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Lionel Corre et la transformation de l’assurance

La transformation de l’entreprise est probablement assez protéïforme. Il peut s’agir de la transformation de sa gouvernance ou de son organisation, de son rôle sociétal et environnemental, de la dimension produit et servicielle, des systèmes d’information et de l’intégration des nouvelles technologies, de la distribution et la relation clients, de la mutation/hybridation des compétences, du modèle économique,… .
Lionel Corre dans notre secteur « se transformer », selon vous est-ce seulement changer, évoluer, s’adapter, ou devenir autre chose, devenir autre ? Pourquoi ?    

Je pense que l’assurance n’a jamais vécu de transformation aussi profonde et aussi rapide que celle qu’elle vit aujourd’hui. Cette transformation ne l’amène pas à devenir autre, en ce que son cœur de métier historique, le portage du risque, n’est pas remis en cause. Mais elle l’amène à devenir plurielle, plus riche, plus vaste. L’assurance d’hier partageait le risque, mutualisait, indemnisait lorsqu’il le fallait. L’excellence se mesurait à la capacité à apprécier et piloter son risque, à la qualité des placements et de l’adossement, et à la qualité du service client en matière d’indemnisation.

Tout cela reste vrai. Mais l’assurance qui se dessine aujourd’hui va bien au-delà et ira bien au-delà. C’est une assurance qui accompagne l’assuré, qui s’investit fortement dans la prévention du risque, qui assiste quand le risque survient, qui s’érige en offreur de service de confiance à des moments clés de la vie.

Ce mouvement touche tous les pans de l’assurance. L’assurance de dommage des particuliers inclut davantage de prévention et s’adapte aux usages. L’assurance des entreprises donne lieu à un accompagnement toujours plus dense de l’assureur et plus souvent du distributeur, a fortiori pour des risques en forte croissance comme le cyber. L’assurance-vie passe du produit « couteau-suisse » censé convenir à tout le monde à une offre diversifiée qui doit s’adapter à l’épargnant, lequel doit être accompagné dans ses choix.

L’assurance était le métier du temps long, c’est maintenant aussi un métier de l’innovation. Les modèles d’affaires évoluent et les frontières entre les métiers s’estompent. Certains courtiers deviennent « grossistes » et finalement à bien des égards plus proches de l’assureur que du distributeur, les start-ups fleurissent et de nouveaux assureurs, chose inédite depuis plusieurs décennies, se créent et se font agréer dans notre pays.

Enfin, l’assurance se préoccupe plus que jamais aujourd’hui de son impact sur la société. En tant que porteur de risque, en tant qu’investisseur, en tant qu’offreur de service, en tant qu’acteur engagé de premier plan de notre économie. Les sociétés deviennent « à mission ». L’investissement devient socialement responsable, environnemental, solidaire. Et la nécessaire articulation avec l’action des pouvoirs publics est aujourd’hui une évidence.

Pour vous la transformation d’une entreprise est-elle un processus fini et planifiable, ou un mouvement perpétuel ? Pourquoi ?  

La transformation de l’assurance s’accompagne d’une transformation de l’entreprise. Qu’elle soit mutuelle, paritaire, capitaliste, qu’elle porte le risque, qu’elle distribue ou conseille, l’entreprise de l’assurance se repositionne et évolue. L’entreprise est vivante : ce processus n’a pas vocation à finir, surtout en assurance. Il est nécessairement perpétuel, et il doit l’être, même si l’assurance est l’une des activités, si ce n’est l’activité, qui a le plus de temps devant elle.

A cet égard, la capacité à se projeter dans le temps long et à absorber les chocs doit rester une force de l’assurance, au service des assurés et de toute notre économie. Mais elle ne doit pas devenir une malédiction à l’heure où le temps s’accélère et que celui de la transformation est venu.

Vous faites partie des 50 transformers* du secteur de l’assurance. Les professionnels ont probablement signifié votre capacité à porter des convictions, donner de nouvelles directions, à initier/piloter des transformations, à incarner le mouvement … . D’un point de vue professionnel, quels sont les ingrédients indispensables à la transformation d’une entreprise du secteur de l’assurance ? Pourquoi ?

En tant que représentant des pouvoirs publics et régulateur de l’assurance, je me garderais bien de donner des recettes et encore moins des leçons aux entreprises du secteur quant à leur transformation.

Pour autant, je pense que la transformation sera d’autant plus réussie et au bénéfice de l’assurance et des assurés français et européens qu’elle sera anticipée et que les enjeux collectifs seront identifiés le plus tôt possible et partagés avec les pouvoirs publics. Par notre rôle transversal au Trésor, nous tâchons d’avoir cette vision, mais elle ne peut se nourrir que de la vision et de l’expérience de chacune des entreprises du secteur : assureur, réassureur, courtier, agent général, conseil, société de service et plus généralement toutes celles qui contribuent au quotidien à cette activité. Notre rôle est d’adapter les règles aux évolutions tout en les guidant, un peu, dans un sens conforme à nos enjeux de politique publique. Mais les principaux artisans de la transformation resteront les entreprises du secteur, aux côtés desquelles nous nous tenons.

Réalisé le 08/07/2021 – Jean-Luc GambeyVovoxx

*Lionel Corre est dans la communauté des 50 “Transformers” de l’Assurance.

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