À l’occasion d’Octobre Rose, une enquête Fasterclass menée auprès de près de 3 000 actifs révèle le malaise au travail face au cancer. La grande majorité des salariés ne savent pas quoi dire à une collègue malade, et six sur dix ont déjà évité le sujet.
Face à une collègue qui annonce un cancer du sein, beaucoup choisissent de se taire plutôt que de risquer un mot maladroit. C’est le constat de l’enquête réalisée par l’organisme de formation Fasterclass auprès de 2 913 actifs, dont 1 715 salariés et 1 198 managers. Seuls 12 % des salariés disent savoir spontanément quoi dire à une collègue qui leur annonce sa maladie, et 16 % préfèrent ne pas aborder le sujet. Chez les managers, l’intention est là, mais pas l’assurance : 44 % réagissent avec la peur d’être maladroits et un tiers (33 %) ne savent pas quoi dire.
Un silence qui s’installe
Par crainte d’être intrusifs ou maladroits, 62 % des salariés et 61 % des managers ont déjà évité de parler de la maladie avec une collègue, plus d’un sur trois à plusieurs reprises. Ce silence pèse lourd pour la personne concernée.
Du côté des salariés, le plus difficile à vivre face à la maladie est la peur d’être considéré comme moins performant (37 %), devant le manque de dialogue avec le manager (35 %) et la difficulté à parler de sa fatigue ou de ses limites (33 %). Dire à son manager « je ne suis pas encore capable de reprendre au même rythme qu’avant » reste un aveu délicat : seuls 13 % des salariés jugent cela facile, et près d’un sur cinq (19 %) craint que ce soit perçu comme un manque d’implication.
Un enjeu de formation
L’enquête pointe un déficit d’accompagnement. Seuls 27 % des salariés estiment les managers suffisamment formés pour mener des conversations sensibles avec un collaborateur malade, et 55 % pensent le contraire, dont 24 % « pas du tout ». Les managers eux-mêmes sont plus indulgents, 36 % seulement reconnaissant ce manque de formation. Pour réussir un retour au travail, près d’un actif sur deux privilégie le dialogue, qu’il s’agisse de demander directement à la personne ce dont elle a besoin ou d’organiser des échanges réguliers, quand « faire comme si de rien n’était » ne convainc que 8 % des salariés.
« Les entreprises ne manquent pas de sensibilité, elles manquent d’entraînement au dialogue. Quand six actifs sur dix ont déjà évité de parler de la maladie avec un collègue par peur de mal faire, c’est le signe que l’on n’a jamais appris à dire les choses difficiles, ni à les entendre. Une vraie culture du feedback ne consiste pas seulement à dire à quelqu’un ce qui va ou ne va pas dans son travail : elle crée un climat où chacun peut exprimer un besoin, une fatigue, une limite, sans craindre d’être jugé moins performant. Le manager n’a pas besoin des mots parfaits : il doit savoir poser une question simple et écouter vraiment la réponse. Cela s’apprend. », résume Raphaël Maisonnier, fondateur de Fasterclass.

