Dans un nouveau rapport intitulé « Le boom de la construction des centres de données : risques et tendances en matière de sinistres », Allianz Commercial livre une analyse très complète sur les risques associés à l’explosion de ces infrastructures.
Face à un secteur transformé par l’intelligence artificielle, l’assureur détaille comment les centres de données, longtemps assimilés à de simples actifs immobiliers, sont devenus une infrastructure critique, et pose les bases d’une approche renouvelée de la souscription, de l’évaluation des risques et de la gestion des sinistres.
À retenir :
- Les investissements mondiaux dans les centres de données pourraient dépasser 1 000 milliards de dollars américains dès 2027, contre environ 500 milliards en 2024.
- Près de 80 % de la capacité mondiale des centres de données se situe dans des zones exposées à un risque accru de catastrophes naturelles.
- L’incendie représente 59 % de la valeur des sinistres analysés par Allianz Commercial, tandis que les dégâts des eaux en sont la cause la plus fréquente.
- Le marché mondial de l’assurance des centres de données devrait plus que doubler d’ici 2030, passant d’environ 11 à plus de 24 milliards de dollars américains.
Un cycle d’investissement sans précédent
L’intelligence artificielle est à l’origine de l’un des plus importants cycles d’investissement dans les infrastructures depuis des décennies. Selon Allianz Commercial, les investissements annuels dans les centres de données devraient doubler, passant d’environ 500 milliards de dollars américains en 2024 à plus de 1 000 milliards dès 2027, pour approcher 1 600 milliards d’ici 2030. Ces montants ne concernent pas uniquement les salles de serveurs : ils englobent aussi la production d’électricité, les infrastructures de réseau, le refroidissement et les semi-conducteurs.
Ce mouvement se mondialise. Les États-Unis et la Chine devraient représenter environ 62 % des nouvelles capacités installées à l’échelle mondiale d’ici 2030. En Europe, l’Allemagne, le Royaume-Uni et l’Irlande restent des marchés majeurs, mais une expansion plus rapide est attendue en Espagne, en Finlande et au Danemark, où l’approvisionnement en électricité et les conditions d’autorisation sont plus favorables.
En Asie-Pacifique hors Chine, la capacité installée devrait passer d’environ 9 GW aujourd’hui à plus de 28 GW d’ici 2030, la Malaisie voyant sa capacité multipliée par plus de dix.
D’un actif immobilier classique à une infrastructure critique
Le profil de risque change de nature. Ce qui n’était, il y a quelques années encore, que des entrepôts relativement simples se transforme en vastes campus multi-étages, à forte densité d’équipements, dotés de production électrique sur site, de systèmes de refroidissement avancés et d’une dépendance étroite aux réseaux électriques, à l’approvisionnement en eau et à la connectivité de données.
La complexité de la construction constitue une source de risque majeure : charges structurelles élevées, calendriers compressés, modifications tardives de conception, équipements prototypes ou de seconde main, conditions de sol difficiles.
La phase d’essais et de mise en service est particulièrement critique, car c’est à ce moment que les systèmes sont mis en service pour la première fois et poussés près de leurs limites opérationnelles : des défauts latents ou des erreurs mineures peuvent alors se transformer en sinistres majeurs.
L’intégration croissante de batteries lithium-ion, parfois directement dans les baies de serveurs, ajoute une nouvelle exposition au feu : un incident isolé peut dégénérer en « emballement thermique », un incendie auto-entretenu à très haute température, particulièrement difficile à maîtriser.
Par ailleurs, près de 80 % de la capacité mondiale des centres de données est déjà implantée dans des zones exposées à un risque accru de catastrophes naturelles (inondations, feux de forêt, tempêtes convectives), et 54 % est confrontée à des conditions chroniques de chaleur et de sécheresse.
Incendie, dégâts des eaux, catastrophes naturelles : la cartographie des sinistres
L’analyse menée par Allianz Commercial sur 221 sinistres du secteur, représentant une valeur totale d’environ 677 millions d’euros, dessine une hiérarchie claire des risques. En fréquence, les dégâts des eaux arrivent en tête, suivis des actes intentionnels (criminalité et cyber-incidents inclus), de l’incendie et des pannes d’équipement. En gravité, en revanche, l’incendie domine très largement : il représente 59 % de la valeur totale des sinistres analysés, loin devant les catastrophes naturelles, les actes intentionnels et les coupures de courant.
L’interruption d’activité, couverte par les polices dommages aux biens, constitue le principal facteur de gravité par branche d’assurance, la construction arrivant en deuxième position et les lignes financières en troisième. Géographiquement, l’Europe concentre la plus grande part des sinistres en nombre (53 %), suivie des États-Unis (36 %) et de l’Asie (8 %). En valeur, l’Europe reste en tête (38 %), mais l’Amérique du Nord la talonne (36 %), l’Asie représentant 21 %.
Les délais de reconstitution s’allongent également sous l’effet des tensions sur la chaîne d’approvisionnement : les délais de livraison peuvent atteindre 80 semaines pour les postes de commutation à moyenne tension et 50 semaines pour les transformateurs, ce qui prolonge d’autant les périodes de remise en service et alourdit les coûts d’interruption d’activité.
Le risque d’accumulation, défi central pour les souscripteurs
Les campus hyperscale et de colocation, vastes regroupements de centres de données conçus pour faire face à l’explosion mondiale du stockage et de la puissance de calcul, concentrent en un même lieu physique ou opérationnel, des opérateurs, plusieurs locataires, des chantiers de construction, des serveurs et des infrastructures techniques partagées.
Un seul événement peut ainsi déclencher des sinistres sur plusieurs polices à la fois dommages aux biens, construction, perte d’exploitation, responsabilité civile, cyber et lignes financières. Des études de cas réels montrent que, dans des installations hyperscale, des dommages aux systèmes de refroidissement externes, un incendie lié à des travaux à chaud, ou un retard de mise en service causé par des perturbations électriques ont chacun généré des pertes comprises entre 50 et 100 millions de dollars américains.
Vers une approche coordonnée de l’assurance
Face à cette complexité, Allianz Commercial souligne que l’assurance ne peut plus se limiter à la seule protection des actifs physiques : elle devient un maillon essentiel du financement et de la résilience opérationnelle des projets d’IA. Une couverture complète est désormais une condition préalable au financement de nombreux projets de grande envergure, dont les coûts de construction peuvent dépasser 20 milliards de dollars pour un seul campus.
Trois évolutions structurelles redessinent la souscription selon le rapport: elle devient davantage pilotée par l’ingénierie, du fait de la rapidité d’évolution du secteur face à des données de sinistralité encore limitées ; les assureurs interviennent plus en amont, en associant transfert de risque, conseil en ingénierie et planification de la continuité d’activité ; enfin, le risque de concentration s’impose comme l’enjeu central de la souscription.
Pour les expositions les plus importantes et les plus complexes, des solutions alternatives de transfert de risque : structurées, captives ou paramétriques, jouent un rôle croissant, aux côtés des programmes d’assurance traditionnels associant dommages aux biens, construction, ingénierie, perte d’exploitation, cyber et responsabilité civile.
Le marché mondial de l’assurance des centres de données devrait ainsi plus que doubler d’ici 2030, passant d’environ 11 milliards à plus de 24 milliards de dollars américains, porté par l’expansion des capacités, la hausse des valeurs assurées et la complexité opérationnelle croissante du secteur.
Source : Allianz Commercial, « Le boom de la construction des centres de données : risques et tendances en matière de sinistres », août 2026 – Paris, 12 août 2026.

