L’obésité, angle mort de la prévention santé ?

Le gouvernement vient de lancer sa feuille de route « Obésité 2026-2030 ». Un signal fort, à l’heure où 10 millions d’adultes sont concernés en France. Mais du côté des assureurs et des mutuelles, la prévention ciblée reste quasi inexistante.

La lutte contre l’obésité vient de franchir une nouvelle étape. La stratégie gouvernementale 2026-2030 fixe quatre objectifs à l’horizon de la fin de la décennie : freiner la progression de la maladie, renforcer l’accès à des soins personnalisés, former davantage de professionnels et capitaliser sur les parcours innovants. 

L’ambition est claire. Mais elle pose en creux une question au secteur de l’assurance : où sont les initiatives de prévention dédiées ?

10 millions de Français, et un tabou

L’étude OFÉO publiée en 2024 est sans ambiguïté : 18,1 % des adultes français sont en situation d’obésité, soit près de 10 millions de personnes. Surpoids inclus, c’est un Français sur deux qui est concerné. La prévalence a plus que doublé en vingt-cinq ans, passant de 8,5 % en 1997 à 18,1 %, et la tendance ne faiblit pas. L’obésité coûte plus de 10 milliards d’euros par an au système de santé et provoque environ 60 000 décès annuels. 

Pourtant, le mot reste difficile à prononcer dans les offres de prévention. On parle de sédentarité, de nutrition, d’équilibre de vie, rarement d’obésité.

Beaucoup de sport-santé, peu d’obésité

Ce n’est pas que le secteur ne fait rien. La Mutualité Française a formulé dix propositions pour promouvoir l’activité physique dans le cadre de son Observatoire sport-santé 2024. Le Groupe VYV déploie Vivoptim, une plateforme de coaching santé couvrant nutrition, activité physique et maladies chroniques, auprès des adhérents de la MGEN, d’Harmonie Mutuelle et de la MNT. Le gouvernement a lui-même lancé une Stratégie nationale Sport-Santé 2025-2030. 

Mais dans tous ces dispositifs, l’obésité n’est qu’un facteur de risque parmi d’autres, noyé entre le diabète, les troubles cardiovasculaires et les problèmes de dos. Aucun programme récent d’un assureur ou d’une mutuelle ne la cible frontalement.

Un parcours de soins encore mal couvert

Concrètement, une personne en situation d’obésité qui cherche un accompagnement se heurte vite à des obstacles. L’obésité n’est toujours pas reconnue comme affection de longue durée. L’activité physique adaptée, même prescrite par un médecin, n’est pas remboursée par l’Assurance Maladie. Les consultations chez un diététicien non conventionné restent à la charge du patient, et les forfaits proposés par les mutuelles plafonnent le plus souvent entre 60 et 150 euros par an. Les populations les plus touchées sont aussi les plus précaires : les ouvriers et les employés affichent des taux de surpoids et d’obésité de 53,5 % et 47,3 %, contre 41,2 % chez les cadres.

À Saint-Étienne, l’exception qui interpelle

Dans ce paysage, le Centre Mutualiste de l’Obésité (CMO) fait figure de contre-exemple. Ouvert en 2022 à Saint-Étienne par le groupe AÉSIO Santé, il réunit sur un même lieu chirurgiens, endocrinologue, infirmières bariatriques, diététiciennes, psychologues, psychomotriciens et éducateurs sportifs. 

L’accompagnement s’articule autour de trois axes : l’équilibre alimentaire, avec des ateliers en cuisine thérapeutique ; l’activité physique adaptée ; et le travail sur la souffrance psychologique liée à la grossophobie. Chaque patient bénéficie de programmes d’éducation thérapeutique validés par l’Agence Régionale de Santé, avec un suivi en hôpital de jour sur quatre semaines après une éventuelle intervention. Des parcours dédiés existent aussi pour les adolescents et les patientes ayant un projet de grossesse après chirurgie bariatrique. 

Le CMO assume ce que peu d’acteurs du secteur osent faire : nommer l’obésité, la traiter comme une maladie chronique à part entière, et y consacrer un dispositif complet. Alors que la taxation des boissons sucrées vient d’être renforcée depuis le 1er janvier 2026 et que les pouvoirs publics structurent enfin des parcours dédiés, la question s’adresse désormais aux assureurs et aux mutuelles : quand la prévention de l’obésité cessera-t-elle d’être un angle mort ?

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