Quel est « le nouveau monde des actuaires ? »

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Reconnus en tant qu’analystes des risques, les actuaires assistent à une très large transformation de leur métier, de par l’émergence de nouveaux risques systémiques et le développement de la science des données, au point que certains considèrent l’avènement d’un « actuariat 5.0 ».

Or ce métier est en tension alors que les entreprises ont cruellement besoin de cette profession, notamment à cause des risques climatiques qui s’amplifient. Source de missions diversifiées et permettant d’évoluer rapidement, l’actuariat figure parmi les métiers les plus attractifs de l’assurance. Ses évolutions sont à l’image de la transformation en cours du secteur.  

Les actuaires, garants de l’équilibre financier des assurances

Dans le cadre de la campagne « J’assure mon futur » visant à promouvoir les métiers de l’assurance, France Assureurs définit ainsi les missions des actuaires :

  • participer à la conception technique des produits d’assurances
  • mettre au point les règles et barèmes de tarification
  • définir « les conditions de rentabilité économique et financière des contrats »
  • accompagner techniquement « les acteurs chargés de la souscription et de la commercialisation des produits »

Ainsi l’actuariat joue un rôle crucial dans l’optimisation des produits d’assurance existants comme dans l’élaboration des produits de demain. « Les actuaires sont un peu les garants de l’équilibre financier de la société d’assurance. On dit parfois que l’actuaire éclaire l’avenir, » souligne ainsi Anne-Laure Benetau, actuaire chez Axa s’exprimant dans le cadre de la campagne « J’assure mon futur ».

La philosophie et les enjeux du métier

Pierre Loustau, Directeur Technique de la mutuelle Santé Prévoyance Retraite GSMC, décrypte en vidéo les enjeux concrets auxquels les actuaires sont confrontés, ainsi que la philosophie générale de leur métier, au cœur-même du concept d’assurance : « si vous achetez un bien commun quelque part, le bien en question et son prix sont déjà définis. Or pour l’assurance c’est l’inverse : l’assuré paie son assureur tout en espérant que ce dernier n’ait pas à effectuer sa prestation ! C’est de là que découle le rôle des actuaires : déterminer la cotisation que doit payer l’assuré pour se garantir contre un sinistre que personne n’espère voir se déclencher. L’assurance constitue un cycle économique inversé. »

Pour déterminer les bonnes grilles tarifaires en fonction du degré de risque encouru, l’actuaire opère des calculs et simulations à l’aide des différentes données dont il dispose : tranches d’âge des assurés, localisation géographique, catégorie socioprofessionnelle, etc… D’après Pierre Loustau, il doit en particulier se prémunir contre 3 principaux risques :

  • l’effet d’aubaine : « éviter de faire supporter à l’ensemble du portefeuille la ruse de quelques-uns. »
  • le risque de mutualisation : « il est bien sûr plus facile d’assurer 1000 personnes plutôt qu’une seule »
  • le risque d’antisélection : « il ne faut pas se tromper dans la segmentation des catégories en oubliant un paramètre. Par exemple un assuré habitant Paris n’aura pas le même comportement, en matière de consommation de frais de santé, qu’un assuré résidant en Corrèze. »

Une fois le produit d’assurance lancé, il revient à l’actuaire de suivre son équilibre technique, notamment en s’assurant que les 3 risques évoqués ne se réalisent pas.

Un métier attractif et diversifié, susceptible d’évolutions

Anne-Laure Benetau souligne la « grande diversité au quotidien » du métier d’actuaire, celui-ci pouvant travailler « sur tout un tas de secteurs », sans oublier par ailleurs « la diversité dans les potentiels d’évolution : quand on est actuaire, on peut travailler sur les tarifs comme sur les risques. »

Autres atouts du métier, la nécessaire interaction entre les différents contacts et partenaires, et la culture de l’innovation : « On est amenés à être en contact avec tous les partenaires pour construire des produits sur mesure, adaptés pour les clients. Il faut aussi de l’innovation : quand on a dû assurer pour la première fois des trottinettes électriques en free floating, on était dans l’innovation pure, » explique encore Anne-Laure Benetau.

De fait, les actuaires travaillent dans une démarche prospective, consistant à trouver des solutions face à des problématiques émergentes, y compris à l’occasion d’événements spéciaux tels que les hackatons.

