TikTok fait l’éducation financière d’Alex, mon collègue

Les finfluenceurs, sur le papier, ça semble bidon et ça ressemble à un épiphénomène pour la génération Z…

Dans la vraie vie, ça ressemble surtout au moment où mon collègue Alex débarque mardi dernier avec l’air de celui qui vient de percer un secret d’État, son téléphone brandi comme une torche olympique, pour vous annoncer qu’il a « enfin compris l’assurance vie ». Grâce à une vidéo de 58 secondes.

Alex, il faut le préciser, est quelqu’un de sérieux. Il a un livret A, un chat, et une opinion très tranchée sur les banquiers et les assureurs. Mais jusqu’ici, l’assurance vie, c’était pour lui quelque chose de vaguement réservé aux gens qui portent des chaussures de golf et lisent Le Revenu. Trop technique. Trop opaque. Trop… adulte. Et puis un soir, l’algorithme a frappé.

« Il m’explique tout en 60 secondes, c’est dingue »

Entre deux vidéos de chats et une recette de pasta, TikTok lui a glissé dans le fil un jeune homme en hoodie gris, assis dans ce qui ressemble à un bureau IKEA soigneusement mis en scène pour paraître spontané, qui lui expliquait que laisser son argent dormir sur un Livret A en 2025, c’était « littéralement offrir de l’argent ».

Alex a regardé jusqu’au bout. Puis la suivante. Puis encore une. À minuit passé, il avait compris les fonds en euros, les unités de compte, la fiscalité,…. Ce que des campagnes de communication institutionnelles n’avaient pas réussi à lui faire faire, un inconnu en sweat-shirt y était arrivé en cinq vidéos.

Le lendemain matin, donc, il m’expliquait tout ça. Comme le type dans la vidéo.

Le code promo qui change tout

Le moment le plus savoureux, et je pèse mes mots, c’est quand Alex m’a dit, avec le sérieux de quelqu’un qui vient de négocier une augmentation : « Et en plus, j’ai eu un code promo. » Un code promo. Pour ouvrir une assurance vie…

Je l’ai regardé. Il m’a regardé. Ni lui ni moi n’avions jamais imaginé que ces deux réalités pourraient coexister dans la même phrase. L’assurance vie, produit d’épargne de long terme, instrument de transmission patrimoniale, outil fiscal aux multiples facettes… et un code à sept caractères tapé à l’inscription pour avoir les frais réduits les six premiers mois.

Le finfluenceur avait son lien tracké. Alex avait son offre de bienvenue. Tout le monde était content. Le secteur venait, sans le savoir, d’acquérir un nouveau client de 34 ans qui n’avait jamais mis les pieds dans une agence bancaire pour parler d’épargne longue.

Ce que personne ne m’avait dit

Je ne vais pas faire semblant : quand j’ai ouvert ma première assurance vie, il y a quelques décénnies…, c’est après un rendez-vous d’une heure dans une agence où on m’a remis une brochure de 48 pages que j’ai parcourue vaguement en diagonale avant de signer quelque chose que je ne comprenais qu’à moitié.

Alex, lui, est arrivé avec des questions précises. Il connaissait ce que signifie ETF (Exchange Traded Fund). Il avait une opinion sur les frais de gestion. Il m’a demandé si j’avais comparé les fonds euros entre courtiers en ligne.

Je me suis senti légèrement dépassé par mon propre collègue, qui tenait son éducation financière d’un inconnu sur internet et d’une chaîne YouTube avec 130 000 abonnés dont je n’avais jamais entendu parler.

Le secteur qui regarde passer le train ?

Ce qui est fascinant et un peu vertigineux pour ceux qui travaillent dans l’assurance depuis longtemps, c’est la vitesse à laquelle tout ça s’est installé. Les finfluenceurs n’ont pas attendu l’autorisation du secteur. Ils ont juste… commencé à expliquer. Avec des mots simples. Des exemples concrets. Un ton qui ne surplombe pas. Et les gens ont commencé à écouter.

Pendant ce temps, certains acteurs traditionnels continuaient à produire des plaquettes commerciales dont la lisibilité est inversement proportionnelle à l’importance du sujet.

Alex n’a jamais lu une plaquette commerciale d’une assurance vie, de sa vie. Mais il a regardé 5 vidéos sur l’assurance vie en une soirée. Et le lendemain, il avait souscrit.

Du coup, Alex a aussi regardé des vidéos sur la prévoyance

La vraie surprise est venue une semaine plus tard. Alex est revenu, cette fois avec une question sur la prévoyance en cas d’arrêt de travail. Il avait vu une vidéo. Le type au hoodie gris avait apparemment des opinions sur tout.

Et là, j’ai réalisé un truc : ce n’est pas juste l’assurance vie qu’Alex avait découverte. C’est l’idée même de se préoccuper de sa protection financière. Le finfluenceur avait ouvert une porte que personne dans son entourage, ni sa banque, ni son employeur, ni ses parents, n’avait vraiment réussi à ouvrir avant.

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