Réunis à Casablanca le 8 octobre 2026 pour la 10e Rencontre annuelle de la Fédération nationale des agents et courtiers d’assurance au Maroc (FNACAM), agents et courtiers ont débattu de l’avenir de leur métier sous le thème « Réinventer l’intermédiation face aux risques de demain ». Intelligence artificielle, poids administratif et rémunération ont dominé les échanges.
L’essentiel
- Événement : 10e Rencontre annuelle de la FNACAM, le 8 octobre 2026 au Hyatt Regency de Casablanca
- Thème : « Réinventer l’intermédiation face aux risques de demain »
- Sujets : intelligence artificielle, cyber-risques, changement climatique, digitalisation, attentes des assurés
- Invité d’honneur : le Bénin, représenté par ARIA Bénin
- Message central : l’IA ne fera pas disparaître l’intermédiaire, mais rebat les cartes de la concurrence entre professionnels
Un rendez-vous placé sous le signe de la remise en question
Fédération active depuis plus de 33 ans et organisée en sept sections régionales et deux groupements, la FNACAM avait structuré cette 10e édition autour de deux keynotes, consacrées aux nouveaux risques et aux transformations à anticiper, puis de deux panels : l’un sur l’évolution de l’environnement du risque et les ruptures technologiques, avec un volet africain, l’autre sur les compétences et le profil de l’intermédiaire de demain.
En ouverture, le président de la FNACAM, Farid Bensaïd, a appelé la profession à faire preuve d’« une certaine humilité pour nous remettre en question avant qu’il ne soit trop tard », rapporte Le360. S’il voit dans l’IA un outil de travail utile, il estime que les tâches répétitives sont appelées à disparaître au profit de la machine, et que les intermédiaires doivent s’y préparer.
L’IA, nouvel acteur de la relation client
Pour Bachir Baddou, vice-président délégué de la Fédération marocaine de l’assurance (FMA) et directeur général de CAT Assurance et Réassurance, le principal risque tient à l’irruption d’un nouvel acteur dans la chaîne : la relation se joue désormais entre « un client, une IA, un intermédiaire d’assurance et une entreprise d’assurance ». Les jeunes générations consultent déjà des IA génératives avant de contacter un assureur.
Stéphane Favaretto, cofondateur et directeur général de Minalea, a mis en garde contre l’émergence d’un « faux expert confiant » : un client qui, après avoir interrogé une IA, s’estime suffisamment informé. Or l’outil fournit de l’information, quand le conseil consiste à déterminer les garanties dont l’assuré a réellement besoin.
Bachir Baddou écarte pour autant la perspective d’une disparition du métier. Selon lui, la concurrence se jouera entre professionnels : l’agent qui maîtrise l’IA deviendra le principal concurrent de celui qui ne l’utilise pas.
Libérer du temps pour le conseil
Le poids des tâches administratives a fait l’objet d’un large consensus. Gilles Fromageot, directeur général d’AXA Afrique Transatlantique, a reconnu un temps administratif excessif, au détriment de la prospection et du suivi client. Hamid Mosleh, président de la section régionale Nord de la FNACAM, a souligné le paradoxe d’une digitalisation très discutée alors que la loi impose encore la signature manuscrite des contrats.
Pour Stéphane Favaretto, l’IA offre pour la première fois l’occasion de libérer du temps de relation client. Il propose d’en faire le premier indicateur de performance d’un agent ou d’un courtier : le temps passé chaque semaine avec ses clients.
Plusieurs chantiers de digitalisation ont été évoqués : l’attestation d’assurance automobile à QR code, en phase pilote depuis le 1er juillet, dont le support physique doit être supprimé au 1er juillet 2027, ainsi que le déploiement progressif du paiement multicanal dans les compagnies.
La rémunération en question
La question de la rémunération a nourri les échanges les plus revendicatifs. Hamid Mosleh a rappelé que le conseil apporté par les intermédiaires reste gratuit, alors que leurs obligations se multiplient sans contrepartie financière. Il plaide pour un partenariat plus équilibré avec les compagnies, qui partageraient avec leurs distributeurs les économies réalisées grâce à la baisse de la sinistralité.
Le consultant et enseignant Philippe Rocard a relevé que les taux de commission sont inchangés depuis des années au Maroc. À l’étranger, ils tendent à baisser, mais sont compensés par des critères liés à la qualité technique du portefeuille ou au multi-équipement des clients. Patrick Raffort, président fondateur de la Fédération des garanties et assurances affinitaires (FG2A), a de son côté alerté sur le coût futur des outils d’IA, aujourd’hui modéré mais appelé à augmenter, au risque de fragiliser de nombreuses structures.
La confiance, valeur refuge
Le président de la FMA, Mohamed Hassan Bensalah, a rappelé que la technologie ne remplacera pas la confiance, et que le temps gagné grâce aux outils doit être réinvesti dans le service au client et le développement commercial. Invité d’honneur, Mahaman Nasser Yahaya, directeur général d’ARIA Bénin, a résumé l’exigence nouvelle des assurés : demain, le client demandera à son intermédiaire ce qu’il fait pour lui entre deux renouvellements.
Des débats qui font écho au marché français
IA générative en amont du parcours d’achat, temps consacré au conseil, évolution des modèles de rémunération, coût des outils technologiques : les questions soulevées à Casablanca recoupent largement celles qui traversent la distribution d’assurance en France, où agents généraux et courtiers sont confrontés aux mêmes interrogations sur la valeur ajoutée de leur conseil.

