Assurance inclusive : utopie ou modèle vers une Économie Positive ?

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Tania,Gombert

Nous comptons aujourd’hui plus de 600 millions de personnes couvertes à travers le monde, représentant à elles-seules 20 % de la population vulnérable. L’assurance inclusive s’est donc imposée comme une vraie réponse aux besoins de protection des populations fragiles.

À ce titre, de nombreuses initiatives ne cessent d’apparaitre ces dernières années mais le secteur reste malgré tout à la recherche de modèles plus innovants, plus impactants, plus efficaces et plus adaptés à un environnement en constante transformation. Comment contribuer réellement à l’assurance inclusive pour tous face à la diversité des risques des populations précaires ? Jusqu’où pouvons-nous réellement parler d’assurance inclusive et comment surmontons-nous les enjeux sociétaux tels que l’illectronisme pour venir en aide aux personnes en difficultés ?

De la micro-assurance à l’assurance inclusive : histoire et origines

Avant de s’intéresser à la micro-assurance, il faudrait parler de microfinance puisque cette dernière regroupe l’ensemble des services répondant aux besoins financiers et bancaires des populations à faibles revenus et/ou qui sont également exclues du système bancaire. Elle regroupe ainsi le micro-crédit et la micro-épargne mais aussi la micro-assurance

Développée il y a 20 ans, vers 1980, dans les pays émergents, la micro-assurance avait pour vocation de répondre aux enjeux sociétaux de l’économie de demain, en complément du micro-crédit. Sa création s’est inscrite au sein d’un contexte économique et social teinté par le désengagement total des services de santé publique et de protection sociale. Au travers de l’implication dans diverses actions de développement durable de la part de certains mouvements associatifs et d’ONG, nous assistions en parallèle à l’émergence de la société civile.

S’il y a bien un nom à retenir lorsque l’on parle de micro-assurance, c’est celui du Professeur Muhammad Yunus, ayant reçu le Prix Nobel de la Paix en 2006. Il est le créateur de la Grameen Bank (1983), pionnière dans le microcrédit au Bangladesh. En effet, Muhammad avait remarqué que la majorité des défauts de remboursement des microcrédits étaient dus à des aléas météorologiques ou à la maladie. Il décida alors de diminuer les risques de non remboursement en sécurisant davantage le mécanisme du microcrédit.

Pour ce faire, il trouva le moyen de rendre plus sûr le profil professionnel et personnel des individus, grâce à l’assurance. Par la suite, la plupart des pays ont mis en place des systèmes de micro assurances, via des organisations informelles ou encore des IMF, basées sur le modèle de la Grameen Bank.

La portée d’un tel dispositif est non seulement économique mais aussi sociale puisque son objectif est de réduire l’exposition aux risques des ménages les plus vulnérables dans ces deux domaines, en leur donnant la possibilité de bénéficier d’une couverture adaptée à leurs capacités financières.

La définition simplifiée d’un concept complexe : que comprend l’inclusion d’assurance ?

L’assurance inclusive est née de la volonté de rendre accessible à tous les offres d’assurance. Une partie de la population française n’était jusqu’alors pas couverte ou trop peu, en raison de moyens financiers ou de connaissances des risques insuffisants voire d’une situation dite de « non assurabilité ». La situation des pays en développement est encore plus alarmante car il est estimé que 75 à 99 % de la population ne disposent d’aucune couverture assurantielle. Le but de l’assurance inclusive est d’inclure tout le monde à l’intérieur du cercle de la protection.

·       L’inclusion par le tarif

Profitant à un très large éventail de personnes, l’assurance inclusive permet aux populations en-dessous du seuil de pauvreté ainsi qu’aux classes moyennes basses et émergentes de se couvrir correctement face aux risques liés à la vie, à la conduite etc. En résumé, toute personne et foyer vulnérable, dû à l’absence de couverture assurantielle ou de protection sociale, auront le droit à des tarifs plus avantageux, en adéquation avec leurs moyens matériels.

Par exemple, en 2006, l’Association pour le Droit à l’Initiative Économique (appelée l’ADIE) en collaboration avec l’ESSEC, a réalisé une étude auprès de 600 créateurs d’entreprise bénéficiaires d’un microcrédit. Le résultat est sans appel : 20 % d’entre eux ne pouvaient avoir accès à une couverture d’assurance pour cause de coût trop élevé. La réalité est telle que les nouveaux autoentrepreneurs sont maintenus dans une situation de fragilité amenée à déboucher sur une situation d’exclusion en cas d’accident pour un risque non couvert.

Des micro-assurances solidaires et universelles proposent de surmonter cet écueil en garantissant des formules sur-mesure au moyen d’une cotisation modérée, avec une protection transitoire facilitant l’accès progressif aux couvertures traditionnelles ainsi qu’un accompagnement pour une éducation aux risques.

C’est notamment le cas de la micro-assurance lancée par « Entrepreneurs de la Cité » s’adressant à un public-cible différent de celui des assureurs traditionnels.

·       L’inclusion des personnes fragiles

Des organismes d’assureurs à but non lucratif, comme Wakam – devenue Société de mission –  prennent part au mouvement en tant que marque blanche et soutiennent les entrepreneurs avec des solutions en micro assurance 100 % personnalisées, à prix coûtant, dans les univers du travail, du foyer et de la mobilité.

