Deloitte vient de publier son étude « Future of Insurance 2035 », un rapport stratégique qui dresse un tableau sans complaisance des bouleversements attendus dans le secteur.
Décryptage d’une feuille de route qui pourrait nourrir les réflexions des dirigeants du secteur.
Il est des rapports qu’on survole et d’autres qu’on referme en se disant que la décennie à venir ne ressemblera à rien de ce qu’on a connu. Le « Future of Insurance 2035 » de Deloitte, publié le 11 mai 2026 et signé par Claude-Florence Chassain, associée responsable du secteur assurance, appartient résolument à la seconde catégorie.
Le diagnostic d’entrée est sans détour : le secteur de l’assurance entre dans une décennie de transformation accélérée, confrontée à la convergence de facteurs externes : évolutions démographiques, mutations sociétales, progrès rapides de l’IA, poursuite de la transformation digitale, intensification des événements climatiques extrêmes, et pressions macroéconomiques, réglementaires et géopolitiques croissantes. Rien de moins.
Du transfert de risques à la création de valeur
Ce qui frappe dans cette analyse, c’est le déplacement de paradigme qu’elle annonce. D’ici 2035, la création de valeur dépassera le cadre traditionnel du transfert de risques pour s’orienter vers la prévention, la résilience et la sécurité financière à long terme. En clair : l’assureur de demain ne sera plus seulement celui qui indemnise après le sinistre, mais celui qui empêche le sinistre d’arriver — ou qui accompagne son client pour en sortir plus fort.
Cette bascule n’est pas anodine. Elle remet en cause des décennies de positionnement commercial, de segmentation produit et de modèles de tarification. Si le secteur a fait preuve de résilience ces dernières années, la période à venir devrait être plus difficile à mesure que les grandes tendances s’accélèrent et s’intensifient. Les assureurs qui pensaient avoir traversé la vague numérique pourraient bien se retrouver face à un tsunami.
Des chantiers pour ne pas décrocher
Deloitte structure sa réflexion autour de transformations clés, que les assureurs doivent engager dès maintenant :
- La distribution commerciale doit passer d’une logique transactionnelle à un conseil continu, piloté par la donnée. Le temps de la vente one-shot est compté : le client attend de son assureur qu’il soit présent tout au long de son cycle de vie, avec des recommandations personnalisées et pertinentes.
- Les produits et la tarification doivent évoluer de simples couvertures de protection vers des solutions orientées résultats, permettant d’élargir les sources de valeur. C’est là que se jouera, en grande partie, la différenciation concurrentielle des prochaines années.
- L’expérience client doit évoluer vers des interactions plus proactives et personnalisées, tandis que les opérations doivent être transformées grâce aux technologies émergentes et à l’intelligence artificielle.
- L’IA n’est plus un gadget de direction digitale : elle est appelée à restructurer la chaîne de valeur de bout en bout, de la souscription à la gestion des sinistres.
- Enfin, les collaborations stratégiques et les opérations de M&A sont identifiées comme un levier pour accélérer l’innovation et la création de valeur grâce aux écosystèmes de partenaires. Dans un secteur où aucun acteur ne peut tout maîtriser seul, la capacité à s’allier intelligemment deviendra une compétence clé.
L’urgence de l’anticipation
Ce que Deloitte souligne peut-être avec le plus de force, c’est la nécessité d’agir maintenant et non dans les années à venir. Plutôt que de chercher à prédire un scénario unique, le rapport met l’accent sur les choix concrets que les assureurs peuvent faire dès maintenant pour rester compétitifs et pertinents à l’horizon 2035. Car la convergence de ces dynamiques implique que leurs effets ne peuvent plus être analysés isolément : le changement climatique amplifie la pression tarifaire, qui elle-même rencontre une contrainte réglementaire, elle-même déstabilisée par des secousses géopolitiques. Tout semble lié.
Selon le rapport, la performance reposera sur la capacité à anticiper les ruptures, à s’adapter rapidement et à aligner les offres sur les besoins futurs des individus, des entreprises et de la société, dans un environnement d’incertitude sans précédent pour le secteur.
Le message est clair : les assureurs qui attendront que la tempête se lève pour réajuster le cap naviguent déjà à contre-courant.

