Portrait : Jean-François Tripodi

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Jean-François Tripodi, Directeur Général – Carte Blanche Partenaires (au moment de l’interview et désormais Président de l’Association Réavie), dans le cadre du #3 magazine* “Dessine-moi l’assurance ” répondait à nos questions .
Jean-François, vous avez dirigé plusieurs entreprises, pourriez-vous nous en dire plus sur votre parcours professionnel ?

Arrivé en mutualité par pur hasard en 1984 pour informatiser La Mutuelle du Midi, une mutuelle marseillaise alors en traitement manuel, j’ai eu également la responsabilité du service de gestion et de développement individuel pour ensuite changer, et toujours sur Marseille, créer et développer Prado Mutuelle en1992. Le rapprochement de cette mutuelle avec de grands groupes a été le déclencheur de mon départ, et je suis « monté à Paris » diriger la Mutuelle Micom, en charge des mineurs de fond, au sein du groupe Carcom. Mon chemin professionnel m’a ensuite orienté vers la création et la Direction de la Santé au sein de la MFP que j’ai quitté rapidement pour créer la première plateforme de service santé et médico-social pour trois mutuelles de la fonction publique : Ligne claire en 2000. Une idée d’avant-garde, outre toute la partie conseil et accompagnement santé et social, nous devions apprendre par l’analyse des devis pour ensuite créer des réseaux de soins. Malheureusement, les actionnaires n’ont pas concrétisé leur volonté première de collaboration et le projet cible de réseaux de soins a été abandonné. Mon parcours m’a ensuite amené vers la création d’une société de conseil dans l’évaluation en santé, une superbe expérience en France et à l’étranger. Ensuite j’ai été Conseiller du Président de l’UGIM en 2008 ; qui avait alors comme stratégie de créer le premier groupe mutualiste de la fonction publique. Cette volonté n’a pas abouti et simultanément, il m’a été proposé de diriger Carte Blanche Partenaires et Garantie Assistance. Mon 1er jour de travail de cette nouvelle mission a été le 1er Avril 2010.

Avez-vous un souvenir particulièrement marquant ?

Mon souvenir le plus émouvant restera le premier appel téléphonique lors de l’ouverture de la plateforme Ligne claire. Une dame de 60 ans demandait de l’aide car battue par son conjoint. Tous les services se sont mobilisés immédiatement, je me souviens même de la conversation très musclée entre mon médecin conseil et le médecin traitant de cette dame. Celui-ci n’avait rien vu !

J’ai eu, dans une autre fonction, le plaisir de travailler directement avec vous, il y a bien longtemps. Au-delà de la connaissance parfaite des sujets que vous traitiez, ce que j’ai toujours constaté jusqu’à aujourd’hui, est votre réel engagement, votre détermination sans faille, votre capacité à rendre simple et faisable ce qui parait très compliqué, votre aptitude singulière à supprimer les obstacles. Quel est votre recette Jean-François ?

Toute ma famille a su progresser par le courage et la persévérance. Mon père, né en Calabre (Italie) est arrivé en France à l’âge de 4 ans avec ses parents et la fratrie.
Il est vrai que l’expérience apporte la connaissance, et que l’ouverture aux autres est indispensable. Rien ne peut se concrétiser sans collaborateurs impliqués, apportant une réelle valeur ajoutée et partageant les mêmes ambitions. Il faut savoir exprimer, convaincre et défendre, parfois dans l’adversité, ses convictions.  Il y a des situations qui demandent un certain courage professionnel, de ne jamais rien « lâcher », surtout lorsque l’on a la certitude d’être dans le vrai.

En principal, ce qui a été le fil rouge de mes convictions, de ma façon d’aborder les sujets, de définir des règles et des délais est au final le service rendu aux assurés. Une règle centrale, principale est de positionner l’assuré au premier plan, comme si l’Assuré avait un siège lors des décisions de conseils d’administration. L’assuré est constamment présent, nos engagements vont dans le sens de l’amélioration de son parcours de santé, de soins. De fait, toutes bonnes décisions pour l’assuré, a également un impact positif sur l’assureur.

L’engagement pour une entreprise et sa raison d’être, ne s’arrête pas le vendredi soir pour reprendre le lundi. L’engagement est intrinsèque à une personnalité, à ses convictions. Il faut donc également beaucoup de compréhension et surtout de soutien positif de ceux qui partagent nos vies. De ce point de vue, j’ai été très soutenu.

Le 1er avril 2010 vous êtes donc nommé au poste de directeur général de Carte Blanche Partenaires et Garantie Assistance, deux sociétés spécialisées en santé et assistance. Plus de 10 après comment mesurez-vous le chemin parcouru ?

La stratégie de Carte Blanche Partenaires a été murie et partagée par les premiers actionnaires SwissLife et Henner. Pour Garantie Assistance, l’objectif était de répondre à un besoin urgent : redresser et appliquer la nouvelle stratégie de l’actionnaire SwissLife et de se rapprocher d’un autre acteur. Cela a été finalisé en 2012.

