Alors que les records de chaleur se multiplient à travers le monde, l’Inde expérimente depuis 2023 des assurances paramétriques qui indemnisent automatiquement les travailleurs informels lorsque le thermomètre dépasse un seuil critique. Un modèle qui commence à essaimer.
La chaleur extrême est aujourd’hui le risque climatique le plus meurtrier : 489 000 décès par an, davantage que les inondations, ouragans et tremblements de terre réunis. En Inde, le coût économique est vertigineux : 247 milliards d’heures de travail perdues en 2024 selon le Lancet Countdown, soit un manque à gagner estimé à 194 milliards de dollars, concentré dans l’agriculture et le BTP.
L’Inde en première ligne
C’est dans ce pays, où le thermomètre frôle régulièrement les 50 °C en mai et en juin et où 80 à 90 % de la main-d’œuvre relève du secteur informel, que sont nés les premiers dispositifs paramétriques anti-chaleur.
Le plus important est celui de la SEWA, un syndicat de travailleuses. Lancé en 2023 avec 21 000 femmes, il en couvrait 225 000 en 2025, dans sept États. Le principe est simple : pour 250 roupies par an (3 dollars), chaque adhérente reçoit automatiquement une indemnité dès que la température dépasse 40 °C pendant deux jours consécutifs. Les bénéficiaires utilisent ces versements pour les frais de scolarité, les médicaments ou l’alimentation.
À Ahmedabad, un autre dispositif porté par le Mahila Housing Trust et l’assureur Go Digit cible les vendeuses et couturières du Gujarat. Plus de 30 800 femmes sont couvertes en 2026, avec une extension vers Delhi. Go Digit indemnise également des travailleurs migrants dans six villes dès que le thermomètre franchit 42 °C.
Un modèle encore rare ailleurs
Hors d’Inde, l’assurance paramétrique climatique existe mais reste concentrée sur les risques agricoles. L’insurtech IBISA opère aux Philippines, au Kenya, au Ghana et au Sénégal avec des produits couvrant sécheresses, inondations et indice de chaleur pour les éleveurs, et prévoit de s’étendre au Pakistan et au Bangladesh. Au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, la protection des travailleurs en extérieur repose encore essentiellement sur des mesures administratives comme la limitation des heures de travail.
Alors que les canicules frappent désormais le monde entier avec une intensité croissante, la question se pose : ce modèle d’indemnisation automatique des travailleurs exposés peut-il sortir du cadre indien ?

