Le changement climatique crée une zone grise que personne ne couvrait vraiment : les pertes d’exploitation liées aux aléas météorologiques sans dommage matériel.
Une jeune pousse française, née des cendres de HDRain, vient de franchir le Rubicon en se positionnant sur ce segment avec une approche 100 % paramétrique.
La construction qui perd vingt jours de chantier sous la pluie. Le camping qui voit sa fréquentation s’effondrer lors d’un été gris. Le transporteur maritime paralysé par des vents contraires.
Autant de situations économiquement douloureuses, mais largement invisibles pour les assureurs traditionnels, faute de dommage matériel à expertiser, pas de sinistre reconnu, pas d’indemnisation. C’est précisément ce « angle mort » qu’entend combler Sereno, le nouveau MGA fondé dans le prolongement de la société HDRain, spécialiste reconnue depuis 2018 de la donnée météorologique haute précision.
De la donnée au produit : une montée en gamme stratégique
HDRain s’était taillé une réputation solide en fournissant aux assureurs des mesures météorologiques à très fine granularité, et en certifiant les modèles utilisés dans les couvertures paramétriques existantes. Mais en observant le marché de l’intérieur, les fondateurs ont mis le doigt sur une contradiction : les outils techniques existaient, les données aussi, mais les PME et ETI françaises restaient largement dépourvues de solutions adaptées à leurs pertes diffuses liées à la météo.
« Nous avons décidé de remonter la chaîne de valeur pour concevoir directement les produits d’assurance, plutôt que de nous limiter à fournir les briques techniques », explique Ruben Hallali, PDG et co-fondateur de Sereno, météorologue titulaire d’un doctorat en sciences de l’atmosphère de l’Université Paris-Saclay.
La mécanique paramétrique au cœur du modèle
Le principe est simple mais innovant : l’indemnisation est déclenchée automatiquement dès qu’un indice météorologique prédéfini est atteint : un niveau de pluie, de vent, de neige, de température ou tout autre indicateur objectivable, sans expertise de sinistre, sans déclaration complexe, sans délai d’instruction.
La corrélation entre conditions météo et performance économique est établie en amont, à partir des historiques longs et des capteurs déployés sur le terrain, héritage direct de l’activité de HDRain. « Sereno se positionne sur tout ce qui cause des dégâts invisibles, très difficilement expertisables avec les méthodologies traditionnelles », souligne Ruben Hallali.
Sur le plan juridique, la société est enregistrée à l’ORIAS comme courtier, faute de statut spécifique pour les MGA en droit français, mais son positionnement fonctionnel est bien celui d’un concepteur-distributeur de produits d’assurance, le risque étant porté par des assureurs partenaires bénéficiant d’une notation A+ par les agences internationales.
Des secteurs prioritaires bien identifiés
Sereno a structuré son offre autour de premiers secteurs prioritaires : le BTP et les loueurs d’engins de chantier (directement exposés à la pluviométrie), le transport et la logistique maritime, et les activités de plein air : campings, golfs, sites touristiques.
« Une année normale, il va pleuvoir peut-être 25 jours pendant lesquels les professionnels ne peuvent pas travailler. Mais aujourd’hui, cette année normale n’arrive quasiment plus », observe le fondateur, pointant la variabilité accrue du climat comme moteur de la demande.
Les inondations historiques du début 2026, avec leurs 294 communes reconnues en catastrophe naturelle, ont brutalement illustré l’ampleur des pertes d’exploitation non couvertes subies par les entreprises françaises.
Quelques mois après son lancement opérationnel, Sereno a déjà émis ses premières polices et engagé des partenariats de distribution avec de grands groupes de courtage internationaux. Des demandes arrivent également de l’international, notamment d’opérateurs portuaires européens et d’infrastructures en Afrique et en Asie.
Face à Descartes Underwriting et AXA Climate, qui se concentrent principalement sur les grandes entreprises et les catastrophes naturelles majeures, Sereno se positionne délibérément sur les PME et ETI, et sur des aléas de moindre intensité mais d’impact économique cumulé significatif.

