Assurance et IA : quels effets sur l’emploi ?

Plusieurs assureurs européens ont annoncé ces derniers mois des réductions d’effectifs sur plusieurs années, en lien notamment avec le déploiement de l’intelligence artificielle.

Dernier exemple en date : Generali en Allemagne. Le mouvement concerne surtout les fonctions de relation client, de gestion de sinistres et de back-office. En France, l’emploi dans l’assurance continue de progresser, mais le rythme des recrutements ralentit.

A retenir :

  • Environ 800 postes d’ici fin 2030 chez Generali Deutschland, soit près de 9 % de ses quelque 9 100 salariés.
  • Environ 1 000 postes d’ici fin 2030 chez Ergo (groupe Munich Re) en Allemagne.
  • 1 500 à 1 800 postes en Europe chez Allianz Partners, soit 7 à 8 % de ses effectifs.
  • 162 700 salariés dans les sociétés d’assurance en France fin 2025, en hausse de 0,9 % sur un an.
  • 18 400 recrutements en France en 2025, en baisse de 8,3 %, pour la deuxième année consécutive.

En Europe, des plans étalés sur plusieurs années

Le 23 octobre, Generali a présenté un plan de transformation de sa filiale allemande. Il prévoit de réduire d’ici fin 2030 des activités représentant environ 800 postes, sur un effectif d’environ 9 100 personnes. L’entreprise prévoit d’investir plusieurs centaines de millions d’euros dans la modernisation de ses systèmes d’information, la digitalisation et l’intelligence artificielle. Elle regroupera ses implantations autour de cinq pôles régionaux.

Ces réductions passeront principalement par des dispositifs de fin de carrière fondés sur le volontariat, les départs en retraite et le non-remplacement de départs naturels. L’entreprise annonce garantir le maintien des emplois et des entités existantes jusqu’à fin 2030. Les discussions avec les représentants du personnel sont engagées.

Cette annonce s’inscrit dans une série de décisions comparables en Europe depuis la fin de 2025 :

Entreprise Pays Postes concernés Horizon Modalités annoncées
Allianz Partners Plusieurs pays européens 1 500 à 1 800 12 à 18 mois Départs volontaires, préretraites, indemnités de départ
Ergo (Munich Re) Allemagne Environ 1 000 Fin 2030 Pas de licenciement économique, programme de reconversion
Generali Deutschland Allemagne Environ 800 Fin 2030 Volontariat, départs en retraite, non-remplacement

Ces trois plans ont plusieurs points communs : un horizon de plusieurs années, des modalités fondées sur le volontariat et les départs naturels, un accord ou une négociation avec les représentants du personnel, et un investissement parallèle dans les technologies. Ils prévoient aussi des programmes de formation et de mobilité interne. Ergo indique ainsi vouloir reconvertir jusqu’à 500 salariés vers d’autres métiers de l’entreprise.

Aux États-Unis, un mouvement plus rapide

Le marché américain présente un profil différent. En mai 2026, le courtier Acrisure a annoncé la suppression de 2 250 postes, soit environ 11 % de ses effectifs, en citant les progrès de l’IA et de l’automatisation. Les données du marché du travail américain font apparaître une baisse de l’emploi chez les assureurs. Selon un rapport publié en septembre par Glassdoor et Indeed, les assureurs ont perdu près de 75 000 emplois en un an. Les offres d’emploi de gestionnaires de sinistres ont reculé de 55 % par rapport à leur pic post-pandémie, et celles destinées aux profils débutants de 50 % depuis 2025. Les offres pour les postes seniors restent en revanche à un niveau élevé.

Les fonctions les plus concernées

Les annonces publiées convergent sur le capital humain sur fonctions principalement concernées :

  • la relation client au téléphone, notamment pour les demandes simples et le suivi de dossier
  • l’assistance, pour l’organisation des prestations et la facturation
  • la gestion des sinistres simples
  • le traitement documentaire et les tâches administratives

Les métiers de souscription des risques complexes, d’expertise et de conseil sont pour l’instant moins concernés. Les besoins en compétences data, cybersécurité et intelligence artificielle augmentent.

