Assurance : à « la recherche d’un nouveau travailler ensemble »

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L’Observatoire de l’Evolution des Métiers de l’Assurance a publié fin juin son Baromètre prospectif annuel. Il a également procédé le 19 octobre à la présentation de son 25ème rapport ROMA sur les données sociales et formation de l’assurance. L’occasion de tracer quelques perspectives et de constater que malgré la crise du Covid-19, l’emploi a bien résisté dans le secteur.

Créé en 1996 par la Fédération Française de l’Assurance, l’Observatoire de l’Evolution des Métiers de l’Assurance (OEMA) a pour rôle de contribuer à identifier les risques pouvant affecter les métiers de l’assurance, en particulier ceux pouvant entraîner des conséquences sur les qualifications et les besoins en formation.

Ainsi depuis des années, l’OEMA s’est constitué une base de données et d’études sur l’état des ressources humaines de la profession, mise à la disposition des sociétés d’assurance. Les enquêtes de l’Observatoire lui permettent de cerner les besoins des entreprises en matière de compétences et de formation, d’appréhender leurs évolutions et d’évaluer les différentes politiques de gestion des ressources humaines effectivement pratiquées.

Le Baromètre prospectif de l’OEMA

Actualisé chaque année, il vise à éclairer les évolutions probables à l’horizon des cinq prochaines années, aidant ainsi les acteurs à apporter les réponses appropriées en matière de recrutement, de formation professionnelle et d’accompagnement des salariés. Le dernier baromètre prospectif publié porte ainsi sur la période 2021-2026.

Le ROMA

Le Rapport de l’Observatoire des Métiers de l’Assurance (ROMA) a pour but de consolider les données socioprofessionnelles de l’ensemble des adhérents de la Fédération Française de l’Assurance. Actualisé chaque année, il décrit la population des salariés du secteur et présente un panorama de la formation professionnelle, initiale et continue.

Le rapport met ainsi en évidence les principales tendances traversant le secteur : et vise aussi à approfondir la connaissance de certaines catégories de salariés (jeunes embauchés, alternants, seniors) ou de thématiques particulières : télétravail, parité homme/femme…

Pour cette 25ème édition, l’assiette du ROMA prend en compte 149 100 salariés (effectifs au 31/12/2020), avec un taux de réponse obtenu des entreprises de 94% : l’OEMA a ainsi souligné le taux exceptionnel obtenu, conférant au ROMA le statut d’un véritable outil de prospective et de veille sociale

Une année 2020 positive en matière d’emplois

Malgré la crise sanitaire, le nombre de salariés du secteur de l’assurance a évolué à la hausse en 2020. Au 31 décembre 2020, le secteur comptait 149 100 salariés, soit 1% de plus qu’en 2019. Le taux de recrutement passe de 11% à 10,1% en un an, soit près de 15 060 embauches en 2020. Cette évolution positive confirme la bonne résistance de l’emploi dans l’assurance mais aussi une tendance à la hausse ininterrompue depuis 2016. Le coût économique important de la pandémie n’aura donc pas affecté la dynamique de l’emploi dans le secteur.

A noter que dans cette année de crise, le turn-over a légèrement diminué, les salariés ayant opté pour la stabilité. L’alternance représente presque un quart des embauches avec 5.650 collaborateurs en alternance estimés à fin 2020 et reste stable.

Des évolutions sociologiques en cours

Le ROMA a mis en évidence une augmentation des personnes de moins de 30 ans parmi les nouvelles recrues, conduisant ainsi à une baisse de l’âge moyen, y compris au sein des cadres.

La politique volontariste déployée par la branche assurance a permis d’augmenter le nombre d’alternants en poste augmente, atteignant 5 650 personnes, soit 3,8% des effectifs totaux.

La féminisation du secteur se poursuit : bien qu’ayant diminué en nombre de 0,1%, les femmes restent largement majoritaires parmi les salariés à hauteur de 60,7%. Le rapport souligne surtout une nette progression des femmes parmi les cadres, celles-ci étant passées d’un quart des cadres à un tiers en l’espace d’une décennie.

