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« les complémentaires santé ne doivent pas être un complément ou un supplétif de l’Assurance Maladie »

Dans un contexte d’évolution et de transformation de l’assurance, Carte Blanche Partenaires a souhaité mettre en perspective les convictions de dirigeants/décideurs du secteur, sur l’évolution de la complémentaire santé. Nous avons ici le témoignage*, dans le cadre de l’ouvrage** récemment réalisé « Dessine-moi une complémentaire santé », Jean-Carles Grelier, élu local, parlementaire et membre de la commission des affaires sociales. Jean-Carles Grelier porte un regard critique sur le système de santé en France. Il propose des solutions pour remédier à ses nombreux dysfonctionnements et invite à faire de ce sujet un projet politique majeur.

Jean-Carles Grelier, vous dénoncez le système de santé français, dans un livre blanc sur la santé en 2018 et dans votre livre récent (janvier 2020) « Nous nous sommes tant trompés ; plaidoyer pour l’avenir de la santé ». Concernant le système de santé/soins, est-ce qu’il doit se transformer ? Qu’est-ce que l’on doit/peut changer ?

Il faut tout repenser. Nous avons un système de soins mais pas de système de santé. Le bilan est sévère. Les Français peinent à trouver un médecin, à se faire soigner dans tout le territoire. Nous n’avons plus de médecin du travail. Les délais et conditions de prise en charge à l’hôpital se dégradent, mettant en danger leurs usagers, et fragilisant les soignants, nous n’avons pas d’éducation à la santé, pas de culture et de gouvernance de la prévention.

Certains appellent à un véritable « passage à l’acte » de la transformation du système de soins, de santé.  Est-ce possible ? Y a-t-il des préalables à cette transformation ? des priorités ou des urgences ?

Le champ des transformations est immense. Une des urgences est un véritable engagement de notre système de santé dans la prévention. Nous avons là une source d’économie énorme si nous nous engageons vers des vraies politiques de prévention. Notre pays n’enseigne pas la prévention. L’éducation à la prévention doit démarrer très tôt auprès des plus jeunes, car à ce moment là se construisent nos comportements futurs. L’école doit être promotrice de la prévention. Par ailleurs, il n’y a pas de gouvernance de la prévention, ni d’évaluation des impacts. Une prévention plus efficace dégagerait mécaniquement des ressources pour la partie de soins. Il faut découvrir et s’inspirer du système de santé du Nord de l’Europe, par exemple.

La santé en France n’intéresse pas les politiques. La question de la santé sur les territoires ne se pose plus en matière d’égalité d’accès mais bien plutôt d’équité. Il y a désormais une profonde injustice dans l’accès aux soins ou dans la prise en charge médicale que les Français ressentent douloureusement. Cet échec patent dans l’organisation territoriale de la santé s’est accentué ces dernières années sous les coups de boutoir d’une politique budgétaire uniquement axée sur la baisse de la dépense, faisant fi des effets pervers qu’elle pouvait provoquer, des situations de détresse dans lesquelles elle plaçait les hôpitaux et leurs personnels. Il faut absolument sortir de la vision purement comptable de la santé. Avoir une vraie vision de la politique de santé au-delà de la vision budgétaire qui se traduit par le dépôt effectué récemment d’une proposition de loi de programmation à 5 ans pour la santé afin de remettre à flots le système. Définir véritablement la stratégie de santé, permettrait dans le cadre d’un débat public, de définir ce que l’on attend, quels seraient nos objectifs, nos orientations et avec quels moyens nous pensons y arriver.

N’y-a-t-il pas un préalable aux réformes : la structuration numérique qui permettrait de transformer réellement le fond du système de santé/soins ?
Par exemple, ne pas avoir de dossier médical partagé et sécurisé, ne pas avoir de véritable interopérabilité entre les multiples acteurs du secteur de la santé et de soins… N’est-ce pas un handicap majeur qui obère, à la racine toute transformation du système de santé/soins ?

Nous sommes, sur la structuration numérique de notre système de santé, très en retard. L’approche actuelle du numérique en santé est simplement catastrophique. Nous avons les technologies et n’attendons plus que les décisions politiques. L’application Stop covid, par exemple, est un échec monumental*. Nous pourrions utiliser l’intelligence artificielle sur la lecture de scanner, elle a une lecture plus performante que l’œil humain,
le rôle de la machine dans la relation patient/médecin est inexistant. Depuis 3 ans, nous ne notons aucun progrès notable en la matière et nous pouvons avoir des inquiétudes avec la localisation (Chine, USA) des leaders de l’intelligence artificielle. Il nous faudrait des programmes ambitieux et des moyens financiers beaucoup plus importants, plusieurs dizaines de milliard d’euros pour accélérer la mise en place de nos innovations technologiques au service de la santé des Français.

Vous savez que cet ouvrage, « Dessine-moi une complémentaire santé » s’adresse à l’ensemble des dirigeants et décideurs de l’écosystème du secteur de l’assurance complémentaire santé. Qu’avez-vous envie de leur dire ?

Les organismes complémentaires santé ont un rôle essentiel et il faut les laisser faire leur métier. Ils ont une compétence d’évaluation des risques et ne doivent pas avoir comme mission d’être un complément ou un supplétif de l’Assurance Maladie. Le régime de couverture des soins n’est plus universel, il doit évoluer en fonction des comportements de chacun. Si votre comportement diminue les risques d’avoir des problèmes de santé, il faut que la prime d’assurance baisse et inversement. Les Français sont adultes et responsables, ils comprennent très bien le déficit de la Sécurité sociale, ils savent que quand ils ont plus d’accidents de voiture, par exemple, leurs cotisations augmentent. Bien sûr, il est indispensable d’intégrer des dispositifs pour que personne ne reste au bord du chemin.Il est aujourd’hui indispensable de définir clairement la place de l’Assurance Maladie et celle des complémentaires santé. Ces organismes ne doivent pas être la remorque de l’Assurance Maladie.

La pire des choses serait de laisser le système figé. Les assureurs n’ont jamais failli par le passé. Il faut leur faire confiance, s’appuyer sur leurs expertises. Le chantier est tellement immense pour transformer notre système de santé, que les complémentaires santé sont les bienvenues, bien sûr, dans le cadre d’une démarche sanitaire globale.

*Réalisé lors du 1er semestre 2020

**Co-production Carte Blanche Partenaires / L’assurance en MouvementVovoxx

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