La vulnérabilité d’une personne quelle qu’elle soit l’expose à des risques pouvant avoir des incidences graves sur sa santé, sa famille etc., tout en engageant sa propre responsabilité. Il s’agit alors de faire partie d’une démarche de poursuite du progrès social en mettant à la disposition des publics les plus fragiles des produits d’assurance inclusive à marge nulle.

Axa s’est par exemple engagée à augmenter le nombre de ses clients sur des solutions de protection inclusive jusqu’à 12 millions d’ici à 2023. Une telle initiative passe indubitablement par la personnalisation des produits existants ainsi que le développement de nouvelles offres.

·       Répondre à la problématique de l’exclusion de l’assurance

800 000 conducteurs rouleraient sans assurance aujourd’hui et 60 % d’entre eux seraient des hommes aux revenus modestes. Entre les cas de résiliations de la part des assureurs et l’obligation d’assurance de responsabilité automobile, l’assurance inclusive permet notamment aux malussés et autres multi-sinistrés de se protéger en toute légalité. Les sociétés de courtage dominent ce marché que les assurances traditionnelles avaient encore récemment tendance à fuir. S’assurer n’est pas seulement un devoir mais aussi un droit.

Le Crédit Agricole Assurances a intégré, en janvier 2022, dans sa gamme d’assurances auto, une assurance automobile inclusive sans critères d’éligibilité destinée aux jeunes, sans faire de compromis sur la qualité des garanties essentielles et des services proposés.

Parce que chacun a le droit d’être bien protégé face aux aléas de la vie, ces nouveaux dispositifs font partie intégrante d’une mobilisation collective en faveur des plus démunis concernant la couverture de protection. L’inclusion par l’assurance renforce la cohésion et l’inclusion sociale.

·       L’inclusion numérique

De nos jours, la part des personnes âgées en France ne cesse de croître, amenant avec elle de nouveaux enjeux économiques et sociaux. De plus, l’essor du numérique avec la digitalisation du secteur de l’assurance a mis en évidence l’existence d’une fracture au niveau des inégalités dans les compétences d’utilisation et d’accès à Internet ainsi qu’à toutes autres ressources électroniques. Cependant, les personnes âgées ou en situation de handicap ne sont pas les seules à être potentiellement visées par l’illectronisme. Chacun d’entre nous peut effectivement un jour y être confronté en raison d’une mauvaise adaptation à un nouvel usage.

Par conséquent, les marques ont la responsabilité de proposer des solutions alternatives aux dispositifs numériques pour qu’aucun client n’ait à se retrouver dans une impasse numérique. En pleine phase d’apprentissage collectif et permanent, s’appliquer à ce que les innovations numériques ne se transforment pas en armes d’exclusion massives est le rôle de tous les acteurs du secteur de l’assurance mais pas que… Tout produit numérique d’assurance se doit d’être conçu comme un outil de renforcement de la relation client à chaque étape de son parcours.

·       L’inclusion contre les discriminations en tout genre

Pour lutter contre les exclusions de garantie et de surprimes ainsi que les refus auxquels de multiples candidats à l’emprunt font face pour des raisons de santé, des contrats inclusifs voient le jour. Ces derniers peuvent être souscrits sans sélection médicale afin d’avoir un accès plus juste, plus simple et plus transparent au marché de l’assurance emprunteur.

C’est aussi là qu’intervient l’ANI (Accord National Interprofessionnel) et la loi sur la généralisation de la complémentaire santé, avec un contrat responsable et solidaire de la complémentaire santé. Défini par le décret n°2014-1374 du 18 novembre 2014, il n’impose aucune sélection médicale au moment de la souscription et promet des tarifs de cotisation identiques quel que soit l’état de santé du salarié.

Enfin, l’inclusion touche par définition l’ensemble des populations, jusqu’à parfois être en défaveur d’une catégorie ou d’un genre mais en faveur de l’ensemble. Par exemple, un arrêté du 1er mars 2011 interdit depuis 2013 l’utilisation du sexe dans la grille de tarification des assurances. L’égalité hommes/femmes est donc obligatoire et a provoqué l’augmentation des primes d’assurances auto de la gent féminine de 25 %, quand celles des hommes a enregistré une progression de seulement 13 %.

L’assurance inclusive prend le pas sur la micro-assurance : un contexte politique et sociétal particulier

Dans un contexte marqué par les incertitudes, de grands défis se sont posés au secteur des assurances et la micro-assurance est peu à peu devenue l’assurance inclusive. Il s’agit-là d’un terme que l’on a politisé et qui s’est modernisé pour mieux représenter la question du « vivre ensemble ».

Alors que la micro-assurance était avant tout un outil de lutte contre la pauvreté, l’assurance inclusive réinvente le rôle de l’assurance en combattant la vulnérabilité des citoyens, tout en intégrant les stratégies de politiques inclusives. L’inclusion et le principe de non exclusion sont plus que jamais des nécessités au cœur des engagements, de la performance et du bien-être.

L’inclusion en assurance se soulève contre les discriminations en tout genre, qu’elles soient financières, de genre, liées au handicap etc. De manière plus globale encore, l’assurance inclusive est un véritable enjeu d’accès au droit et à l’égalité. Alors finalement, qu’est-ce que réellement l’assurance inclusive si ce n’est continuer de réfléchir et d’agir, de grandir et d’évoluer, au sein et au service d’une économie solidaire qui allie à la fois performance, humanité et durabilité ?

Tania Gombert , Directrice marketing et partenariat ECA Assurances

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