Crise du logement : quel rôle pour les assureurs ?

Sans domicile, froid, attente de logement social : les indicateurs du mal-logement se dégradent en France. Face à cette crise, quelques assureurs agissent, mais leur mobilisation reste limitée.

« La France s’enfonce dans le mal logement. » Le constat du 30e rapport sur l’état du mal-logement, publié en 2025, la Fondation pour le Logement est sans appel : face à l’attentisme des politiques publiques, les indicateurs se dégradent. Le pays compte désormais 350 000 personnes sans domicile, hébergemées ou à la rue, et 11,2 millions de personnes en situation de pauvreté. Autre signal préoccupant : 30 % des ménages ont eu froid dans leur logement en 2024, contre 14 % en 2020. 

La tension concerne aussi l’accès au logement social. Plus de 2,7 millions de ménages étaient en attente d’un logement social à la mi-2024, tandis que la production continuait de reculer, avec 259 000 logements mis en chantier en 2024, dont 82 000 logements sociaux financés. Plus de 19 000 ménages ont par ailleurs subi une expulsion locative en 2024. Le rapport met aussi l’accent sur les personnes en situation de handicap, souvent confrontées à un manque de logements adaptés et à des discriminations dans l’accès au logement. 

Dans ce contexte, le secteur de l’assurance et de la prévoyance apparaît encore peu présent, malgré quelques initiatives. Le Groupe Arcade-VYV développe une approche dite de « logement santé », fondée sur l’idée que l’habitat doit contribuer au bien-être, à l’autonomie et au lien social. Son action associe logements sociaux ou libres, résidences pour seniors, habitats inclusifs, logements pour jeunes actifs ou étudiants, à des services liés à la santé, à l’adaptation du logement, à la téléassistance ou à la vie quotidienne.

Cette démarche met en avant une vision du logement comme support de santé et d’insertion, notamment pour les publics les plus vulnérables. Elle insiste aussi sur le rôle des territoires et des acteurs locaux pour lutter contre l’isolement, à travers des actions autour de l’alimentation, de l’activité physique, de l’environnement, de la culture ou des loisirs. 

Autre exemple, la MAIF a créé avec AMPERE Gestion, filiale du groupe CDC Habitat, le fonds MAIF Habitats et Inclusion. Ce support d’investissement, labellisé Finansol et ISR, vise l’immobilier résidentiel à impact social et la transition énergétique des logements. Il doit financer notamment des logements abordables dans les grandes agglomérations, des résidences pour jeunes actifs, des habitats seniors partagés et des projets d’innovation sociale pour des publics fragiles.

Le fonds a déjà participé à la création d’une foncière solidaire avec Fratries, destinée à développer des maisons en co-living pour jeunes actifs et personnes en situation de handicap mental ou cognitif. Selon la MAIF, cette orientation répond à sa stratégie sociale des investissements. 

« Nous sommes convaincus de la pertinence de l’investissement à impact social : c’est pour cela que nous avons souhaité permettre à nos sociétaires détenteurs d’un contrat d’assurance vie, d’y investir leur épargne. Les premiers investissements déjà en cours viennent confirmer la direction que nous avons choisie », explique Carole Zacchéo, directrice des Investissements. 

Ces exemples montrent que certains acteurs assurantiels disposent de leviers financiers pour agir sur le logement. Mais au regard des chiffres du mal-logement, leur mobilisation semble encore limitée. L’enjeu n’est plus seulement de soutenir des projets isolés : il pourrait devenir, pour le secteur, un terrain d’engagement structurant, à la croisée de la santé, du social, du climat et de la cohésion de la société.

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