La start-up européenne Altilia a remporté le 27 octobre la 7e édition de l’Aca Innovation Award, organisée par l’association des assureurs et réassureurs luxembourgeois.
Le jury a récompensé une approche qui automatise les processus d’assurance sans retirer la décision aux experts. Un signal clair : pour la profession, l’heure n’est plus aux expérimentations mais au passage à l’échelle.
Un trophée remis par le ministre des Finances
C’est à Luxexpo The Box, devant une centaine de professionnels de l’assurance, de la tech et des institutions, que le ministre luxembourgeois des Finances, Gilles Roth, a remis le prix à Massimo Ruffolo, CEO et cofondateur d’Altilia, rapporte Paperjam.
Altilia se positionne comme un « système d’exploitation » souverain dédié à l’IA agentique : sa plateforme permet de déployer des agents d’intelligence artificielle sur les processus métiers des assureurs et des institutions financières, en particulier pour le traitement documentaire, tout en conservant une supervision humaine.
Six start-up, une journée, un cas d’usage réel
Le format de l’Aca Innovation Award tranche avec celui des concours de pitch classiques. Altilia était opposée à cinq autres jeunes pousses : Devana, Figen AI, Interloom, Kalipso et MarvelX. Chacune a disposé d’une seule journée pour adapter sa technologie à une mission commune, en travaillant aux côtés d’assureurs, de réassureurs et d’experts du droit, du conseil et de la technologie.
L’exercice consistait à confronter les solutions aux contraintes opérationnelles et réglementaires propres à la place luxembourgeoise, avant une soutenance devant le jury en soirée.
Les critères qui ont fait la différence
Selon l’Association des compagnies d’assurances et de réassurances (Aca), plusieurs éléments ont pesé en faveur d’Altilia :
- l’équilibre entre automatisation et supervision humaine ;
- le respect du secret professionnel, enjeu majeur sur une place financière comme le Luxembourg ;
- l’auditabilité des traitements ;
- une perspective de déploiement à court terme chez un assureur ou un réassureur luxembourgeois.
Pour Nicolas Limbourg, président de l’Aca, la valeur d’une innovation se mesure avant tout à sa capacité à répondre à un besoin concret du marché.
De l’expérimentation à l’industrialisation
Le thème de cette édition reflète un basculement que connaissent aussi les acteurs français. Marie-Hélène Massard, vice-présidente de l’Aca et sponsor de son groupe de travail Innovation, résume l’enjeu : le défi consiste désormais à « industrialiser » l’IA plutôt qu’à l’expérimenter.
Deux besoins structuraient les travaux :
- Automatiser les opérations sans perdre la maîtrise. Les assureurs attendent des outils capables de faire le tri entre les tâches que l’IA peut exécuter seule et celles qui exigent l’intervention d’un expert, avec une traçabilité à chaque étape.
- Outiller le suivi de la conformité. En matière de veille réglementaire, les solutions doivent détecter les évolutions, identifier les obligations applicables et planifier les actions, l’interprétation des textes et la décision finale restant du ressort des équipes humaines.
Ce qu’il faut en retenir pour le marché français
Le palmarès luxembourgeois fait écho aux préoccupations des assureurs français, confrontés à la montée en charge de l’AI Act et aux attentes de l’ACPR en matière de gouvernance des algorithmes. Supervision humaine, traçabilité des décisions et auditabilité ne sont plus des arguments marketing : ce sont désormais les conditions d’entrée pour qu’une solution d’IA agentique franchisse le cap de la preuve de concept et soit déployée en production.
L’IA agentique, qui confie à des agents autonomes l’enchaînement de tâches complexes, concentre les attentes du secteur en gestion de sinistres, souscription ou conformité. Le choix du jury de l’Aca montre que la profession privilégie, à ce stade, les approches qui garantissent que l’humain garde la main.

