La prévention santé, un investissement gagnant

À l’heure où les dépenses de santé explosent et où le vieillissement de la population met à mal l’équilibre des systèmes d’assurance, la prévention devient un enjeu clé.

Vivoptim Solutions, entreprise pionnière dans la santé numérique, prouve que des programmes de prévention ciblés et personnalisés peuvent réduire jusqu’à 23 % les coûts des prestations de santé. Comment ? En transformant les comportements des assurés grâce à une approche innovante, alliant expertise médicale, data science et accompagnement sur mesure. Vivoptim Solutions, Virginie Femery, Directrice de Vivoptim Solutions, nous éclaire sur cette révolution en marche, ses outils concrets, comme une calculette de retour sur investissement, et les stratégies gagnantes pour les assureurs. Une interview exclusive pour L’Assurance en Mouvement.

Virginie, pour nos lecteurs, pourriez-vous nous rappeler le contexte de création de Vivoptim Solutions ? Quels sont ses objectifs et son positionnement dans l’écosystème de la santé ?

Virginie Femery : Vivoptim Solutions est une entreprise créée en 2018, spécialisée dans la santé numérique et la réduction des risques, en s’appuyant sur des stratégies éprouvées de changement durable des comportements santé. Notre mission est de concevoir et déployer des accompagnements santé sur mesure, couvrant l’ensemble du continuum de prévention (primaire – secondaire – tertiaire), en réponse aux enjeux et besoins spécifiques de nos clients.
Ceux-ci sont principalement des acteurs de l’assurance santé et prévoyance, mais aussi des entreprises ou des branches professionnelles.
Historiquement, partenaire de MGEN, puis plus récemment du groupe VYV, Vivoptim Solutions s’inscrit au cœur de la transformation portée par les organismes complémentaires d’assurance maladie (OCAM), dont le rôle en matière de prévention n’a cessé de se renforcer ces dernières années. Au-delà de leur rôle historique de financeurs, les OCAM sont devenus des opérateurs engagés, capables de concevoir, déployer et piloter des dispositifs de prévention à grande échelle. Leur capacité d’action, au plus près des adhérents, des salariés et des entreprises, en fait des acteurs incontournables pour répondre aux défis de santé publique, accompagner le virage vers la santé populationnelle et soutenir durablement les politiques de qualité de vie et des conditions de travail (QVCT).
Dans cette dynamique, notre ambition à trois ans est claire : amplifier notre contribution aux côtés de l’ensemble des acteurs assurantiels et des entreprises. Nous entendons les accompagner dans la structuration et le déploiement de dispositifs de prévention à fort impact, l’enrichissement de leurs offres de services, ainsi que dans le développement d’approches innovantes, spécifiques et ciblées en santé. .

Vous mentionnez une équipe de 36 collaborateurs, dont 15 professionnels de la santé. Pourquoi ce choix d’intégrer des experts en interne plutôt que de s’appuyer sur des partenariats ?

VF : C’est un choix stratégique fort : intégrer des professionnels de santé salariés pour garantir la qualité, la sécurité et la maîtrise de nos interventions, notamment sur la gestion des données de santé. Cette organisation nous permet d’aller au-delà des approches classiques, souvent ponctuelles ou fragmentées. Notre objectif est de travailler en profondeur sur les changements de comportement liés à la santé. Une simple communication ou des conseils ponctuels ne suffisent plus : il faut une approche structurée et durable pour que les gains soient pérennes. Notre modèle repose sur une coordination de parcours de santé, globale et sans couture, portée par cette équipe de santé pluriprofessionnelle.

Justement, quels sont les enjeux économiques qui rendent cette approche indispensable aujourd’hui ?

VF : Les défis sont multiples : dérive des dépenses de santé, vieillissement de la population, progression des affections de longue durée, reports de charges de l’assurance maladie… Ces facteurs rendent l’équation économique de plus en plus complexe pour les assureurs et les assurés. Sans une action forte, les cotisations risquent d’augmenter au point de devenir inabordables, notamment pour les retraités sortant des contrats collectifs. La prévention doit être envisagée comme un levier stratégique de soutenabilité du système, et non comme une simple offre servicielle.

Votre étude récente montre une réduction de 23 % des dépenses de soins pour les personnes ayant bénéficié de vos accompagnements santé. Pouvez-vous nous en dire plus sur cette étude et ses conclusions ?

VF : Cette étude porte sur plusieurs millions de données, collectées sur quatre ans, et mobilise les expertises croisées d’actuaires, et de nos pôles data science et scientifique. Contrairement à une enquête déclarative, elle s’appuie sur des données de vie réelles. Désormais, notre modèle permet d’estimer le retour sur investissement de la prévention en quelques minutes, à partir de différentes variables et des critères comme l’âge moyen, le sex ratio d’un portefeuille d’adhérents et le coût moyen des dépenses de santé.

Comment expliquez-vous un tel impact ?

VF : Nous ne nous contentons pas de sensibiliser. Nous travaillons sur le savoir-faire : doter les assurés de nouvelles compétences permettant de modifier durablement leurs comportements (alimentation, activité physique, stress, sommeil…). Nous identifions ainsi les freins émotionnels, culturels ou financiers qui empêchent l’action, les leviers et ressources propres et le niveau de motivation et proposons des approches extrêmement personnalisées. Un exemple : un adhérent atteint d’une maladie chronique équilibrée, observant génèrera moins de décompensations, donc moins d’hospitalisations et de soins coûteux.

