Chaque année, les Talents de l’Assurance mettent en lumière celles et ceux qui contribuent à la performance du secteur et qui rendent possible son évolution et sa transformation. Nous sommes allés à la rencontre des lauréats 2026 pour revenir sur leur parcours, leurs convictions et leur vision de l’assurance de demain. Nous avons échangé avec Charlotte Couallier, CEO et co-fondatrice de Dattak.
Pouvez-vous vous présenter en quelques mots et nous parler de votre parcours ?
Je suis Charlotte Couallier, CEO et co-fondatrice de Dattak. Rien ne me destinait à entreprendre : je viens d’une famille d’ouvriers bretonne, et la voie logique aurait été de rester dans un cadre sécurisé. Mais mes parents m’ont transmis le goût de l’effort, et très tôt j’ai été fascinée par la technologie, au point de coder mes week-ends dès 13 ans. Cette passion m’a menée à Télécom Paris, spécialisée en data et modélisation avant même qu’on parle de data science.
J’ai choisi l’assurance pour la donnée et pour son impact sociétal. J’y ai passé plus de quinze ans, notamment chez AXA comme Chief Business & Innovation Officer, où j’ai créé une Business Unit de zéro. C’est de l’intérieur que j’ai vu les limites du modèle traditionnel : face à des risques technologiques qui évoluent trop vite, l’assurance arrive souvent trop tard.
En 2021, j’ai fondé Dattak avec Damien Damamme, qui dirigeait le lab distribution d’Allianz. Nous venions tous les deux des grands noms de l’assurance, avec la même conviction : l’assurance seule ne suffit plus. Nous ne partons pas du contrat, nous partons du risque. Dattak combine assurance et cybersécurité dans un seul produit pour protéger les entreprises avant, pendant et après un incident. Nous protégeons déjà plus de 3 500 entreprises, nous sommes rentables en France, et nous attaquons notre développement à l’international.
Qu’est-ce qui vous plaît dans votre métier ?
Le fait d’être utile, concrètement. Quand une entreprise se fait attaquer, il y a un dirigeant, des salariés, parfois toute une activité qui peut s’arrêter du jour au lendemain. Pouvoir intervenir en quelques minutes, remettre une entreprise sur pied et l’indemniser rapidement, c’est très gratifiant.
Ce qui me plaît aussi, c’est de prouver qu’on peut faire de l’assurance autrement. On dit souvent que le cyber serait « inassurable ». Nous démontrons l’inverse : le risque devient assurable dès lors qu’il est compris, mesuré et piloté. Et puis il y a l’aventure entrepreneuriale et l’équipe : construire quelque chose à partir d’une feuille blanche, c’est ce qui me fait me lever le matin.
Si vous deviez expliquer votre métier à un enfant de 10 ans, que lui diriez-vous ?
Je lui dirais : imagine que ton entreprise, c’est une maison. Il y a des voleurs qui essaient d’entrer par les portes et les fenêtres pour voler ou tout casser. Mon métier, c’est d’abord de vérifier que les portes et les fenêtres sont bien fermées pour que les voleurs n’entrent pas. Et si jamais ils réussissent quand même à rentrer, on arrive très vite pour les faire partir, tout remettre en état et rembourser les dégâts ou les vols s’il y en a eu. La meilleure défense, c’est d’empêcher le cambriolage avant qu’il arrive.
Quelle idée reçue sur l’assurance aimeriez-vous faire disparaître ?
L’idée que l’assurance ne sert qu’à payer quand le pire est arrivé. Pour moi, un assureur ne devrait pas être utile uniquement le jour du sinistre. Notre promesse, c’est d’être utile même sans sinistre : audits, prévention, formation des salariés, outils de cybersécurité installés en continu.
L’autre idée reçue, c’est que l’assurance vendrait de la peur. Nous, c’est exactement l’inverse : nous ne vendons pas de la peur, nous vendons de la maîtrise. C’est comme le risque incendie : aujourd’hui personne ne discute le fait d’avoir des extincteurs et des détecteurs. Demain ce sera pareil en cybersécurité, et c’est l’assurance qui amènera les entreprises à prendre ces bons réflexes.
Quel conseil donneriez-vous à un jeune qui hésite à se lancer dans l’assurance ?
De dépasser le cliché. Beaucoup imaginent un secteur poussiéreux, c’est tout l’inverse. L’assurance est l’un des secteurs les plus passionnants pour qui s’intéresse à la tech, à la data, à l’IA ou aux nouveaux risques. Chez Dattak, la moitié de l’équipe est composée d’experts en cybersécurité et de développeurs : on ne ressemble pas à l’image qu’on se fait d’une compagnie d’assurance.
Mon conseil : choisissez un sujet qui bouge vite et où vous aurez de l’impact. L’assurance touche à l’économie réelle, à la protection des entreprises et des gens. C’est un secteur où l’on apprend énormément et où il reste énormément à réinventer.
Quelle place occupe la diversité et l’inclusion dans votre entreprise ?
C’est un sujet qui me tient particulièrement à cœur, parce que la cybersécurité est un secteur très masculin : moins de 8 % des métiers y sont occupés par des femmes. Chez Dattak, j’ai la chance d’avoir un Codir paritaire : ma directrice commerciale et ma directrice d’assurance sont deux femmes. Sur l’ensemble de l’entreprise, c’est plus difficile, et nous aimerions recruter davantage de femmes.
Je contribue aussi à mon échelle via l’association L’ImPact, qui aide les femmes des filières technologiques à entreprendre et à lever des fonds, quand on sait que moins de 8 % des fonds levés vont à des équipes féminines ou mixtes. Concrètement, l’inclusion c’est aussi anticiper les congés maternité comme une évidence, et non comme un frein à un poste à responsabilités.
Et la question que l’on aurait dû vous poser ?
« Le cyber est-il vraiment assurable ?» On nous l’oppose encore souvent. Ma réponse : oui, à condition de ne pas se contenter d’indemniser. Le risque devient assurable quand on le comprend, qu’on le mesure et qu’on agit dessus en amont. C’est pour ça que nous installons notre plateforme de cybersécurité par défaut chez tous nos assurés : elle réduit le risque d’attaque par sept. Sans ce premier rempart, aucun modèle assurantiel ne tient dans ladurée. Et c’est aussi ce qui nous permet d’être rentables dès le premier jour, là où beaucoup pensaient que c’était impossible.
En un mot, l’assurance pour vous c’est…
La maîtrise. Reprendre le contrôle sur des risques qu’on croyait subir, parce que la meilleure défense, c’est Dattak.
Préparez-vous, les Talents de l’assurance, organisé par Vovoxx Média, reviendront en mars 2027.Â
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