B.A.S.E : les dirigeants moins en forme qu’ils ne le croient

Un an et demi après son lancement, le programme B.A.S.E. d’Ociane Matmut met en évidence un décalage entre la perception de santé des dirigeants et les risques réellement observés.

La santé des chefs d’entreprise reste un sujet encore peu pris en compte, alors même qu’elle peut peser sur la vie des organisations, la qualité des décisions et la pérennité de l’activité. Lancé en novembre 2024 par la Mutuelle Ociane Matmut, en partenariat avec le psychologue clinicien Jean-Luc Douillard, le programme B.A.S.E., pour Bilan Annuel de Santé de l’Entrepreneur, vise à mieux mesurer et prévenir ces risques.

Les premiers enseignements, présentés un an et demi après le lancement du dispositif, montrent un écart important entre l’état de santé perçu par les dirigeants et les indicateurs relevés. Ainsi, 90 % des répondants déclarent se sentir en bonne santé, alors que 82 % présentent au moins un problème de santé. Autre donnée notable : 90 % n’ont jamais réalisé de bilan cardiovasculaire, malgré le caractère souvent silencieux de certaines pathologies.

Les résultats font également apparaître des fragilités liées au mode de vie et à la charge mentale. Plus d’un dirigeant sur deux se dit préoccupé par son poids. Un quart dort moins de six heures par nuit et 36 % jugent leur sommeil de mauvaise qualité. Sur le plan psychologique, 21 % qualifient leur santé mentale de passable et 3 % de mauvaise. Ces données s’inscrivent dans un contexte où 37 % des dirigeants présenteraient un risque d’épuisement professionnel, contre 17 % en 2019, selon l’Observatoire Amarok.

Le programme B.A.S.E. repose sur un protocole expérimental associant questionnaire en ligne, collecte de data, bilan de santé physique et mentale, puis accompagnement personnalisé. Un groupe test d’environ 150 dirigeants bénéficie d’un bilan complet d’une demi-journée, à Paris ou Bordeaux. Un groupe témoin de 500 à 1 000 dirigeants répond à un questionnaire anonyme afin d’alimenter une étude plus large sur les déterminants de santé des entrepreneurs.

L’objectif affiché est de renforcer la prévention avant l’apparition de situations critiques. Les indicateurs suivis portent notamment sur le sommeil, les relations sociales et familiales, l’estime de soi, la santé économique de l’entreprise, ou encore la capacité à demander de l’aide. Le suivi doit s’inscrire dans la durée, sur une période d’un an.

Pour Ociane Matmut, cette démarche doit contribuer à mieux intégrer la santé des dirigeants dans les politiques de prévention. Le programme doit se poursuivre en 2026, avec l’élargissement du nombre de participants, l’enrichissement des analyses et l’amélioration du parcours proposé. À terme, le groupe souhaite faire émerger un dispositif national de référence.

« En tant qu’acteur mutualiste, nous considérons que la prévention ne doit pas s’arrêter aux salariés. La santé des chefs d’entreprise est un enjeu humain, mais aussi économique et collectif », déclare Stéphane Hasselot, membre du Comité exécutif du Groupe Matmut en charge de la Direction Assurance Santé. Selon lui, prévenir l’épuisement des dirigeants revient aussi à protéger l’économie réelle.

Nos derniers articles