Ce bénéfice de 23 % est-il immédiat, ou s’inscrit-il dans la durée ?

VF : Les résultats sont mesurables dès la première année, mais ils s’amplifient sur trois ans. À l’inverse, pour les personnes non accompagnées, les dépenses de augmentent, jusqu’à 5 % par an, telle qu’annoncée par la FNMF en 2025. La clé ? Un accompagnement structuré dans le temps, au moins six mois, des objectifs santé personnalisés et adapté à chacun ainsi qu’un suivi motivationnel.

Parlez-nous de votre méthode de ciblage. Comment identifiez-vous les populations les plus à risque ?

VF : Les assureurs analysent déjà leurs portefeuilles pour ajuster leurs contrats. Nous leur proposons d’aller plus loin : comprendre les dynamiques de dépenses, les pathologies chroniques, les affections de longue durée, et créer des groupes de population pour adapter le niveau d’accompagnement et les protocoles médicaux de prises en charge. Notre étude montre que la prévention est particulièrement efficace chez les 50-59 ans.

Pourquoi cette tranche d’âge ?

VF : C’est un âge charnière pour le développement de pathologies chroniques comme le diabète ou l’hypertension artérielle. Asymptomatique et insidieuse, c’est à cet âge qu’elles sont diagnostiquées avec souvent 10 ans de retard. C’est aussi celui de la ménopause pour les femmes, avec des enjeux de santé et de bien-être majeurs. Agir à ce moment-là permet d’éviter des coûts élevés plus tard.

La prévention doit-elle être massive ou ciblée ?

VF : Ciblée, sans hésitation. Il faut agir en amont et là où les risques sanitaires et les dépenses sont les plus élevés. Une prévention massive mais homogène pour tous n’est pas efficace.

Vous avez développé une calculette pour mesurer le ROI de la prévention sur trois pathologies : AVC, diabète de type 2 et cancer colorectal. Pourquoi ces choix ?

VF : Ces pathologies sont très coûteuses pour l’assurance maladie et les assureurs complémentaires. Elles représentent un reste à charge pour les assurés et impactent lourdement leur qualité de vie. Elles ont par ailleurs toutes un point commun, elles sont liées à des facteurs de risque modifiables (tabac, alcool, alimentation), sur lesquels nous pouvons agir. Un AVC, par exemple, engendre des frais d’hospitalisation et de réadaptation lourds, des limitations fonctionnelles et un risque d’absentéisme prolongé pour les personnes en activité professionnelle.

Comment fonctionne cet outil ?

La calculette compare les dépenses de soins de nos utilisateurs avant et après leur accompagnement et sont comparés à celles d’un groupe contrôle représentatif n’ayant pas bénéficié de nos accompagnements santé. . Elle identifie les événements de santé évités et calcule le gain pour l’assureur. C’est un outil concret pour piloter les KPI et objectiver l’impact médico-économique.

Est-elle accessible à tous les assureurs, même non-clients ?

VF : Oui, nous la mettons à disposition de tout acteur souhaitant mesurer l’impact potentiel de notre service sur tout ou partie de son portefeuille

Au-delà des économies, la prévention peut-elle renforcer la relation client ?

VF : Absolument. Notre service est considéré par les utilisateurs comme un compagnon de santé au quotidien, ce qui améliore la satisfaction et la fidélisation. C’est aussi un levier commercial : un assureur proposant une prévention efficace peut attirer de nouveaux clients, notamment dans des contrats prévoyance ou comme l’assurance emprunteur.

Quel message adresseriez-vous aux assureurs hésitants ?

VF : Arrêtez de sensibiliser, éduquez au changement de comportements santé. Dire « mangez cinq fruits et légumes par jour » ne suffit plus. Il faut accompagner les assurés pas à pas, avec des objectifs réalistes. C’est cette accumulation de petits succès qui transforme les comportements et amènent des gains santé mesurables et durables

Quel est le coût pour mettre en place un tel service ?

VF : Nous proposons des modèles économiques adaptés à chaque client, en fonction de ses enjeux, de ses cibles et du niveau d’accompagnement souhaité, ou encore du souhait d’une solution en marque blanche. Mais au-delà du modèle, c’est un véritable choix stratégique qui se pose aujourd’hui pour les assureurs. La logique consistant à empiler des services, certes pertinents pris isolément, montre ses limites : absence de continuité dans les parcours, faible engagement des assurés, complexité opérationnelle et coûts cumulés élevés — y compris en termes de pilotage pour les équipes prévention.

Un dernier mot ?

VF : La prévention proposée par les assureurs santé ne doit pas être un catalogue de services éparpillés. Moins, mais mieux et plus longtemps : c’est la clé pour des résultats durables. Vivoptim Solutions propose aujourd’hui une approche intégrée et structurée permettant de mutualiser les investissements, de fluidifier les parcours et d’optimiser durablement les résultats. Un accompagnement santé global s’avère non seulement plus efficace en termes d’impact santé, mais également plus performant économiquement et permet d’ancrer la prévention comme un véritable outil de gestion des risques assurantiels.

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