L’Impact tank balise la mesure d’impact social

Présenté le 13 avril lors du Sommet de la mesure d’impact, un rapport de l’Impact tank propose une méthode pour évaluer l’impact social des fondations et fonds de dotation, avec des indicateurs et quatre recommandations.

L’essor des fondations et des fonds de dotation est tout à la fois récent et spectaculaire : on dénombrait à peine un millier de fondations en l’an 2000, il y en a aujourd’hui environ 3 000 et plus de 2 800 fonds de dotation en activité, soit presque 6 000 structures philanthropiques selon l’Observatoire de la Philanthropie. Dans ce contexte de montée en puissance du secteur, l’Impact tank publie un rapport consacré à la mesure de l’impact social de ces structures à l’occasion du 4e Sommet de la mesure d’impact, organisé le 13 avril dernier au Conseil économique, social et environnemental. Coordonné par Arthur Gautier, professeur à l’Essec, ce travail réunit des représentants de fondations, de fonds de dotation, du Centre français des fonds et fondations, d’Admical, de l’Avise et du cabinet Kimso.

Le document part d’un constat : les fondations et fonds de dotation sont soumis à peu d’exigences de transparence sur leurs activités, leurs résultats ou leur impact. Un déficit de redevabilité qui a de quoi nourrir des interrogations sur leur légitimité. Le débat s’est notamment nettement durci dans le monde anglo-saxon autour des grands philanthropes milliardaires. Plusieurs analyses critiques soulignent l’emprise croissante de leurs méga-fondations et les risques que cette montée en influence ferait peser sur le fonctionnement des institutions démocratiques. 

Par ailleurs, « la “religion de l’efficacité” a conduit nombre de fondations à fixer des règles plus contraignantes pour verser des financements et à demander des comptes aux associations qui les reçoivent », note le rapport. Ainsi, une partie du secteur associatif a du intégrer des pratiques inspirées de l’entreprise. Une évolution qui a pu rationaliser certaines décisions, mais qui alimente aussi un malaise croissant. Sur le terrain, nombre d’acteurs dénoncent des exigences devenues difficiles à soutenir : financements modestes, souvent limités à quelques milliers d’euros, versés sur un à trois ans, ciblés sur des projets précis, et assortis de procédures de candidature et de reporting jugées lourdes, voire disproportionnées. Pour une partie du secteur, ces contraintes finissent par détourner les organisations de leur cœur de mission sociale.

« Réfléchir à l’impact social d’une fondation, c’est donc s’intéresser à toutes les éventualités et analyser finement ce qui se passe quand le don a lieu », note le rapport. Le groupe de travail distingue trois niveaux d’impact. Le premier est direct et concerne les effets du soutien apporté aux associations, qu’il s’agisse de leurs performances ou de leur légitimité. Le deuxième est indirect et porte sur les bénéficiaires finaux accompagnés par ces structures. Le troisième est systémique : il renvoie aux transformations plus larges des équilibres sociaux. Le rapport rappelle que ces effets peuvent être positifs ou négatifs, intentionnels ou non. 

La méthodologie proposée prend aussi en compte, au-delà du financement, d’autres formes de soutien comme le mécénat de compétences, le mentorat, la participation à la gouvernance, la mise en relation ou le plaidoyer. Elle s’appuie sur huit catégories d’effets attendus : développement financier et opérationnel, sentiment de soutien, valorisation de la structure, mise en réseau, ressources humaines, professionnalisation, réflexion stratégique et effets indirects sur les bénéficiaires. Le rapport précise toutefois que ce référentiel est un « catalogue » adaptable, et non une grille figée.

Quatre recommandations accompagnent ce cadre. L’Impact tank appelle d’abord les fondations à s’appliquer à elles-mêmes les exigences qu’elles formulent envers les associations en matière de transparence et de redevabilité. « La mesure de son propre impact constitue un signal significatif : elle traduit la volonté, en tant que financeur, de mettre en cohérence ses pratiques avec ses principes, en acceptant d’interroger sa propre valeur ajoutée », souligne le rapport, ajoutant qu’une telle démarche peut « contribuer à un rééquilibrage des relations entre financeurs et structures financées ».

Il préconise ensuite qu’elles intègrent un budget spécifiquement dédié à la mesure de l’impact social pour les structures qu’elles financent, et qu’elles leurs apportent un soutien méthodologique. « La mesure d’impact doit se mettre au service du “pouvoir d’agir” des associations », rappelle le document.

En troisième lieu, le rapport plaide pour que la mesure d’impact social soit un outil d’interconnaissance entre financeurs et associations, dont il souligne qu’ils « font partie de la même famille de l’économie sociale et solidaire ». « La mesure d’impact social n’est pas un simple plan à dérouler, valable en toute circonstance. Elle doit évoluer et s’adapter au contexte et à l’expérience vécue. » 

Enfin, il invite à harmoniser les méthodes et à partager les résultats pour faire de cette démarche un patrimoine commun. « Pendant longtemps, les résultats des mesures d’impact social restaient confidentiels en raison des risques réputationnels encourus s’ils n’étaient pas “parfaits” […]. Or, garder ces savoirs secrets freine la progression du secteur. » L’enjeu : éviter d’imposer aux associations des exigences différentes selon chaque financeur et mutualiser les référentiels existants au lieu d’en recréer sans cesse.

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