Les salariés français encore prudents face à l’IA

Selon ADP Research, l’usage de l’intelligence artificielle progresse dans le monde du travail. En France, son adoption reste plus limitée, avec des écarts marqués selon l’âge, le genre et l’entreprise.

L’intelligence artificielle gagne du terrain dans les usages professionnels, mais son adoption varie fortement selon les pays et les profils de salariés. D’après le rapport People at Work 2026 d’ADP Research, réalisé auprès de 39 153 travailleurs dans 36 pays, dont 1 051 en France, 20 % des collaborateurs dans le monde utilisent l’IA presque chaque jour et 30 % plusieurs fois par semaine.

En France, les usages apparaissent plus mesurés. Seuls 11 % des salariés déclarent recourir à cette technologie presque quotidiennement, tandis que 24 % l’utilisent plusieurs fois par semaine. À l’inverse, 29 % disent ne jamais y avoir recours, contre 15 % au niveau mondial. La France figure ainsi parmi les pays où l’absence d’usage est la plus fréquente, derrière le Japon et devant la Suède.

Cette adoption reste toutefois contrastée. Les hommes français déclarent plus souvent que les femmes utiliser l’IA plusieurs fois par semaine, à hauteur de 28 % contre 20 %. L’écart se creuse avec l’âge : 45 % des femmes françaises de plus de 40 ans n’ont jamais utilisé l’IA, contre 13 % des hommes de moins de 40 ans. La taille de l’entreprise joue également un rôle, avec un usage quotidien plus faible dans les grandes entreprises que dans les structures de moins de 1 000 salariés.

Pour Carlos Fontelas de Carvalho, président d’ADP en France et Europe centrale, la situation française ne traduit pas nécessairement un retard. « Si le taux d’adoption de l’IA est très variable selon l’âge, le genre ou la taille de l’entreprise, la France n’est pas forcément en retard, étant donné que les chiffres à l’échelle internationale sont largement tirés vers le haut par les pays en développement », indique-t-il. Il souligne aussi le rôle des employeurs dans l’explication des enjeux et la formation aux outils.

L’étude établit par ailleurs un lien entre usage régulier de l’IA et ressenti au travail. Dans le monde, 30 % des utilisateurs quotidiens se disent pleinement engagés, tandis que 11 % déclarent ressentir un stress négatif, contre 23 % chez les non-utilisateurs. Ces salariés décrivent aussi plus souvent une bonne dynamique d’équipe et un sentiment de sécurité professionnelle.

Ce constat s’accompagne toutefois d’un paradoxe. Les utilisateurs quotidiens de l’IA sont davantage susceptibles de se sentir moins productifs que ceux qui ne l’utilisent pas. Selon ADP, cette perception pourrait s’expliquer par le transfert de tâches routinières vers l’IA et par une concentration accrue sur des missions plus stratégiques. Les organisations sont ainsi invitées à revoir leur manière d’évaluer la productivité, en tenant compte de la qualité du travail autant que de son volume.

En France, les salariés restent prudents sur les effets attendus de l’IA. Seuls 11 % se disent tout à fait d’accord avec l’idée qu’elle aura un impact positif sur leur emploi dans les douze prochains mois, un niveau proche de la moyenne européenne. Dans le même temps, 10 % craignent fortement d’être remplacés par cette technologie, un chiffre en hausse de deux points sur un an. Les 18-26 ans et les 27-39 ans se montrent à la fois plus ouverts aux bénéfices potentiels et plus préoccupés par les risques pour leur carrière. Les professions intellectuelles, dont les ingénieurs, chercheurs ou développeurs, apparaissent également plus ambivalentes : elles sont plus nombreuses à anticiper un impact positif, mais aussi à craindre un remplacement.

Dans les secteurs, les salariés des services technologiques, de la finance et de l’assurance figurent parmi les plus favorables à l’IA. Pour ADP, l’enjeu consiste désormais à accompagner son intégration dans l’organisation du travail, sans réduire le rôle humain. « L’intervention humaine reste et restera essentielle pour gérer la diversité des situations, réduire les risques et garantir des résultats pertinents tant pour les personnes que pour les organisations », conclut Carlos Fontelas de Carvalho.

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