Assurabilité : la CCR rassure sur les risques naturels

La Caisse Centrale de Réassurance (CCR) a remis le 15 juin 2026 aux ministres de la Transition écologique et de l’Économie le rapport de l’Observatoire de l’Assurabilité.

Si le diagnostic général se veut rassurant, il dessine un agenda d’adaptation dont les assureurs seront parties prenantes.

Pas de désert assurantiel, mais une sinistralité en forte hausse

Le constat central du rapport est clair : il n’existe pas, à ce jour, de problème d’assurabilité structurel sur le territoire français. Dans 100 % des communes, les habitations sont couvertes par au moins un assureur. Dans 97,7 % des communes métropolitaines, la situation est qualifiée de « normale », selon les critères de concentration et de nombre d’acteurs retenus par la CCR. Aucune commune n’a été classée en situation de « tension forte ».

Pour autant, le rapport ne dresse pas un tableau sans nuances. 243 communes métropolitaines (0,7 %) sont en tension modérée, 568 (1,6 %) en tension légère, ce qui signifie un choix d’offres plus restreint, sans blocage d’accès à l’assurance. La situation est plus préoccupante outre-mer : l’ensemble des départements et régions étudiés (Guadeloupe, Martinique, La Réunion, Saint-Martin, Saint-Barthélemy) sont en tension modérée, du fait d’un marché historiquement peu dense et d’une sinistralité cyclonique élevée.

Ce premier rapport porte sur les maisons individuelles et trois risques couverts par le régime Cat Nat, inondations, retrait-gonflement des argiles et cyclones, en s’appuyant sur les données de portefeuille 2022 des assureurs couverts par la CCR, élaborées en collaboration avec France Assureurs, une dizaine de compagnies, la Mission Risques Naturels et le Cerema.

Une trajectoire financière qui appelle à l’anticipation

Derrière la photographie rassurante se profile une dynamique financière qui justifie pleinement la création de cet observatoire. La sinistralité couverte par le régime Cat Nat, qui oscillait autour d’un milliard d’euros en moyenne annuelle depuis 1982, se rapproche désormais de 2 milliards d’euros. Les projections à horizon 2050 évoquent une sinistralité moyenne de 4 milliards d’euros par an. L’année 2022, marquée par un épisode de sécheresse exceptionnel, en a donné un avant-goût avec plus de 3,5 milliards d’euros de dégâts.

Pour les acteurs du secteur, ce chiffre n’est pas une surprise. Il confirme l’amplification des phénomènes extrêmes et la pression croissante sur l’équilibre technique du régime, dont la soutenabilité à long terme devient un enjeu politique explicite.

Trois axes d’action gouvernementaux : ce que cela implique pour les assureurs

En réponse au rapport, le gouvernement articule sa réponse autour de trois chantiers.

Le premier concerne les territoires ultramarins, avec le lancement d’une mission destinée à identifier des mesures concrètes d’amélioration de la couverture assurantielle dans ces zones particulièrement exposées.

Le deuxième axe porte sur la prévention des risques, avec plusieurs mesures en cours ou annoncées : simplification de l’expérimentation sur le retrait-gonflement des argiles dans 11 départements, actualisation de la cartographie nationale d’exposition au RGA applicable aux constructions neuves à compter du 1er juillet, intégration de la trajectoire de réchauffement de référence (TRACC) dans les futurs plans de prévention des risques, et publication après l’été d’une carte nationale informative sur les inondations produite par le Cerema. Le gouvernement annonce également un travail prospectif avec les assureurs sur le partage de l’effort financier lié à la réduction individuelle de la vulnérabilité des bâtiments — un chantier qui pourrait déboucher sur de nouveaux mécanismes incitatifs ou contractuels.

Le troisième axe touche directement à la gouvernance du régime Cat Nat. Le gouvernement s’engage à examiner le taux de surprime Cat Nat tous les cinq ans, afin d’assurer une répartition équilibrée de la charge entre particuliers et professionnels. Une mesure qui s’inscrit dans la continuité des recommandations récentes de la Cour des comptes et des concertations menées avec la profession.

Un observatoire appelé à devenir annuel

Le ministre de l’Économie Roland Lescure a indiqué souhaiter que ce rapport soit produit chaque année, afin de suivre finement l’évolution de la couverture assurantielle face aux risques climatiques. Pour les professionnels du secteur, cet outil de pilotage public inédit dans sa conception, constitue à la fois un signal politique fort et un instrument de dialogue dont il faudra suivre les prochaines éditions avec attention, notamment lorsqu’il étendra son périmètre à d’autres risques (submersion marine, séismes) et territoires (Mayotte, Guyane) aujourd’hui exclus faute de données suffisantes.

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