Or dans le contexte d’un marché du travail en tension avec le phénomène de la « Guerre des Talents », posséder cette compétence alliée avec de bonnes capacités de communication constitue indéniablement un atout précieux. Interrogé sur Cadre Emploi par le journaliste spécialisé Gwenole Guiomard, le directeur Etudes et Innovation de MMA Arthur Dénouveaux confirme cette attractivité : « comme le secteur manque de candidats, les développements de carrière sont facilités avec à la clef des postes de direction d’équipes d’actuaires ou de data scientist très en vogue dans quasiment toutes les régions de France. »

Autre avantage pour les actuaires, la diversité des organismes susceptibles de les embaucher. Comme le souligne France Assureurs, « l’actuaire travaille partout où l’on doit gérer des risques financiers », établissant ainsi la liste suivante :

  • les compagnies d’assurances et mutuelles
  • les banques et institutions financières
  • les sociétés de conseil et audit
  • les organismes de contrôle
  • certains départements gouvernementaux

La Bosse des Maths mais pas que…

Evidemment, ce métier exige des compétences certaines en mathématiques, ce qui n’en fait pas un métier rébarbatif pour autant. Interrogé lui aussi par Gwenole Guiomard, le Directeur de l’Institut du Risque de l’Assurance (IRA) Anis Matoussi le confirme : « le métier nécessite des compétences pointues en mathématiques, statistiques et probabilités. Mais il n’est pas réservé qu’aux purs scientifiques car il agrège aussi des compétences en droit, fiscalité, économie, gestion et finance. »

Lui-même dirige un Master d’Actuariat en alternance à l’Université du Mans, qui accueille 50 étudiants : « nous accueillons dans nos promotions des ingénieurs en informatique ou en génie civil, mais aussi d’autres profils ayant des bases solides en maths et qui aiment les statistiques. Une validation des acquis de l’expérience permet de valider une bonne partie de notre master. Donc se reconvertir dans l’actuariat est assez facile pour des profils scientifiques, » explique-t-il.

Anne-Laure Benetau abonde dans le même sens tout en appelant en particulier la gent féminine à franchir le pas : « Pour être actuaire, il faut aimer les maths, un domaine dans lequel il y a de vraies possibilités d’évolutions pour les femmes ».

Il est vrai que les évolutions législatives récentes, comme l’application de la Loi Rixain, visent à accélérer l’égalité économique et professionnelle entre hommes et femmes. Dans ce cadre, les employeurs ont tout à gagner à considérer la diversité et l’inclusion comme un vecteur de performance, faisant ainsi fi des stéréotypes.

Au fond comme le conclut Gwenole Guiomard, « Calculer les primes d’assurance n’est qu’une minuscule facette du métier d’actuaire. En réalité, c’est un spécialiste de l’analyse des risques en tous genres, capable de les prévoir pour minimiser leur impact financier. C’est donc un métier dont les entreprises ont cruellement besoin, notamment à cause des nouveaux risques climatiques, démographiques, écologiques, auxquels sont confrontés nos sociétés. »

Il est vrai qu’outre la tension actuelle du marché du travail, les besoins des entreprises sont croissants face à l’émergence et l’explosion des nouveaux risques systémiques. Dans ce contexte venant s’ajouter aux révolutions technologiques en cours, le métier d’actuaire est lui-même en pleine transformation.

Vers l’actuariat 5.0

Le président de l’Association actuarielle européenne (AAE) Wilhelm Schneemeier, explique les évolutions fondamentales du métier observées ces dernières années : « notre profession a toujours travaillé avec les données. Mais aujourd’hui, le volume d’informations est tout simplement énorme. Il existe 1,5 téraoctet de données sur chaque individu. »

La profession d’actuaire n’a donc cessé de se développer et de se spécialiser : « avant l’année 2000, la gestion d’actifs était le thème majeur pour les actuaires avec l’apparition du concept de « l’actuaire 3.0 ». La gestion des risques nous a amené à « l’actuaire 4.0 ». Aujourd’hui et grâce à la science des données, nous en sommes à « l’actuaire 5.0 ». Et le développement et la spécialisation au sein de notre profession ne va pas s’arrêter là. »

Au final comme le conclut Arthur Dénouveaux, « l’actuariat est un secteur passionnant pour qui aime apprendre, à la croisée avec les big datas. Il offre des débouchés professionnels clairs, très convoités par les assureurs. »

D’ailleurs, sur le sujet de l’évolution des métiers du secteur de l’assurance, Jean-Luc Gambey précise « Au delà des nouveaux métiers, de l’hybridation des compétences, nous avons décidé de lancer cette belle saga sur les métiers de l’assurance, et de commencer par le métier d’actuaire. Ainsi effectivement un dossier à venir s’intitule « Le nouveau monde des actuaires ? Tout cela dans un contexte de défis liés à l’inflation, à la réglementation accrue, à la pandémie, à la guerre, au risque cyber et aux changements climatiques,… . Ce sujet sera traité sur tous nos supports. D’ailleurs si des actuaires, des cabinets d’actuaires, sont intéressé, qu’il n’hésitent pas à nous contacter…« .

 

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