle, équipements de protection (26 %), aménagement des locaux (23 %), diffusion de recommandations (22 %), plutôt que sur une stratégie de prévention structurée.
Autre signal fort : 81 % des salariés jugent plus respectueuses de la santé et du bien-être les entreprises qui agissent concrètement sur les enjeux climatiques, 75 % les jugent plus performantes sur le long terme, et 73 % plus attractives en tant qu’employeur.
L’engagement climatique devient donc un argument de marque employeur, un levier que les organismes assureurs peuvent intégrer à leurs offres de conseil RH et QVCT, au-delà de la seule couverture du risque.
Ce que cela peut changer pour les acteurs de l’assurance
Trois pistes de travail se dégagent pour la profession :
- Repenser l’évaluation du risque santé collectif en intégrant l’exposition climatique (chaleur, allergies, maladies vectorielles) comme facteur à part entière, aux côtés de la pénibilité et de l’âge, …. dans le dialogue avec les entreprises clientes sur leurs contrats de prévoyance et de santé.
- Positionner l’accompagnement prévention comme un service à valeur ajoutée, dans un contexte où les obligations réglementaires (décret canicule, futur plan santé au travail) créent une demande naturelle des entreprises clientes.
- Développer des offres de prévention ciblées : dépistage, bilans de santé, sensibilisation à l’éco-anxiété, qui répondent à une attente exprimée par les salariés mais encore largement non satisfaite par les entreprises.
Comme le résume Flore Serré, directrice générale de VerbaTeam : « le changement climatique n’est pas seulement un risque de santé à maîtriser : il va bouleverser durablement les conditions de travail. » Pour le secteur de l’assurance, c’est aussi un nouveau risque à intégrer, et probablement un terrain d’accompagnements et d’offres encore largement à défricher.
Source : étude VerbaTeam x Viavoice « Entreprises face au changement climatique : anticiper les risques pour protéger la santé des salariés », réalisée auprès d’un échantillon représentatif de 1 000 salariés, interviews en ligne du 27 février au 5 mars 2026.

