Selon l’Observatoire de la Sécurité des Foyers 2026, 76 % des Français de 50 ans et plus voient la chute comme l’accident domestique le plus meurtrier, mais les mesures de prévention restent encore limitées.
Vieillir chez soi, oui, mais à quel prix si le logement devient un lieu de risque ? L’édition 2026 de l’Observatoire de la Sécurité des Foyers, portée par Covéa, Verisure et Saretec, alerte sur un enjeu appelé à peser de plus en plus lourd avec le vieillissement de la population : la sécurité au foyer. Selon l’Insee, les plus de 65 ans seront deux fois plus nombreux que les moins de 20 ans en France en 2070, et déjà, les chutes entraînent plus de 20 000 décès, plus de 174 000 hospitalisations et près de 2 milliards d’euros de coûts chaque année.
L’étude montre que près d’un sondé de 50 ans et plus sur quatre a chuté au moins une fois à son domicile au cours des douze derniers mois. La proportion atteint près d’un sur trois chez les 75 ans et plus. Les personnes interrogées identifient largement la gravité du phénomène : 76 % considèrent la chute à domicile comme l’accident de la vie courante le plus meurtrier, loin devant les risques liés au feu ou au gaz, aux intoxications, aux brûlures ou aux étouffements.
Cette prise de conscience ne se traduit toutefois pas toujours par une inquiétude durable ni par des changements concrets. Si 71 % des sondés voient une chute comme un signal d’alarme, seuls 54 % jugent tout à fait important de consulter un médecin après un tel événement. Près d’une personne sur deux déclare en faire une préoccupation importante au quotidien, mais seulement une sur quatre s’en inquiète régulièrement. Chez les 75 ans et plus, 64 % en font une préoccupation importante et 34 % une crainte régulière.
Les causes des chutes sont multiples. Elles peuvent être liées à l’état physique, à l’âge, aux douleurs, à certaines pathologies, mais aussi à l’organisation du logement. Pourtant, 44 % des sondés associent d’abord la chute à l’âge, à la perte de force musculaire ou aux difficultés de déplacement. Moins d’un tiers évoque des aménagements insuffisants du domicile, comme les tapis, les escaliers, l’encombrement ou les sols glissants, et 29 % citent des raisons de santé physique.
L’Observatoire insiste sur le fait que la prévention repose sur des gestes souvent simples : bilan médical, activité physique, nutrition, autodiagnostic, meilleure luminosité, suppression des obstacles, installation de barres d’appui ou équipements adaptés. Un audit de sécurité du logement peut permettre d’identifier les zones à risque. Ces adaptations, parfois limitées en coût, peuvent éviter des conséquences plus lourdes, notamment lorsqu’une chute entraîne une perte d’autonomie.
« Alors que la société vieillit, il est important de pouvoir adapter les logements face aux risques du domicile, dont la chute. Nous constatons souvent des équipements tardifs parmi les personnes âgées, souvent par les enfants, après une chute. Il existe des solutions qui permettent de réagir au plus vite, de faciliter l’intervention des secours dans les meilleures conditions pour limiter l’impact et la gravité. Les seniors peuvent aujourd’hui donner l’alerte plus facilement et plus efficacement », rappelle Mohamed Marchich, directeur des partenariats et des alliances de Verisure.
Au-delà de l’accident lui-même, la chute peut provoquer un enchaînement de fragilités physiques, psychologiques et sociales. La peur de tomber à nouveau peut conduire à réduire ses déplacements, ses activités et ses contacts, avec un risque de perte musculaire, d’isolement et de repli. Un médecin en milieu rural résume ce mécanisme : « Il y a peur de la nouvelle chute. Les personnes deviennent plus stressées, elles marchent moins bien. Elles font moins de choses, et deviennent globalement moins autonomes. »
Les aidants occupent aussi une place déterminante dans la prévention. Conjoints, enfants ou petits-enfants sont souvent les premiers à observer les difficultés et à proposer des aménagements. Mais ils peuvent se heurter au refus de la personne concernée, tout en assumant une charge mentale, émotionnelle et organisationnelle importante. « La chute concerne le senior, mais aussi ses proches, qui risquent eux-mêmes de basculer dans l’aidance », souligne Jean-Vincent Raymondis, CEO de Saretec. Valérie, 57 ans, aidante, témoigne : « Je m’occupe de ma maman, chaque jour, c’est difficile. C’est une grosse charge mentale. Par contre, par rapport à mes enfants plus tard, je veux prévoir les choses différemment, je ne veux pas avoir besoin de leur présence, je prendrai des aides à domicile ou j’irai en maison de retraite. »
Pour les partenaires de l’Observatoire, l’enjeu est de favoriser le passage à l’action avant la chute plutôt qu’après. Laurent Pigelet, directeur marketing de Covéa, rappelle que la prévention fait partie intégrante de notre métier d’assureur : « Des causes possibles de la chute, en passant par l’aide au diagnostic, la délivrance de conseils santé, une information sur les dispositifs d’accompagnement financiers ou bien sur les solutions concrètes en matière d’équipement du domicile, notre objectif reste inchangé : réduire le risque de chute, en particulier pour nos ainés. »

