La santé physique et mentale des soignants s’affirme comme la première préoccupation à l’hôpital. L’Observatoire CSA-MNH 2026 souligne un enjeu à la fois social, organisationnel et de fidélisation des professionnels.
« La santé des soignants s’impose aujourd’hui comme un enjeu structurant pour l’hôpital. » C’est le constat que fait Jean-Bernard Castet, directeur général adjoint Affaires publiques et Santé de la MNH. Selon l’Observatoire CSA-MNH 2026, 58 % des soignants la placent en tête de leurs priorités, un niveau nettement supérieur à celui observé dans l’ensemble de la population. Cette situation est mise en relation avec des conditions d’exercice marquées par des horaires atypiques, une forte charge de travail et des troubles du sommeil fréquents. La santé mentale apparaît aussi comme un sujet majeur : 86 % des répondants la jugent déterminante pour exercer leur métier, tandis que 45 % disent ressentir du stress ou de l’anxiété liés au travail.
« Longtemps abordée sous l’angle du bien-être, [la santé] fait désormais l’objet d’une approche plus globale, intégrant prévention, organisation du travail et accompagnement des professionnels », continue Jean-Bernard Castet. Cette évolution se traduit clairement dans l’enquête : pour 55 % des soignants, l’amélioration des conditions de travail constitue le premier levier de prévention. Organisation, reconnaissance et prévention sont autant de pistes concrètes qui dessinent des réponses plus structurées.
Cette réflexion devient d’autant plus urgente que les hôpitaux sont confrontés à un défi croissant d’attractivité : à l’horizon 2050, le déficit pourrait atteindre 80 000 infirmiers. « Dans un contexte de fortes tensions sur le système de santé, où les besoins de recrutement de professionnels de santé vont être croissants dans les prochaines années, il devient nécessaire de créer des leviers pour renforcer l’attractivité des établissements et ainsi garantir un meilleur accès et une meilleure qualité des soins », ajoute Marianne Tordeux Bitker, Directrice des Affaires publiques et de la RSE à MNH.
Les jeunes professionnels cristallisent une partie de ces difficultés. Près de 60 % des infirmiers envisagent une évolution ou une reconversion dans les cinq ans, et la durée moyenne en poste de la génération Z n’est que de 1,1 an. Parmi les moins de 35 ans, 91 % déclarent être exposés au stress, à l’anxiété ou à la charge mentale. Dans le même temps, 20 % des étudiants infirmiers abandonnent leur formation, dont 13 % dès la première année. Les attentes portent notamment sur l’accompagnement et la formation à la gestion du stress.
L’Observatoire insiste aussi sur les effets d’un hôpital très féminisé, où 78 % des professionnels sont des femmes. Grossesse, parentalité, familles monoparentales ou encore ménopause pèsent sur les parcours. Ainsi, 85 % des hospitalières s’arrêtent pour raison de santé avant leur congé maternité et 36 % des médecins déclarent avoir déjà reporté un projet d’enfant en raison de leur carrière. « Les professionnelles de santé n’ont tout simplement pas le temps de prendre soin d’elles : à titre d’exemple, une soignante sur deux n’a jamais réalisé d’examen de dépistage du cancer du sein, contre une femme sur trois dans la population générale », déplore Marianne Tordeux Bitker. Plus largement, seuls 53 % des hospitaliers jugent satisfaisant leur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle.
Enfin, les professionnels hospitaliers enregistrent en moyenne 12,9 jours d’absence pour raison de santé par an, et le coût du présentéisme en mauvaise santé pourrait être jusqu’à huit fois supérieur à celui de l’absentéisme.
« La santé des soignants est souvent perçue comme un sujet humain, elle est aussi un levier de performance pour l’hôpital. En documentant ces impacts, nous montrons qu’investir dans la santé des soignants, au travers de dispositifs de prévention et d’amélioration des conditions de travail, permet non seulement d’améliorer la qualité de vie des équipes, mais aussi de renforcer l’efficacité globale du système de santé. » conclut Jean-Bernard Castet.

