L’échec des robots d’assistance santé ?

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Si l’émergence de la robotique dans le domaine de la santé n’est pas nouvelle, celle-ci gagne de plus en plus de visibilité au fil des années. Outre l’apparition des exosquelettes et des robots en chirurgie, l’assistance aux personnes malades ou dépendantes constitue pour les start-ups françaises comme les mutuelles Santé un vaste champ d’investigations. Si ces robots d’assistance rendent des services essentiellement matériels, leur évolution vers une dimension plus « humaine » se profile à l’horizon. Ayant multiplié les expérimentations ces dernières années, plusieurs mutuelles Santé ont investi et croient dans ce potentiel. Cependant, toutes n’ont pas été couronnées de succès.
Les expérimentations « made in France » : le robot Kompaï investit les EHPAD

Au Pays basque, la start-up Kompaï Robotics travaille depuis plusieurs années sur le développement d’un robot d’assistance aux personnes. Ce projet a déjà fait l’objet d’expérimentations en France en partenariat avec la mutuelle Intériale et le groupe mutualiste IMA. La dernière version du robot est actuellement expérimentée à titre pilote au sein d’un EHPAD de la région.

Pouvant se déplacer de façon autonome à l’aide de capteurs, le robot Kompaï (« compagnon » en basque) effectue des tournées selon la cartographie de l’établissement qu’il a enregistrée au préalable. Il détecte les personnes, les animaux et les objets. D’après l’animatrice robotique de Kompaï, Marina Jallabert, il a d’abord une fonction de surveillance : « Les soignants voient ce que voit le robot. Il déambule dans l’établissement, et, au besoin, on peut prendre le contrôle à distance ». Mais ce robot peut aussi remplir un rôle de divertissement, par exemple en diffusant de la musique.

Ce robot reste en perfectionnement comme le confirme Marina Jallabert : « on travaille sur la détection des chutes. Le robot sait quand il est en présence d’une personne, et si elle est debout ou non. » Un système de déambulation est aussi à l’épreuve : « l’idée est de pouvoir faire de la marche guidée. Le robot pourra amener des personnes, à leur rythme, là où elles le souhaitent. »

Les concepteurs du robot soulignent que le personnel des établissements se voit déchargé de différentes tâches techniques, leur permettant d’accorder davantage de temps au relationnel, à l’écoute des résidents. Ecartant toute idée de concurrence entre le robot et les êtres humains, la start-up joue la carte de la complémentarité : « Par exemple, quand un soignant doit conduire 30 personnes à la salle à manger, c’est quelque chose qui peut être aidé par le robot. » Le robot peut ainsi pallier certaines difficultés liées au recrutement ou au manque de personnel dans les établissements, sachant qu’il faut compter environ 20 000 € par robot.

Si ce robot est ici expérimenté au sein d’une maison de retraite, son potentiel reste très large, loin de se limiter aux tâches manuelles ou mécaniques. Propositions de jeux faisant appel à la mémoire, appels vidéo avec des proches, partages de photos, rappel des prises de médicaments : c’est un véritable rôle de maintien du lien social qui est envisagé.

Il ne s’agit pas pour l’instant de brûler les étapes : « On n’est qu’au début de la robotique dans les établissements de santé », évalue Marina Jallabert. Pour le moment, des robots Kompaï ont été vendus à trois autres EHPAD en France, ainsi que tout récemment au Québec et en Allemagne.

L’échec du robot Pepper, censé faciliter le retour à domicile des seniors

Parmi les espoirs déçus figure le robot Pepper, symbole de la French Tech créé par l’entreprise française Aldebaran, rachetée depuis par la société japonaise Softbank. Censé faciliter les interactions entre humains et robots grâce à son allure humanoïde sympathique, utilisé aussi bien dans les salons, les halls d’accueil des entreprises, les gares ou les EHPAD, il n’a pas su convaincre sa clientèle. Pourtant en 2019, la Fondation Mutuelle générale et la Carsat Languedoc-Roussillon avaient financé une étude ambitieuse, réalisée par l’équipe de la clinique mutualiste Beau-Soleil de Montpellier : à leur sortie d’hospitalisation, les personnes âgées étaient accompagnées par le robot Pepper afin de faciliter leur réintégration à domicile et maintenir leur autonomie.

Le robot Pepper avait ainsi pour mission de s’assurer de la bonne alimentation de la personne, l’invitant à s’hydrater régulièrement et lui rappelant les heures de prise des médicaments. Il pouvait aussi proposer des activités ludiques, donner la météo et rendre différents services d’assistance de vie. Un système d’alerte était également prévu en cas de f ortes douleurs physique ou même d’un moral défaillant de la personne concernée. « Il s’agit notamment de déterminer pour l’avenir les missions qui pourraient être confiées à des robots et celles que l’on ne souhaite pas leur laisser », expliquait à l’époque le Dr Emilie Guettard, spécialiste de médecine physique et de réadaptation au sein de la clinique montpelliéraine.

