L’assurance ne connaîtrait pas la crise, bien au contraire !

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LAutorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) est chargée de la surveillance de l’activité des banques et des assurances.

Le dernier rapport statistique annuel de l’ACPR présente les principaux chiffres du marché français de la banque et de l’assurance pour l’année 2021.

Soulignant que l’année dernière « a été marquée par une reprise économique vigoureuse fortement soutenue par les mesures prises par les pouvoirs publics », le rapport souligne les « résultats exceptionnels » du secteur financier français, banques et assurances comprises. Ainsi le secteur de l’assurance n’aurait été que très peu affecté par la crise sanitaire et serait en « croissance continue ». Ce rapport remet ainsi en cause bon nombre de discours ambiants qui s’alarmaient d’une possible fragilité des assureurs.

Les chiffres-clés du rapport pour le secteur de l’assurance

  • ratio de solvabilité du secteur : 253 %, soit 11 points de plus qu’en 2020. Les fonds propres des assureurs sont en moyenne 2,5 fois supérieurs au minimum requis
  • résultat net 2021 : + 12 milliards d’euros
  • total des primes perçues en 2021 : 327,5 milliards d’euros, soit une augmentation de 16%
  • en assurance-vie, un montant de collecte record a été enregistré concernant les supports en unités de compte : 30,6 milliards d’euros
  • total du bilan pour l’assurance : 3 156 milliards d’euros

La France, premier marché de l’assurance en Europe

Le rapport souligne qu’après « une année 2020 atone, le secteur financier français, banques comme assurances, a obtenu des résultats exceptionnels [en 2021] et accru sa résilience, au service du financement de l’économie. » Quant à l’épargne supplémentaire accumulée en 2020, « elle a continué de croître en 2021, constituant une source de financement important de la croissance. » L’augmentation des primes de 16% a permis aux assureurs de « dépasser leur niveau d’avant crise sanitaire. »

Si les organismes d’assurance vie semblent les principaux bénéficiaires de cette embellie, « bénéficiant d’un environnement de marché porteur, de l’abondance de l’épargne privée et de la reprise de l’économie », le secteur de l’assurance non-vie n’est pas en reste pour autant.

Sur l’ensemble des activités, les primes brutes ont augmenté de 6,9%. Surtout la sinistralité est revenue « à des niveaux comparables à la situation d’avant crise sur les branches qui avaient été affectées par la crise sanitaire », en particulier concernant l’assurance pour pertes pécuniaires et dommages aux biens, ainsi que l’assurance Prévoyance. 2020 avait été en effet marquée par les fermetures d’entreprises, le recours au chômage partiel et les pertes d’exploitation, ce qui n’est plus le cas pour 2021. Les assureurs non-vie ont ainsi vu « leur résultat net global progresser de 23 % en 2021. »

Au final, comme le souligne l’ACPR dans son communiqué de presse, « en 2021, la France a conforté sa position en tant que premier marché de l’assurance en Europe avec un total de bilan des assureurs français de 3 156 milliards d’euros. »

L’assurance, un secteur structurellement en croissance à l’encontre des discours ambiants ?

Analysant le rapport de l’ACPR pour la revue Dalloz, l’enseignant-chercheur Julien Delayen, de l’Université de Picardie Jules Verne, dénonce sans langue de bois « les assureurs ayant agité l’épouvantail du risque de faillite sériel des compagnies » lors de la crise Covid-19. La motivation de ce « tapage médiatique » n’aurait d’autre motif que « récolter davantage de primes à l’avenir et de faire pression sur le législateur afin de laisser à la solidarité nationale la prise en charge du risque le plus lourd. » Or d’après le chercheur, le rapport annuel de l’ACPR, « qui dresse le bilan des lendemains de la crise sanitaire, met à l’épreuve ce discours, [faisant preuve] du recul nécessaire. »

Il tire ainsi trois enseignements principaux du rapport :

  • pour le secteur de l’assurance, « l’année 2021 est une année record à bien des égards »
  • le secteur de l’assurance « n’a été que peu impacté par la crise sanitaire 
  • et surtout, « l’analyse comparée des rapports publiés depuis 2010 par l’ACPR montre que, dans une perspective de plus long terme, le secteur de l’assurance semble pris dans une spirale de croissance quasi-continue. »

Quid du secteur bancaire ?

En ce qui concerne le secteur bancaire français, le bilan établi par l’ACPR semble tout aussi positif : « le secteur bancaire français a vu son total de bilan progresser de 3 % pour atteindre 9 934 milliards d’euros au niveau consolidé fin 2021 ». Quant au Produit Net Bancaire (PNB), il a fortement progressé pour s’établir à 164,2 milliards d’euros (+ 9,4 % par rapport à 2020), « sous l’effet conjoint de l’amélioration des revenus des établissements et de la hausse maîtrisée de leurs coûts d’exploitation. » Les Français sont donc prévenus : de façon générale, les banques comme les assurances de notre pays se sont rarement aussi bien portées !

Et pour l’année 2022 ?

A en croire l’ACPR, les difficultés socio-économiques qui caractérisent l’année 2022 ne sont pas de taille à entamer la bonne dynamique du secteur de l’assurance, comme d’ailleurs aussi de la banque. Dans son communiqué de presse, l’ACPR souligne qu’au « premier semestre 2022, la situation des banques et des assurances s’est inscrite dans le sillage de l’année 2021, ce qui devrait leur permettre de faire face à des perspectives d’activité économique aujourd’hui plus dégradées. »

Le rapport souligne notamment que le niveau très élevé de solvabilité et de liquidités des assureurs (ainsi que des banques) en début d’année 2022 a permis « d’affronter dans les meilleures conditions le nouvel environnement macroéconomique affecté par la hausse de l’inflation et des taux d’intérêt, ainsi que par l’invasion russe en Ukraine. » Autrement dit, « les retombées de la guerre en Ukraine en matière de stabilité financière restent pour l’heure limitées. »

« Les résultats de l’année 2021 et du premier semestre 2022 confortent encore la résilience du système financier français, caractérisé par de solides ratios de solvabilité, dans le contexte actuel marqué par la guerre en Ukraine, l’inflation et la remontée des taux. Face à la recrudescence des risques, l’ACPR reste vigilante et poursuit en 2022 un suivi régulier des banques et assurances afin de veiller à la solidité du système financier » conclut ainsi Dominique Laboureix, secrétaire général de l’ACPR.

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