575 millions de dollars : c’est le montant déboursé par le géant allemand de la réassurance pour mettre la main sur At-Bay, insurtech américaine spécialisée dans l’assurance cyber et la cybersécurité préventive des PME.
Une opération qui, à elle seule, résume l’évolution du marché : le risque cyber n’est plus une ligne annexe des portefeuilles d’assurance, mais un axe de développement stratégique pour les plus grands acteurs mondiaux.
L’annonce a été faite mercredi. Munich Re acquiert At-Bay, une société de 280 salariés répartis entre les États-Unis et Israël, qui se classe parmi les dix premiers acteurs de l’assurance cyber outre-Atlantique avec 278 millions de dollars de primes brutes. Le positionnement d’At-Bay est net : cibler les PME, segment où la demande de couverture cyber explose alors que l’offre reste largement insuffisante.
Une acquisition qui traduit une tendance de fond
Cette opération ne sort pas de nulle part. Elle s’inscrit dans une dynamique de marché documentée : selon le cabinet d’études Xerfi, le marché français de la cyber assurance a presque quadruplé en cinq ans, et représente aujourd’hui entre 315 et 330 millions d’euros de primes. À l’échelle mondiale, plusieurs analyses convergent vers une croissance annuelle des primes de l’ordre de 15 à 20 % par an, pour un marché qui pourrait dépasser les 20 milliards de dollars de primes collectées.
Cette croissance n’est pas le fruit d’un effet de mode marketing : elle répond, presque mécaniquement, à l’explosion du nombre d’incidents. Le COMCYBER-MI, l’organe militaire français dédié à la lutte contre la cybercriminalité, a recensé 1 347 revendications ou annonces de cyberattaques visant la France en 2025, contre 1 062 en 2024, soit une hausse de 27 % en un an, sans qu’aucun événement exceptionnel de type Jeux olympiques ne vienne l’expliquer.
Le baromètre 2026 du CESIN (Club des experts de la sécurité de l’information et du numérique) va dans le même sens : 43 % des grandes entreprises françaises citent désormais une attaque indirecte via un tiers ou un prestataire parmi les vecteurs ayant permis le développement d’un incident significatif.
La PME, angle mort historique, devient un nouveau champ de bataille
C’est précisément ce segment que vise At-Bay : les PME, longtemps sous-équipées en matière de cyber assurance faute d’offres adaptées à leur taille et à leur budget, alors même qu’elles concentrent une part croissante des attaques. Les grands groupes, mieux dotés en moyens de défense et déjà largement couverts, ont vu le marché se structurer autour d’eux en premier. Les PME et ETI constituent aujourd’hui, de l’aveu même des analystes du secteur, le principal gisement de croissance pour les années à venir, et le principal point de vulnérabilité du tissu économique.
Ce que cette opération évoque pour le secteur de l’assurance
Pour Munich Re, l’intérêt est double : capter la croissance de ce segment tout en internalisant un savoir-faire de cybersécurité préventive, plutôt que de se contenter d’indemniser après coup. Cette logique, associer capacité de couverture et outils de prévention, devient une tendance structurante du marché cyber, à mesure que les assureurs cherchent à réduire la fréquence et la sévérité des sinistres plutôt que seulement les compenser financièrement.
Cette acquisition résonne d’ailleurs avec l’actualité récente du secteur assurantiel français lui-même, plusieurs mutuelles et acteurs de l’assurance ayant été touchés ces dernières semaines par des cyberattaques.

