Le conseil municipal de Montpellier a voté à l’unanimité, le 6 octobre 2026, le lancement d’un appel à manifestation d’intérêt (AMI) pour la création d’une assurance multirisque habitation communale.
Les assureurs ont jusqu’au 4 janvier 2027 pour se positionner, en vue d’une mise en service au 1er juin 2027. Contrairement aux dispositifs de Paris ou de la métropole grenobloise, l’offre montpelliéraine ne sera soumise à aucune condition de ressources.
L’essentiel
- Vote : unanimité du conseil municipal le 6 octobre 2026
- Calendrier : candidatures des assureurs jusqu’au 4 janvier 2027, lancement visé au 1er juin 2027
- Public : tous les habitants, sans condition de ressources
- Financement : aucune prise en charge publique des contrats, la Ville se limite à la négociation collective
- Engagements attendus : cotisations réduites, tarif garanti sur trois ans, accueil physique de proximité
Un levier de négociation collective
Promesse de campagne du maire Michaël Delafosse, l’assurance habitation communale constitue la première mesure d’un futur Office municipal du pouvoir d’achat, rapporte Hérault Tribune. Elle vient compléter le « bouclier social » mis en place par la municipalité depuis 2020, qui comprend notamment la gratuité des transports et une mutuelle communale.
Le principe repose sur la mutualisation : la Ville entend peser dans la négociation au nom de ses quelque 300 000 habitants, là où un assuré isolé dispose d’un faible pouvoir face à son assureur. L’adjointe en charge du dossier, Julie Frêche, met en avant le cas des quelque 12 000 Montpelliérains situés juste au-dessus des seuils d’accès aux aides sociales : aides-soignantes, AESH, jeunes enseignants, salariés du commerce, agents administratifs ou familles monoparentales. Selon les chiffres cités par la municipalité, 31 % des habitants de la ville vivent sous le seuil de pauvreté.
Le contexte tarifaire nourrit la démarche. Les cotisations d’assurance habitation ont progressé d’environ 13 % en moyenne en 2025, et une nouvelle hausse de 8 à 11 % est anticipée pour 2026, selon les données reprises par la Ville.
Un cahier des charges précis pour l’assureur retenu
L’assureur sélectionné devra proposer un socle minimal de garanties couvrant notamment la responsabilité civile, l’incendie, les dégâts des eaux, le vol et les catastrophes naturelles. La Ville attend également un engagement tarifaire sur trois ans, ainsi qu’un accueil physique à Montpellier complété par des permanences dans les quartiers.
Aucun objectif d’économie chiffré n’a été communiqué à ce stade. Pour sa mutuelle communale lancée en 2024, qui compte plus de 6 700 adhérents, la municipalité revendique des tarifs inférieurs de 20 % à ceux du marché. Le dispositif pourrait par ailleurs être étendu aux autres communes de la Métropole qui le souhaiteraient.
Le risque climatique en toile de fond
Michaël Delafosse a lié le projet à la question de l’assurabilité des territoires exposés au changement climatique. Le maire a insisté sur la nécessité de poursuivre les travaux de prévention des inondations afin d’éviter que certains secteurs ne deviennent inassurables, et a mis en garde les compagnies contre une répercussion jugée abusive de la hausse des risques sur les habitants.
Les réserves de l’opposition
Le vote unanime n’a pas empêché les questions. Pour Antoine Bertrand (LFI), la Ville ne crée pas un véritable service public de l’assurance : « Elle joue en réalité un rôle de courtier, un rôle d’intermédiation ». L’élu demande des garanties pour que les économies bénéficient réellement aux assurés, en particulier sur les franchises, les exclusions de garanties et l’évolution des cotisations au-delà des trois premières années. Il souligne également que la mesure ne saurait se substituer à une politique plus ambitieuse sur les loyers et la rénovation thermique des logements.
L’ouverture sans condition de ressources distingue l’initiative montpelliéraine de la plupart de ces dispositifs, centrés sur les locataires modestes ou de classe moyenne. Pour les assureurs, elle élargit le portefeuille potentiel, mais pose aussi la question de la mutualisation du risque à l’échelle d’un territoire exposé aux aléas climatiques, dans un cadre tarifaire garanti sur trois ans.
Au-delà de l’assurance habitation, le futur Office municipal du pouvoir d’achat doit progressivement proposer d’autres achats mutualisés : alarmes, brasseurs d’air pour lutter contre la chaleur, puis contrats d’électricité et de gaz. Les économies réellement obtenues pour les ménages restent, à ce stade, à mesurer.
Sources à consulter
- Hérault Tribune, « Montpellier : une assurance habitation communale pour faire baisser la facture des ménages », Cyril Durand, 9 octobre 2026.
- L’Assurance en Mouvement, « Des mairies lancent une assurance habitation », 1er septembre 2025.
- Ville de Paris, L’Assurance Habitation Parisienne.
- Grenoble Alpes Métropole, La Métropole lance une assurance habitation solidaire pour les locataires, 18 juin 2025.
- Ville de Faches-Thumesnil, Assurance habitation communale.

