Voiles rigides, hydrogène, GNL, carburants de synthèse… Pour tenir leurs objectifs de réduction d’émissions, les armateurs transforment leurs flottes à grande vitesse.
Chacune de ces technologies apporte son lot de risques inédits, que courtiers et assureurs marine doivent apprendre à évaluer. Howden France en fait l’un de ses axes d’accompagnement.
A retenir :
- -2 % en 2025, -6 % en 2030, -14,5 % en 2035 et -80 % en 2050 : la trajectoire de réduction de l’intensité carbone de l’énergie utilisée à bord, imposée par le règlement FuelEU Maritime (base 2020), pour les navires de plus de 5 000 GT faisant escale dans l’UE.
- 311 navires à carburant alternatif commandés dans le monde sur les neuf premiers mois de 2026, en hausse de 53 % sur un an (DNV).
- 42,6 milliards de dollars : le record mondial de primes d’assurance maritime atteint en 2025, selon les chiffres présentés à la conférence de l’IUMI.
Une flotte en pleine mutation
Le transport maritime vit une transformation de fond. Sous la pression des objectifs climatiques fixés par l’Organisation maritime internationale (OMI) et, en Europe, par le règlement FuelEU Maritime et l’intégration du secteur au marché carbone (ETS), les armateurs investissent dans des solutions destinées à réduire l’empreinte de leurs navires.
Le mouvement prend plusieurs formes : montée en puissance des carburants alternatifs (GNL, méthanol, hydrogène), et retour de la propulsion vélique dans le fret, domaine dans lequel la France compte plusieurs équipementiers et néo-armateurs de premier plan. Selon le ministère de la Transition écologique, le vent pourrait permettre de réduire jusqu’à 30 % les émissions de gaz à effet de serre des navires.
Le législateur suit. L’Assemblée nationale a adopté à l’unanimité, au printemps 2026, une proposition de loi visant à accélérer le transport vélique. Le texte définit pour la première fois juridiquement la propulsion par le vent, principale ou auxiliaire, et ouvre des avantages fiscaux aux armateurs concernés. Une clarification qui intéresse directement les assureurs, puisqu’elle conditionne la structuration financière des projets.
Chaque technologie, son profil de risque
Pour le courtier Howden France, qui s’exprime dans un contenu partenaire publié par Le Journal des Entreprises, l’enjeu tient en une idée : aucun mode de propulsion n’est neutre du point de vue du risque.
« Chaque innovation modifie le profil de risque du navire », résume Claire Lasserre, directrice Marine & Transport de Howden France. Selon elle, le rôle du courtier consiste d’abord à comprendre ces technologies pour bâtir des couvertures adaptées aux armateurs.
Le cas du vélique illustre la nouveauté des expositions. Le courtier relève notamment :
- des avaries sur les ailes ou les voiles, dont la réparation ne peut être assurée que par un nombre restreint de chantiers, ce qui pèse sur les délais d’immobilisation et le coût des sinistres ;
- des risques de collision avec certaines infrastructures portuaires, liés à l’encombrement en hauteur de ces équipements ;
- des enjeux de cybersécurité, les systèmes de pilotage des voiles étant connectés.
Les carburants alternatifs posent, eux, d’autres questions bien identifiées par les techniciens : stockage cryogénique pour le GNL, inflammabilité de l’hydrogène, toxicité de l’ammoniac, ou encore manque de retour d’expérience sur la manipulation de ces énergies à bord et lors du soutage.
Des modèles de souscription à réinventer
Pour les assureurs corps et machines comme pour les clubs P&I, la difficulté est double. D’une part, la sinistralité historique fait défaut sur ces navires de nouvelle génération, ce qui complique la tarification. D’autre part, les risques se déplacent : la valeur d’un navire se concentre davantage dans des équipements spécifiques, et la chaîne de réparation se resserre autour de quelques prestataires spécialisés.
Armateurs et assureurs doivent ainsi intégrer des paramètres jusque-là absents de l’évaluation des risques. Howden France assure que les solutions d’assurance existent déjà et continuent d’évoluer au rythme des technologies, à condition d’être construites à partir d’une connaissance fine des opérations maritimes.
Au-delà du seul secteur maritime, ce dossier illustre une tendance de fond : la transition énergétique fabrique des risques nouveaux plus vite que les modèles actuariels ne les absorbent. Dans cet intervalle, la valeur ajoutée du courtier spécialisé tient moins au placement qu’à sa capacité à traduire une innovation technique en risque assurable, auprès d’assureurs qui manquent encore de données.
Pour la filière, l’enjeu est aussi stratégique : accompagner la décarbonation de la flotte française, c’est soutenir un secteur que les pouvoirs publics considèrent comme un levier de souveraineté industrielle.
Sources complémentaires
- Actu-Environnement, « L’Assemblée nationale donne du souffle à la propulsion vélique », 2026 — actu-environnement.com
- Mer et Marine, « Propulsion vélique : la proposition de loi pose les bases du passage à l’échelle en France », 2026 — meretmarine.com
- Ministère de la Transition écologique, dossier de presse « Décarboner le secteur maritime », juin 2025 — ecologie.gouv.fr