Pour Carte Blanche Partenaires, 2010 a été une période de réflexion basée sur la valorisation du socle d’origine : partenariat et proximité, juste prix et qualité. L’année de mise en place de la nouvelle stratégie de développement et d’image prendra effet en 2012. Nous avions à ce moment deux actionnaires et quatre clients avec 2,3 millions de bénéficiaires. Au 1er janvier 2022, nous aurons 22 actionnaires et 54 clients représentant 12,5 millions de bénéficiaires. Nos clients directs étant essentiellement des mutuelles 45, des institutions de prévoyance, des compagnies d’assurance, des courtiers. Outre la performance commerciale, il faut retenir que ces chiffres reflètent la démonstration de la pertinence de notre modèle unique de réseau ouvert.

Avez-vous des regrets liés à cette période ?

Pour réussir, il faut tenter… quitte parfois à échouer. L’enjeu est de réussir le plus souvent possible !

Je suis intimement convaincu que notre objectif, dans le parcours de soins, ou mieux de santé, est de proposer les meilleurs soins au moindre coût. Pour donner un exemple d’échec : en audition nous avions lancé il y 6 ans le Parcours Auditif Coordonné qui avait pour objectif le partage d’informations entre l’audioprothésiste, le médecin spécialiste en Oto-Rhino-Laryngologie et le médecin traitant. Un succès d’estime, tout le monde applaudissait mais nous n’avons pas pu le mettre en place. Cet échec traduit peut être que nous n’étions à l’époque peut-être pas légitime ou que notre service était « trop en avance ». Pour 2022, je pense que Mon Espace Santé, espace numérique du service public, permettra cette coordination indispensable du parcours de santé pour tous les usagers.

Mais aussi, votre plus grande satisfaction ?

La réussite de Carte Blanche est une réelle satisfaction. Nous avons su apporter une réelle disruption dans le système avec une offre « 100% Santé » en optique avant l’heure et en plus qualitatif dès 2016, notre offre Prysme qui propose des montures et des verres de grande qualité, sans Reste à Charge pour les bénéficiaires. J’ai aussi été d’une certaine façon été précurseur en 2000 avec la création en 6 mois de Ligne Claire qui démarrant de rien, avait atteint 3,5 millions de personnes lorsque je l’ai quitté. Lors de son inauguration, à Rillieux-La-Pape, nous venions juste de terminer d’acheter, la veille, le petit matériel nécessaires à nos collaborateurs.

Vous avez transformé Carte Blanche Partenaires, certaines personnes m’ont même confié que vous avez été « au-delà de ce que l’on attendait de vous, en termes d’évolution, de croissance ». Quel est votre constat ?

Les objectifs nécessitaient d’apporter du dynamisme à toute l’équipe. Les actionnaires et le conseil d’administration m’ont toujours soutenu dans les projets innovants que nous souhaitions proposer aux bénéficiaires de nos clients. Votre question me rappelle un chantier majeur en 2015. J’avais analysé que notre organisation SI était un frein au développement commercial et des services. Alors en moins d’une année, avec le soutien des administrateurs, nous avons « détruit » le système existant et crée un SI 100 % propriétaire et fonctionnel, tout cela en ouvrant simultanément un nouveau réseau optique ! Nous sommes aujourd’hui la seule plateforme santé totalement autonome, avec une capacité d’évolution SI sans comparaison sur le marché.

Pour l’anecdote, je me souviens de l’appel téléphonique d’un DSI, d’un de nos actionnaires, qui alors, pensait que j’avais perdu la raison et qui était plus que dubitatif. Parfois, en complément des constats, il faut savoir avoir de l’instinct, supporté par l’expérience et une connaissance approfondie du secteur, associé à un certain pragmatisme dans le choix des moyens.

Sur un autre plan, Carte Blanche Partenaires était assoupie et souffrait d’un énorme déficit d’image. Il a fallu innover et dès 2012, l’innovation a été une formidable caisse de résonance pour notre communication auprès de nos clients, des professionnels de santé et de nos partenaires.

Nous sommes dans une période tourmentée, actuellement, pour l’assurance santé. Certains « fantasment » sur une « Grande Sécu », réduisant ainsi probablement le périmètre des assureurs santé complémentaires. Est-ce que cette fois-ci le contexte (covid, élection présidentielle à venir,…) pourrait faire de cette éventuelle menace pour les assureurs santé, une réalité ?

Le danger est réel, il ne faut pas le négliger. Il y a les grandes annonces politiques qui sont visibles mais il y aussi, et surtout, des actions concrètes législatives ou réglementaires qui encadrent de plus en plus l’action des assureurs santé.

Je ne crois pas au « grand soir » mais plutôt à une évolution constante et sournoise de l’encadrement qui pourrait arriver à une telle normalisation des assureurs santé qui ferait que la « Grande Sécu » deviendrait une évidence.

Comme je le disais précédemment, ce qu’il faut considérer en premier ce sont les assurés. Et là je suis inquiet car je ne vois pas comment la Sécurité sociale, tout particulièrement leur SI, pourrait évoluer pour répondre aux attentes des assurés, autant dans la diversité des niveaux de garantie que des services existants.