En France, un emploi qui progresse encore

Selon le ROMA 2026, publié le 15 octobre par l’Observatoire de l’évolution des métiers de l’assurance (OEMA), la branche des sociétés d’assurance comptait 162 700 salariés fin 2025, contre 154 700 fin 2022. Les effectifs ont progressé de 0,9 % sur un an.

Plusieurs indicateurs témoignent toutefois d’un ralentissement :

  • les recrutements reculent pour la deuxième année consécutive, de 8,3 %, à 18 400 embauches ;
  • le nombre d’alternants diminue pour la première fois depuis 2016, à 7 200 (-4,6 %) ;
  • la part des cadres continue de progresser et atteint 54 %, contre 46 % en 2015 ;
  • l’effort de formation reste élevé : 89,5 % des salariés ont suivi au moins une formation en 2025.

Les effets de l’IA sur l’emploi font l’objet de travaux au sein de la branche. L’OEMA a notamment publié des études sur l’impact de l’IA sur les métiers de l’assurance. Plusieurs entreprises ont choisi d’encadrer le déploiement de ces outils par des accords de dialogue social ou des démarches de gestion des emplois et des parcours professionnels (GEPP). En France, le déploiement de nouvelles technologies qui modifient les conditions de travail peut nécessiter la consultation du comité social et économique (CSE) dans les entreprises d’au moins 50 salariés.

Les pouvoirs publics ont également présenté, le 22 septembre, le plan « Impulsion IA 2027 ». Il comporte 12 mesures centrées sur la formation des salariés et des demandeurs d’emploi, l’accompagnement des entreprises et l’anticipation de l’évolution des métiers. Il prévoit aussi un observatoire rattaché à la Dares.

Ce que disent les études

À l’échelle de l’économie, les effets de l’IA sur l’emploi restent difficiles à mesurer. Dans une note publiée en juin 2026, la Direction générale du Trésor indique que les études disponibles ne permettent pas encore d’identifier un effet agrégé significatif. Deux mécanismes jouent en sens inverse : l’automatisation de certaines tâches réduit les besoins, tandis que les gains de productivité peuvent soutenir l’activité et l’emploi.

La note souligne que la finance et l’assurance figurent parmi les secteurs les plus exposés à l’IA générative. Elle relève aussi que l’IA peut parfois servir de justification à des réductions d’effectifs qui ont d’autres causes. Elle observe enfin un ralentissement de l’insertion professionnelle des jeunes, sans pouvoir l’attribuer uniquement à l’IA, la conjoncture économique jouant également.

Du côté des entreprises, les retours sur investissement restent variables. Selon une enquête 2026 de Bain & Company menée tous secteurs confondus, près de 40 % des entreprises qui mesurent les économies liées à l’IA obtiennent des réductions de coûts inférieures à 10 %, en deçà de leurs objectifs.

Les enjeux pour le secteur

Plusieurs questions se posent pour les acteurs de l’assurance.

  • Le rythme de la transformation. En Europe, les plans annoncés s’étalent sur quatre à cinq ans et s’appuient largement sur les départs naturels, à un moment où de nombreux salariés approchent de la retraite.
  • Le renouvellement des compétences. La baisse des recrutements et de l’alternance pose la question de la formation des futurs experts, dont l’apprentissage reposait en partie sur des tâches aujourd’hui automatisées.
  • La reconversion. Les programmes de formation et de mobilité interne prennent une place croissante dans les plans annoncés.
  • La place de l’humain dans la relation client. Plusieurs acteurs indiquent conserver la possibilité pour les clients d’échanger avec un conseiller et réserver les décisions sur les dossiers complexes à des collaborateurs. L’encadrement réglementaire de l’IA, notamment au titre de l’AI Act européen, renforce les exigences de supervision humaine.

Sources à consulter

  • La Chine veut freiner les licenciements liés à l’IA – octobre 2026 – clubic.com
  • Direction générale du Trésor, Trésor-Éco n° 391, « L’intelligence artificielle, quels effets sur l’emploi ? », juin 2026 – tresor.economie.gouv.fr

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