Climat : alertes sur la résilience des habitations

Alors que les sinistres liés aux incendies de forêt et aux inondations explosent, les assureurs canadiens appellent à une mobilisation collective pour renforcer la résilience des habitations et recentrer les priorités gouvernementales sur le climat.

Malgré des bénéfices solides, le secteur alerte sur l’urgence d’agir pour éviter une aggravation des risques financiers et humains.

Chiffres clés à retenir

  • +6% : Hausse des primes d’assurance habitation au Canada en 2025.
  • 9,4 milliards canadiens : Coût record des sinistres en 2024, incluant incendies, grêle et inondations.
  • 32 millions d’hectares : Superficie brûlée au Canada en trois ans.
  • 6,6 milliards canadiens : Investissements publics depuis 2015 pour la préparation aux feux de végétation.

Les assureurs canadiens face à l’urgence climatique

Une pression financière croissante

Les principaux assureurs de dommages canadiens, tels qu’Intact Financial, TD Assurance, Wawanesa et Definity Financial, subissent une pression accrue en raison de l’explosion des sinistres liés aux incendies de forêt et aux inondations. En 2024, les indemnisations ont atteint un record de 9,4 milliards de dollars canadiens, poussant les primes d’assurance habitation à augmenter de 6% en 2025. Malgré cette hausse, le secteur a enregistré une progression de 56,7% de son résultat net, grâce à une gestion rigoureuse des fonds propres.

Des initiatives pour renforcer la résilience

Pour limiter les impacts des catastrophes naturelles, les assureurs investissent massivement dans des solutions préventives :

  • Encouragement à la reconstruction résiliente : Intégration de matériaux résistants au feu et aux inondations dans les règlements de sinistres.
  • Partenariats avec les municipalités : Collaboration pour améliorer la modélisation des risques et adapter les infrastructures.
  • Incitations financières : Remises pour les assurés qui réalisent des évaluations de risques ou installent des équipements résistants.

Un appel à l’action gouvernementale

Les assureurs critiquent la dépriorisation des enjeux climatiques par le gouvernement de Mark Carney, qui privilégie actuellement le secteur pétrolier et la stabilité économique. Ils demandent :

  • La mise à jour des codes du bâtiment pour rendre les nouvelles constructions plus résistantes.
  • L’interdiction de construire dans les zones à haut risque (500 000 logements prévus en zones inondables, 200 000 en zones à risque d’incendie).
  • Un investissement accru dans les infrastructures naturelles pour atténuer les impacts des catastrophes.

Un contexte climatique alarmant

Le Canada, qui abrite 10% des forêts mondiales, fait face à des records de dégâts liés aux feux de forêt. En 2024, près d’un tiers de la ville de Jasper a été détruit par les flammes, tandis que des tempêtes de grêle et des inondations ont aggravé la situation. Selon Environnement et Changement climatique Canada, l’année 2026 s’annonce comme l’une des plus chaudes jamais enregistrées, augmentant les risques d’incendies et d’inondations.

Des profits solides, mais une inquiétude persistante

Malgré des bénéfices en hausse, les assureurs soulignent que les pertes liées aux conditions météorologiques extrêmes, autrefois exceptionnelles, peuvent désormais survenir en une seule journée. David Leibl (Wawanesa) insiste : « Nous devons combler le fossé entre les risques climatiques et les investissements publics. »

Les assureurs canadiens se positionnent comme des acteurs clés dans la lutte contre les impacts du changement climatique. Leur mobilisation, couplée à une collaboration renforcée avec les pouvoirs publics, sera déterminante pour limiter les risques financiers et humains liés aux catastrophes naturelles.

La résilience climatique : une inspiration pour les assureurs français ?

Les défis rencontrés par les assureurs canadiens face aux catastrophes naturelles : incendies, inondations, tempêtes,… ne sont pas sans rappeler les risques croissants auxquels la France est également exposée. Comme au Canada, ces événements mettent en lumière la nécessité pour les assureurs de repenser leur modèle pour intégrer la résilience face aux aléas climatiques. Par exemples :

  • Renforcer les incitations pour les assurés qui adoptent des solutions résilientes (ex. : réductions de primes pour les maisons équipées de systèmes anti-inondation ou de matériaux ignifuges).
  • Placer la résilience au cœur du dialogue avec l’État : Comme au Canada, où les assureurs critiquent la dépriorisation du climat, les acteurs français pourraient exiger des investissements publics proportionnés aux risques, notamment pour les zones littorales et les territoires exposés aux feux de forêt et inondations.
  • Innover dans la gestion des sinistres : Développer des outils de modélisation prédictive pour anticiper les risques, comme le font déjà certains acteurs en France.

La résilience climatique n’est pas seulement une question de réduction des coûts pour les assureurs. C’est aussi un levier pour :

  • Renforcer la confiance des assurés, de plus en plus sensibles à l’engagement des acteurs face aux crises climatiques (comme le révèle l’Observatoire OSIRIS 2026 sur l’impact émotionnel des sinistres climatiques).
  • Se différencier face à la concurrence et anticiper les régulations futures.

Si le contexte français diffère de celui du Canada (densité urbaine, régulations, …), l’exemple canadien montre que l’assurance ne peut plus se contenter d’indemniser : elle doit prévenir et accompagner la transition vers des territoires plus résilients. Pour les assureurs français, cela passe probablement par :

  • Un dialogue renforcé avec les pouvoirs publics pour aligner les incitations privées et les politiques d’aménagement.
  • Une collaboration accrue avec les collectivités locales, les constructeurs et les assurés.
  • Une communication transparente sur les risques et les solutions, pour éviter le sentiment d’abandon souvent exprimé par les sinistrés (comme le souligne l’observatoire OSIRIS 2026).

En somme, la résilience climatique pourrait devenir un pilier stratégique pour les assureurs français, à la fois pour maîtriser leurs coûts, répondre aux attentes sociétales et se positionner comme des acteurs clés de la transition écologique. Reste à savoir si le secteur saura, comme au Canada, faire entendre sa voix pour que ces enjeux soient enfin traités à la hauteur des défis.

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