IA générative : une adoption qui devance les garde-fous

Adoptée par 77 % des entreprises de la Tech, l’IA générative devient un moteur de croissance. Mais le recours massif aux outils du marché, souvent américains, souligne les fragilités.

En seulement deux ans, l’IA générative s’est imposée au cœur des entreprises technologiques françaises. D’après le deuxième Baromètre des Dirigeants de la Tech d’OpinionWay pour Hiscox, 77 % l’utilisent désormais, soit une progression de 31 points depuis 2024. Pour sept dirigeants sur dix, elle est déjà devenue un levier indispensable de croissance et de compétitivité.

Dans la Tech, l’innovation reste un impératif : 94 % des dirigeants la jugent déterminante pour la pérennité de leur activité. Portée par cet élan, l’IA s’installe à tous les niveaux de l’organisation et manipule déjà des données financières, humaines ou opérationnelles. Plus d’un tiers des entreprises la considèrent même indispensable aux décisions stratégiques et commerciales.

Le développement de ces usages révèle un décalage entre diffusion de la technologie et encadrement des pratiques. Les cyberattaques et les black-outs restent les risques les plus redoutés, cités par 85 % des dirigeants. L’IA n’arrive qu’en douzième position parmi quatorze menaces évaluées, même si 55 % la considèrent globalement comme une menace pour leur entreprise. 

Même si les solutions développées en interne progressent, 73 % des dirigeants voient encore dans la perte de données et la non-conformité au RGPD des freins majeurs à un déploiement plus large. Or, à mesure que l’IA s’installe dans le quotidien des entreprises, ses failles deviennent plus visibles : erreurs humaines, données mal manipulées et recours à des outils grand public sans cadre sécurisé.

« L’IA générative a transformé les pratiques professionnelles en deux ans, à une vitesse telle que les entreprises se sont emparées de ces outils avant d’en définir les règles d’usage, observe Victorine Bailleul, responsable de l’offre Cyber de Hiscox. L’absence de règles d’usage expose l’entreprise, souvent à son insu, à des amendes, à des dommages et intérêts, et à des conséquences réputationnelles impactant indirectement son chiffre d’affaires. »,

Les outils grand public restent largement privilégiés : 68 % des utilisateurs se tournent vers ChatGPT, 43 % vers Claude et 38 % vers Gemini. Au total, près de neuf entreprises sur dix utilisent au moins une solution américaine. Cette dépendance contraste avec les attentes exprimées en matière de souveraineté numérique. Deux tiers des utilisateurs jugent cruciale une souveraineté nationale ou européenne dans l’IA, tandis que 75 % pointent le manque d’éthique et de transparence des acteurs. Plus d’un dirigeant sur deux estime par ailleurs ne pas être suffisamment accompagné par les pouvoirs publics.

Face aux menaces, les entreprises renforcent néanmoins leurs dispositifs. Plus de la moitié adoptent une attitude préventive, 69 % investissent dans du matériel et des logiciels adaptés, 62 % renforcent leurs contrôles et procédures et 51 % mettent en place des actions de formation et de sensibilisation. La souscription d’assurances couvrant les risques concerne 37 % des répondants.

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