La silver économie lève le tabou sur les salariés aidants ?

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Notion apparue au début des années 2000, la Silver économie désigne l’ensemble des marchés, activités et enjeux économiques liés aux personnes âgées de plus de 60 ans (la Silver Génération).

Chaque année, le Festival Silver Eco présente la diversité des acteurs de cette filière à l’importance grandissante. En attendant la prochaine édition prévue en septembre prochain, petit retour sur l’édition 2021 à travers le témoignage de Jean-Manuel Kupiec, Conseiller du Directeur général de l’OCIRP. Partenaire du festival de longue date, celui-ci évoque une problématique majeure, celle des salariés-aidants.

Le Festival Silver Eco, ambassadeur de la Silver Economie

Organisé chaque année à Cannes au Palais des Festivals, le Festival Silver Eco se tient sous les patronages du Ministre des Solidarités et de la Santé, du Ministre délégué en charge de l’Autonomie et du Ministre de l’Economie, des Finances et de la Relance.

L’édition 2021 s’est tenue du 12 au 14 décembre, avec au programme divers forums, débats et tables-rondes à propos des nouveaux services, technologies et innovations à déployer au service du bien-vieillir. La prochaine édition du Festival Silver Eco aura lieu les 12 et 13 septembre 2022.

Outre l’aspect économique, l’accent sur l’innovation et la création d’emplois, Jean-Manuel Kupiec souligne également que « la Silver économie fait en sorte de maintenir le lien entre les juniors et les seniors. » Union d’organismes de prévoyance à gestion paritaire, l’OCIRP a d’ailleurs contribué à la création du fonds d’investissement SISA, dédié à l’innovation en matière de santé digitale.

Ce fonds intervient par des apports en fonds propres, soutenant la croissance et le développement des entreprises de la Silver Economie. « Il faut en effet que la Silver Economie soit une vraie filière en France, et qu’elle ne concerne pas uniquement les grosses entreprises mais permette de développer aussi les Entreprises de Taille Intermédiaire (ETI) », précise Jean-Manuel Kupiec.

Les salariés aidants, un tabou persistant ?

A l’occasion de la Journée Nationale des Aidants du 6 octobre 2021, l’OCIRP a créé l’Observatoire des Salariés Aidants, celui-ci ayant mené à l’automne dernier une vaste enquête avec l’institut ViaVoice sur le thème « Salariés aidants et dialogue social ». Ayant consisté à interroger pas moins de 3 352 salariés ainsi que l’ensemble des partenaires sociaux, organisations syndicales et patronales, cette enquête a permis d’établir divers enseignements et chiffres clés que nous livre Jean-Manuel Kupiec, dans un témoignage vidéo réalisé dans le cadre du Festival Silver Eco 2021 :

  • les aidants salariés représentent aujourd’hui entre 15 et 20% des effectifs des entreprises, et passeront à 25% en 2030 d’après l’INSEE.
  • l’âge moyen auquel un salarié commence à jouer le rôle d’aidant est de 39 ans
  • le temps consacré par les aidants à s’occuper de la personne dépendante dont ils ont la charge est en moyenne de plus de 8 heures par semaine
  • dans 80% des cas, la période durant laquelle le salarié joue le rôle d’aidant dure entre 1 et 5 ans.

Jean-Manuel Kupiec souligne que ces données font de cette problématique « un vrai sujet d’entreprise, y compris en rapport avec leur Responsabilité Sociétale et Environnementale, et qui concerne aussi la qualité de vie au travail. »

Cependant, le dernier chiffre cité illustre toute la dimension du problème : « seulement 26% des aidants se reconnaissent comme tels, ce qui signifient que les 74% restants ne souhaitent pas le dire à leur employeur. Pourtant ce n’est pas quelque chose de mal d’être un aidant, cela fait partie de la vie ! Ce chiffre montre bien que ce sujet est maltraité aujourd’hui », déplore Jean-Manuel Kupiec.

Le cadre de l’OCIRP en tire la conclusion qu’il existe « un vrai champ d’investigation sur ce sujet pour mieux faire reconnaitre l’impact direct qu’a aujourd’hui cette transition démographique, qui existe depuis longtemps, sur les salariés. »

Les actions de l’OCIRP en faveur des aidants et de la Silver Eco

Fort de ces chiffres et constats, Jean-Manuel Kupiec a rappelé les diverses actions déployées par l’OCIRP, visant à faire mieux reconnaître le statut des aidants. L’enquête menée avec ViaVoice a d’abord établi une cartographie des salariés aidants, et a conduit à la création d’un « Indice du Bien-Être des Aidants » (IBEA), afin d’en mesurer l’évolution.

« En tant qu’union des institutions de prévoyance, notre rôle est de poursuivre ce travail de sensibilisation et faire la promotion des salariés aidants. En tant qu’assureurs, nous envisageons de leur proposer soit des journées d’indemnités en tant que salariés soit des services associés, » explique Jean-Manuel Kupiec. « C’est un sujet à long terme, or notre société n’est pas prête à affronter le vieillissement, à la regarder en face : il y a un déni, c’est pourquoi il faut traiter ce sujet comme un problème sociétal, » conclut-il.

Afin de mettre fin à ce déni, l’accompagnement des salariés aidants ne passerait-il pas aussi par un accompagnement de leurs employeurs afin de les sensibiliser à ce sujet ? L’expérience des Aidantes & Co, fondées l’été dernier par Sigrid Roger Jaud et Marina Al Rubaee, en dit long : cette agence de conseil RH spécialisée aide les entreprises et leurs salariés aidants à mieux concilier vie professionnelle et vie personnelle.

Or en évoquant ouvertement ce sujet dans les entreprises, tout le monde en ressort gagnant : « notre rôle est de valoriser les compétences que les salariés aidants ont développé dans ce rôle personnel, et transposer celles-ci dans une optique professionnelle. Or en sensibilisant les entreprises à une gestion et un management plus inclusifs de leur personnel aidant, on observe un impact plus général auprès de l’ensemble du personnel, » témoigne ainsi Marina Al Rubaee.

Ainsi les entreprises auraient tout intérêt à s’emparer de ce sujet et favoriser la libération de la parole de leurs salariés aidants : leur offrir un accompagnement adapté ou simplement reconnaître leur situation ne peut être que bénéfique à leur épanouissement au travail et par là-même aux performances de l’entreprise.

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