Remboursements santé : la pollution de l’air pèserait 7 %

Generali attribue 7 % des remboursements santé de ses assurés à la dégradation de l’air : ozone, particules fines, pollens et vagues de chaleur.

Extrapolé à la France entière, le calcul donne 21 milliards d’euros par an pour la Sécurité sociale et les complémentaires. Jusqu’ici, les assureurs chiffraient surtout le coût du climat sur les maisons et les voitures. Ce chiffre l’étend aux soins, donc aux cotisations.

Ce sondage a été dévoilé lors d’une conférence de presse au Ballon Generali de Paris, qui réunissait le 13 octobre 2026 : Virginie Schwarz, Présidente-directrice générale de Météo-France, Julien Nicolas, Senior Scientist au Copernicus Climate Change Service ECMWF, Céline Bracq, directrice générale et cofondatrice d’Odoxa, Jean-Baptiste Renard, directeur de recherche au CNRS, le Dr Pierre Souvet, cardiologue et président de l’Association Santé Environnement France, et Simon Blaquière, Directeur de la Réassurance et du Generali Climate Lab, Generali France.

Une extrapolation à partir de cinq ans de données

Generali a croisé cinq ans de remboursements de ses clients en assurance santé, soit « plusieurs millions » de personnes, avec les conditions environnementales relevées sur la période.

La signature dans les dépenses est concrète. Un pic de pollens fait monter la consommation d’antihistaminiques. Un épisode de particules fines se traduit par davantage de consultations pour des troubles pulmonaires ou cardiaques. Le travail est piloté par Simon Blaquière, directeur de la réassurance de Generali, qui dirige le Generali Climate Lab.

Le chiffre reste une extrapolation des données d’un seul assureur. Il ne mesure pas la même chose que les estimations publiques :

Estimation Périmètre Coût annuel
Generali (octobre 2026) Soins remboursés par la Sécu et les complémentaires, liés à l’ozone, aux particules fines, aux pollens et à la chaleur 21 Md€
Santé publique France (janvier 2025) Soins, journées de travail perdues et qualité de vie, liés aux seules particules fines (dont 5,3 Md€ de soins) 12,9 Md€
Santé publique France (janvier 2025) Mêmes postes, liés au dioxyde d’azote 3,8 Md€

L’écart tient au périmètre : l’agence publique retient deux polluants mais compte aussi les pertes de productivité ; Generali ne compte que les soins, mais ajoute pollens et chaleur.

Été 2026 : l’air s’est dégradé sur quatre fronts

L’été 2026 a été le plus chaud observé en France depuis 1900. Météo-France y a mesuré plusieurs dégradations simultanées :

  • Ozone : + 5 à 10 µg/m³ par rapport à l’été 2025 dans la moitié nord et le centre
  • Fumées d’incendies : 100 000 hectares brûlés, 10 à 20 % des particules fines dans l’air ; à Bordeaux, seuil d’alerte dépassé trois jours
  • Poussières du Sahara : + 50 à 100 % par rapport à 2025 dans la moitié nord
  • Chaleur, qui accélère la formation d’ozone alors même que les émissions qui le produisent baissent.

Les Français l’ont ressenti. Selon un sondage Odoxa pour Generali, 67 % déclarent avoir subi au moins un effet de la pollution de l’air cet été. Ils sont 48 % à citer l’ozone, 47 % les pollens et 29 % les particules des incendies, une part qui monte à 51 % dans le Sud-Ouest.

Un coût qui entre dans les cotisations

Les 21 milliards se répartissent entre l’Assurance maladie et les complémentaires selon les règles habituelles de chaque soin : consultations, médicaments sur ordonnance, hospitalisations. Ce que les complémentaires remboursent pendant un été chaud ou une longue saison pollinique entre ensuite dans les bases de calcul des tarifs de l’année suivante.

Le sujet arrive dans un contexte tendu. Le cabinet Addactis anticipe une hausse médiane de 8 % des cotisations en 2027, alors que le PLFSS 2027 prévoit de nouveaux transferts de charges vers les complémentaires.

Les profils les plus exposés sont aussi ceux qui consomment le plus de soins pendant ces épisodes : enfants, personnes âgées, asthmatiques et allergiques, personnes cardiaques. Santé publique France estime que près de 30 000 cas d’asthme de l’enfant pourraient être évités chaque année si les particules fines respectaient les seuils de l’OMS.

La prévention comme réponse : des alertes ciblées dès 2027

Generali testera début 2027 un dispositif d’alertes personnalisées auprès de 300 000 à 500 000 clients. Il croisera trois sources pour décider à qui envoyer un message, selon l’âge, le sexe et l’adresse :

  • Météo-France pour les canicules
  • Prev’Air pour les particules fines
  • Atmo France pour les pollens

Le message renverra vers des conseils validés par des médecins. La demande existe : 77 % des Français souhaitent une information sur la qualité de l’air adaptée à leur situation et à leur commune, selon Odoxa. Seuls 38 % la consultent aujourd’hui. Chez les 65 ans et plus, deux personnes sur trois ne la consultent que rarement ou jamais.

L’équation économique est simple : une crise d’asthme évitée, c’est une consultation et des médicaments de moins à rembourser. Les données utilisées sont publiques et gratuites. La valeur ajoutée de l’assureur tient au ciblage.

Le climat entre dans l’assurance de personnes

Le calcul de Generali extrapole les données d’un seul portefeuille. Il ale mérite de déplacer le débat. Le risque climatique ne se limite plus aux dommages aux biens ; il pèse aussi sur la santé et la prévoyance.

Pour les complémentaires, deux questions se posent. Comment intégrer ces épisodes dans la tarification sans pénaliser les assurés les plus fragiles ? Et la prévention ciblée peut-elle réduire une part mesurable de ces dépenses ? Les résultats du test de 2027 apporteront un premier élément de réponse.

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