Vous connaissez parfaitement le secteur de l’assurance santé. Quels changements majeurs affectent en particulier le secteur de l’assurance santé à l’heure actuelle ?

Sans revenir sur la partie encadrement qui est majeure, je vois deux grands axes.

  1. Les regroupements « multi codes » qui créent des groupes de tailles importantes permettant ainsi d’optimiser à terme la gestion par le partage de moyens. Ce point est une forme de réponse aux accusations de certains sur des frais de gestion élevés.
  2. La mise en œuvre du numérique en santé par le gouvernement avec Mon Espace Santé. Un virage numérique à ne pas rater. Les assureurs santé et les plateformes comme Carte Blanche Partenaires doivent participer à ce beau projet. Il s’agit d’une belle opportunité pour accroitre l’utilisation de nos services par les assurés. Bien sûr à condition qu’il n’y ait pas de revirement politique sur ce sujet.

D’un point de vue stratégique, la transformation du métier des Assureurs santé est inéluctable. Ils doivent accélérer le passage du « seul » remboursement vers un univers serviciel étendu pour les assurés, et avec l’utilisation des services proposés par les plateformes santé, comme Carte Blanche Partenaires.

Au regard de vos années d’expérience, quels conseils amicaux pourriez-vous adresser aux dirigeants de ce secteur professionnel (assurance santé) ?

Je n’ai pas de conseils particuliers, juste quelques
observations. Je pense qu’il faut accélérer le temps entre la décision et la mise en place opérationnelle et qu’il ne faut pas avoir de fébrilité à installer rapidement et concrètement les services d’accompagnement santé.

Je pense qu’il faut aujourd’hui « casser » certaines méthodes de fonctionnement, avoir un rapport au temps différent et surtout savoir utiliser les savoir-faire professionnels externes : par exemple, et c’est la seule façon de le faire rapidement, avoir la volonté d’utiliser les solutions d’externalisation compétentes comme les nôtres pour la santé, celle de notre modèle de plateforme santé et de réseau ouvert.

Ma seule inquiétude étant que la concentration évoquée précédemment induit le ralentissement.

Votre santé a durement été altérée par le covid-19, vous revenez de loin… Comment allez-vous aujourd’hui ? Cette épreuve a été très dure pour vous, pour vos proches. D’un point de vue professionnel, vous « baignez » dans le secteur de la santé, est-ce que cette malheureuse séquence vous a appris quelque chose ?

Je vais très bien, malgré encore quelques séquelles respiratoires non gênantes dans la vie quotidienne. Être un patient permet de voir de prêt et dans le détail notre système de santé. J’ai constaté la véritable mobilisation des soignants, des aides-soignants et des infirmières, dans le soin mais aussi dans l’accompagnement. Malheureusement, le manque de moyens est réellement flagrant et les soignants sont contraints de compenser parfois avec des « bricolages maison ».

Vous habitez Carro, port de pêche, proche de Martigues, sur la Côte Bleue. Vous adorez cette région et allez désormais en profiter encore plus.  Comment ? Avez-vous des projets particuliers ?

Effectivement la retraite arrive ! En toute transparence je l’attends avec impatience. Je quitte Carte Blanche Partenaires en sachant que l’équipe en place est forte et maîtrise la stratégie mise en œuvre. Être absent toute la semaine, ou une partie depuis le covid, est parfois difficile à gérer.

Ma fille nous a donné deux petits-fils. Ils comptent avec impatience les jours qui les séparent de la retraite de leur Pépé. Mon occupation principale sera de m’occuper de ma famille.

Ce qui n’empêche pas que je compte m’investir : dans l’accompagnement des jeunes qui veulent s’engager dans la création d’une entreprise, et pourquoi pas apporter mes compétences dans des projets liés au secteur de la Santé ou de l’assurance. Si je peux aider, je le ferais.

Pour conclure, quelle question aimeriez-vous que je vous pose Jean-François ? et la réponse ?

J’aurais bien aimé que vous me posiez la question de savoir comment on passe de l’informatique, ma formation de base, un métier technique, à diriger une entreprise permettant de déployer des services souhaités par les usagers ? Comment il est possible de basculer de la technique « pure et dure » à un monde de service, pour retrouver l’humain ? Si vous m’aviez alors posé cette question, alors je vous aurais répondu simplement que la technique n’est pas une fin en soi, elle est simplement un moyen indispensable pour délivrer le service attendu par tous, au bon moment et au bon endroit. Le monde des services est dans le quotidien de tous, sur tous les sujets mais aussi, c’est une conviction profonde, sur la santé de chacun.

NDLR : le Directeur Général de Carte Blanche Partenaires est Philippe Drapierdepuis le 1er Février 2022.

*ITW du magazine « Dessine-moi l’Assurance », production Vovoxx, en Décembre 2021, que vous pouvez télécharger gratuitement et sans laisser de datas. Le #4 de ce magazine est prévu pour Mai/Juin 2022.

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