Malgré ces belles promesses, le robot Pepper n’a jamais su trouver sa place d’un point de vue commercial. Malgré son design attractif et sa capacité à détecter les émotions de ses interlocuteurs, le robot n’a pas convaincu lorsqu’il s’est agi de lui faire accomplir des missions plus poussées. Muni d’un simple écran tactile, il ne présentait au final guère de valeur ajoutée par rapport à une simple borne interactive.  Faute de ventes suffisantes, le groupe Softbank a annoncé en juin dernier la fin de sa production, accompagnée d’un plan social menaçant la moitié des 330 emplois de sa filiale européenne. Depuis, des négociations sont en cours en vue d’une reprise par le groupe allemand United Robotics Group.

Si cet échec invite à réfléchir sur nos réels besoins en matière d’accompagnement, il ne saurait remettre en cause le potentiel immense de la robotique dans ce domaine, qui ne se limite d’ailleurs pas à la prise en charge des personnes âgées.

Joe, un robot-compagnon à domicile pour les enfants malades

En 2018, la mutuelle Solimut soutenait la création du robot Joe, conçu par la start-up lyonnaise Ludocare. Ce robot a d’abord servi de compagnon pour les enfants souffrant d’asthme chronique, rappelant à ces derniers les heures de prise des médicaments tout en leur proposant divers jeux et récompenses. Ayant la capacité de raconter des histoires, le robot permet aussi de rassurer à distance les parents, par l’envoi de notifications sur leur smartphone. Loin d’être futile, la conception de ce robot répondait à un enjeu important : trois hospitalisations sur quatre pourraient être évitées si les enfants asthmatiques suivaient bien leur traitement.

Depuis, le champ d’action de Joe s’est élargi aux enfants souffrant de mucoviscidose, Ludocare affichant des résultats probants : à l’issue de la première semaine d’utilisation, 90% des patients amélioreraient leurs prises de traitement. La start-up a mis au point un autre robot, Léo, prenant en charge les maladies rares, les deux robots étant commercialisés sous forme d’abonnement mensuel, avec différentes formules. Ces robots sont ici proposés directement aux particuliers, sachant que leur prise en charge par les mutuelles santé n’est encore qu’occasionnelle, au cas par cas.

L’humain reste une donnée essentielle

A ce jour, tous les acteurs de ce nouveau marché restent unanimes pour indiquer que les robots d’assistance ne sauraient remplacer les relations humaines, la proximité et les attentions personnalisées. Au contraire, leurs discours consistent à souligner la complémentarité des rôles, les tâches effectuées par les robots déchargeant le personnel humain, lui permettant ainsi de consacrer plus de temps à l’échange, l’écoute et la proximité.

Il est cependant à noter que les fonctionnalités des robots ne se bornent pas à l’exécution de tâches mécaniques mais tendent à intégrer une dimension « sociale » de plus en plus poussée, interagissant sur le comportement des patients, qu’il s’agisse de les inciter à prendre leurs médicaments ou à leur proposer des jeux. Les robots d’assistance sont déjà aujourd’hui des robots « sociaux », et tendront à le devenir de plus en plus.

Une prise en charge encore opaque par les organismes d’assurance Santé

Ces technologies restent pour l’heure onéreuses, leur prise en charge par l’assurance-maladie et les mutuelles étant encore très faible. Si les mutuelles investissent et soutiennent en amont différents projets innovants, très peu ont encore franchi le stade d’afficher ouvertement dans leurs catalogues de produits une prise en charge de la robotique à domicile. Les concepteurs des robots, notamment Ludocare pour ses robots Joe et Léo, invitent cependant leurs clients particuliers à démarcher leurs mutuelles à ce sujet.

En revanche dans le domaine de l’assurance, certains acteurs n’ont pas attendu pour s’emparer de ce marché : c’est le cas de Neotech-Assurances, courtier spécialisé dans la gestion des risques et des assurances des sociétés de haute technologie. Parmi ses prestations, figure une véritable « Assurance Robot » destinée aussi bien aux entreprises qu’aux particuliers, l’assureur revendiquant avoir conçu « la première assurance Robot qui vous indemnise des dommages subis par votre robot et vous protège des risques générés par ce dernier. »

Indemnisation des frais de réparation, robot de remplacement en cas de panne, assurance tous risques et protection juridique : la formule d’assurance proposée ressemblerait à s’y méprendre à une formule d’assurance automobile, incluant également la protection des données personnelles enregistrées par le robot.

L’avenir dira si les autres assureurs et les mutuelles Santé s’engouffreront dans cette brèche, en généralisant des offres de prise en charge ou d’assurance pour ces robots. En attendant, afin de communiquer sur son assurance Robot, Neotech diffuse sur son site Internet un message digne d’un teaser de film de science-fiction : « le droit du robot est né. »

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