Les copropriétaires français font face à une équation compliquée : les contrats d’assurance de leur immeuble explosent de 7 à 15 %, parfois davantage, sous l’effet conjugué du dérèglement climatique et de l’inflation des coûts de réparation. Dans certains quartiers, l’assurabilité des bâtiments est déjà en question.
Quelques chiffres à retenir :
- +7 à +15 % hausse des contrats MRH en copropriété en 2026, selon Addactis
- 6 Mds€ coût annuel des sinistres climatiques en France depuis 2020 (France Assureurs)
- +6,2 % hausse des charges de copropriété en 2025, accélération attendue en 2026
- 182 € prime annuelle moyenne MRH en 2026, contre 167 € en 2025
Le premier poste de charges, et ça ne va pas s’arrêter
Assumer les frais d’un immeuble en copropriété est devenu un exercice de plus en plus douloureux. Selon l’observatoire Césarc de l’ARC (Association des Responsables de Copropriété), les charges de copropriété ont progressé de 4,6 % en 2023, puis s’accélèrent à 6,2 % en 2025, et la tendance ne fléchit pas pour 2026. Dans cette avalanche de hausses, un poste se distingue par son ampleur : l’assurance.
Le cabinet d’actuariat Addactis anticipe une progression de 7 à 8 % pour les contrats multirisques habitation (MRH) en 2026. Les comparateurs se montrent plus pessimistes : LeLynx table sur une moyenne de 9 %, avec des pointes à 15 % dans certaines régions. En valeur absolue, la prime annuelle moyenne passerait de 167 euros en 2025 à 182 euros cette année, une hausse qui s’applique sur la partie syndicale du contrat, répercutée ensuite sur les charges de chaque copropriétaire.
Le climat, moteur principal de la flambée
Derrière cette hausse structurelle, le dérèglement climatique joue un rôle central. Tempêtes, inondations, sécheresses, phénomènes autrefois qualifiés d’exceptionnels frappent désormais avec une régularité préoccupante. France Assureurs évalue le coût annuel des sinistres climatiques à 6 milliards d’euros depuis 2020. La Caisse centrale de réassurance (CCR), l’organisme public qui garantit le régime Cat-Nat, projette une aggravation de 40 % de ces montants d’ici 2050. Les assureurs, qui voient leurs portefeuilles se dégrader, n’ont d’autre choix que de répercuter cette réalité sur les primes.
« L’assurance habitation en copropriété est devenue un poste clé des charges. Plusieurs facteurs expliquent la hausse des prix : climat, sinistres, inflation des coûts de construction et nouvelles obligations légales. » – Pereire Assurances, analyse du marché 2026
Des zones à risque de décrochage
La situation est particulièrement critique pour certaines catégories de biens. Les immeubles anciens, dont les réseaux de plomberie et d’électricité sont vétustes, voient leurs primes s’envoler. Les copropriétés situées en zones inondables ou exposées au retrait-gonflement des argiles, phénomène amplifié par les sécheresses successives, font face à des surprimes exponentielles, voire à des refus de renouvellement de contrat. Pour certains quartiers défavorisés, la question d’une « assurabilité à deux vitesses » commence à poser un problème social que personne ne semble encore prêts à affronter frontalement.
Les leviers pour s’en sortir
Face à cette spirale inflationniste, les syndics et les copropriétaires ne sont pas totalement démunis. La mise en concurrence des contrats lors du renouvellement permet souvent d’obtenir des conditions plus favorables, un exercice devenu annuel pour les gestionnaires avisés. Les travaux de prévention (toiture, plomberie, système anti-intrusion) permettent de réduire la sinistralité et d’améliorer les conditions tarifaires. Certains réseaux de syndics explorent enfin des mutualisations entre copropriétés pour peser davantage dans les négociations avec les assureurs. Des leviers utiles, mais peut-être insuffisants pour compenser l’ampleur d’une tendance de fond qui ne devrait pas s’inverser.
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