Autre phénomène majeur, celui du télétravail dont bénéficiaient déjà 23,5% des salariés de l’assurance avant la crise sanitaire. Cette pratique continue logiquement sa progression exponentielle, ayant été utilisée par 53,1% des salariés en 2020. En retirant les périodes où le télétravail a été imposé, la durée moyenne annuelle est passée de 43 jours à 75 jours. A noter que ce sont les cadres qui se montrent généralement les plus demandeurs, sachant que la population commerciale est peu éligible à cette modalité d’organisation, ce qui vient grever les chiffres du télétravail des non-cadres.

Enfin, il est à noter que 89,2% des salariés ont bénéficié d’au moins une action de formation en 2020. Si la durée moyenne des formations a chuté, cette baisse est à relativiser, celle-ci ayant été constatée dans quasiment toutes les branches professionnelles, du fait de la crise Covid.

Inquiétudes liées à la crise sanitaire

Si la crise sanitaire n’a pas eu d’impact direct sur l’emploi pour le moment, tout n’est pas rose pour autant, le baromètre mettant en garde contre certaines séquelles potentielles devant être suivies. Le baromètre prospectif souligne en effet que « la fin progressive des aides d’Etat laisse planer de grandes incertitudes sur la viabilité de certaines entreprises et les évolutions du chômage. L’explosion des déficits et de la dette, au niveau d’une sortie de guerre, ajoute encore au sentiment d’un avenir plombé dans les années qui viennent. »

Cette incertitude pourrait être elle-même source de séquelles psychologiques que le baromètre ne manque pas de souligner : « bien que moins visibles, les séquelles psychologiques seront également à suivre. Nombreux sont ceux en effet qui ont fait l’expérience d’un malaise plus ou moins manifeste pendant cette période. »

De nombreux défis restent en cours

Dans le même temps, le baromètre souligne que certaine tendances lourdes à l’œuvre avant la crise sanitaire sont toujours d’actualité :

  • La perspective « probablement durable » de taux d’intérêts bas
  • L’émergence et le potentiel à terme de la 5G : si celle-ci reste potentiellement « un formidable outil de productivité économique et écologique », l’incertitude demeure sur son déploiement réel à 100%, du fait des nombreuses controverses à son sujet.
  • L’urgence et le défi immédiat de la situation climatique, même si l’Observatoire salue « l’écologisation en marche » de la gouvernance des entreprises, retenant en particulier « les obligations relatives à la mesure de l’impact carbone, aussi bien généré par la filière de production que par l’usage du bien ou du service. »

Tout en restant prudent, le baromètre annonce également des évolutions de paradigme en cours dans les entreprises en matière d’organisation, de méthodes, de management. Les DRH en particulier apparaissent de plus en plus impliquées dans ce que « les gens pensent, ressentent et font dans et autour des organisations en vue d’améliorer leur performance. » La crise sanitaire aura quelque part mis en lumière le rôle des fonctions RH dans une dimension plus positive que dans les perceptions passées, désormais considérée comme « une valeur ajoutée de soutien, de médiation au service de l’efficacité opérationnelle. »

Ainsi plus que jamais, face à la crise subie et les bouleversements sociétaux, technologiques et sociaux en cours, le baromètre annonce l’émergence d’une problématique de fond, celle de « la recherche d’un nouveau travailler ensemble ». Après les révolutions apportées par les technologies numériques dans les années 2010, le baromètre de l’OEMA annonce « une autre révolution qui s’engage pour la décennie prochaine, cette fois culturelle. »

  • Baromètre prospectif 2021 en téléchargement : cliquer ICI.
  • Dossier ROMA 2021 en téléchargement : cliquer ICI.
  • Présentation publique du ROMA 2021 en vidéos : cliquer ICI.

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