Selon une étude d’AXA Climate, moins de la moitié des espèces menacées en France et dans les outre-mer bénéficient d’une protection légale, avec de fortes disparités selon les territoires et les groupes d’espèces.
AXA Climate publie une étude consacrée à la protection de la biodiversité en France et dans les outre-mer. Réalisé par ses équipes et publié en 2026 dans le Journal for Nature Conservation, ce travail met en évidence un écart entre l’évaluation scientifique des espèces menacées et leur protection effective par la loi.
Selon l’étude, seules 43 % des espèces menacées, identifiées selon la méthodologie de l’UICN, sont aujourd’hui protégées. Cette proportion atteint 39 % pour les espèces classées « vulnérables », 43 % pour celles considérées comme « en danger » et 51 % pour les espèces « en danger critique d’extinction ».
Les différences sont également marquées selon les territoires. En France métropolitaine et en Corse, où 1 445 espèces sont évaluées comme menacées, seules 34 % bénéficient d’une protection légale. Ce niveau place ce territoire parmi les moins bien couverts. La Martinique et la Guadeloupe affichent, elles, un taux de protection de 29 %, malgré plusieurs centaines d’espèces menacées recensées. À l’inverse, la Terre Adélie atteint 100 %, mais sur un nombre limité de quatre espèces.
L’étude relève aussi de fortes inégalités entre groupes taxonomiques. Les oiseaux, les reptiles et les mammifères menacés sont protégés à environ 95 %, contre seulement 6 % pour les insectes. Les amphibiens atteignent 88 %, tandis que certains groupes d’invertébrés, comme les bivalves ou les coraux, se situent autour de 42 à 43 %. Chez les plantes, les gymnospermes sont protégées à 96 %, contre 51 % pour les angiospermes, tandis que les algues menacées ne bénéficient d’aucune protection.
Pour AXA Climate, ces résultats invitent les entreprises à ne pas limiter leur analyse à la conformité réglementaire. « Notre étude montre que la conformité réglementaire à elle seule ne garantit pas que les risques pesant sur la biodiversité sont gérés », soulignent les auteurs. Ils rappellent que certains secteurs, notamment l’agriculture, dépendent de fonctions écosystémiques portées par des espèces parfois peu prises en compte par la réglementation.
L’étude recommande de mieux intégrer les espèces dites « clés de voûte », dont l’impact écologique dépasse leur abondance. Le castor d’Europe illustre cette approche : protégé localement dès 1909 puis nationalement en 1968, il est passé de moins d’une centaine d’individus à plus de 20 000 aujourd’hui. Son rôle dans la création de zones humides, la filtration des polluants ou la réduction des crues montre l’importance d’une protection fondée sur les fonctions écologiques autant que sur les statuts administratifs.

