La 5e Journée nationale de la résilience, le 13 octobre, a été l’occasion pour plusieurs acteurs de l’assurance de rendre publiques leurs initiatives.
Baromètre sur la préparation des Français face aux inondations, soutien à un lieu de formation aux risques à Paris, fonds d’investissement dans la prévention, panorama des risques d’entreprise : tous font de la prévention un levier pour préserver l’assurabilité.
À retenir
- Seuls 42 % des Français se sentiraient suffisamment préparés si une inondation survenait près de chez eux dans les 24 heures, selon le 6e baromètre d’Assurance Prévention. 20 % disposent d’un kit d’urgence.
- GMF soutient le Campus de la résilience, nouveau lieu de sensibilisation et de formation de plus de 400 m² ouvert à Paris
- La CCR annonce 50 M€ supplémentaires pour sa stratégie d’investissement dans la prévention des catastrophes naturelles, avec cinq nouveaux investisseurs dont Generali, Matmut, Crédit Agricole Assurances et Société Générale Assurances. Le total atteint 150 M€.
- Dans son Panorama 2027, le courtier Verlingue observe une détente du marché IARD, mais une sélectivité accrue selon la qualité de la prévention mise en œuvre par les entreprises.
- Au Parlement, le texte de la commission des finances du Sénat sur l’adaptation au changement climatique prévoit une indemnisation catastrophes naturelles permettant une réparation « résiliente ».
Organisée chaque 13 octobre par les ministères de l’Intérieur et de la Transition écologique, la Journée nationale de la résilience (JNR) en est à sa cinquième édition. Son objectif est de faire de chaque citoyen « un acteur de sa propre sécurité ». Plus de 12 000 actions étaient déjà labellisées pour l’édition 2026, et plus de 40 000 ont été menées depuis le lancement du dispositif, selon Maire-info.
Le contexte est chargé. Les inondations ont de nouveau marqué l’année 2026, avec des épisodes importants dans l’Ouest, la Vienne, les Alpes-Maritimes et le Var, puis de fortes pluies cévenoles dans le Gard et l’Hérault, accompagnées de coulées de boue. Pour le secteur de l’assurance, la résilience recouvre plusieurs réalités : la préparation des particuliers, la diffusion d’une culture du risque, le financement de solutions de prévention et l’adaptation des programmes d’assurance des entreprises.
Inondations : les Français savent, mais se préparent peu
À l’occasion de la JNR, l’association Assurance Prévention, qui porte les actions de prévention de France Assureurs, a publié la 6e édition de son baromètre sur le comportement des Français face au risque d’inondation. L’étude a été réalisée en ligne par Toluna Harris Interactive du 11 au 15 septembre 2026 auprès de 3 254 personnes représentatives de la population française âgée de 18 ans et plus.
Près d’un Français sur deux (48 %) a déjà été confronté à une inondation, directement, par l’intermédiaire d’un proche ou dans sa zone d’habitation. 72 % estiment que les inondations ont causé davantage de dégâts en France au cours des douze derniers mois, mais seuls 34 % font le même constat pour leur propre région.
L’inquiétude recule. 31 % des Français citent les inondations parmi les risques naturels qui les préoccupent le plus, contre 37 % en 2025 et 45 % en 2024, alors que les canicules et les feux de forêt occupent une place croissante dans leurs craintes. Parmi ceux qui constatent une aggravation des dégâts sans placer les inondations parmi leurs préoccupations principales, 46 % estiment ne pas vivre en zone à risque.
Si 55 % des Français pensent savoir quoi faire en cas d’inondation, seuls 42 % se sentiraient suffisamment préparés si une inondation touchait leur zone d’habitation dans les 24 heures. Ce taux n’atteint que 62 % chez ceux qui ont déjà été personnellement confrontés à une inondation. Les mesures de protection restent peu répandues :
- 20 % disposent d’un kit d’urgence prêt à l’usage ;
- 16 % ont aménagé une zone refuge en hauteur ;
- 13 % ont complété un Plan individuel de mise en sûreté (PIMS).
Chez les personnes ayant déjà vécu une inondation, 74 % estiment avoir adopté les bons comportements, contre 83 % en 2025. Certains réflexes sont acquis : 76 % ont évité les zones où l’eau montait, 74 % ont suivi les informations en direct et 71 % n’ont pas pris leur voiture. D’autres comportements à risque persistent : 55 % des parents concernés sont allés chercher leurs enfants à l’école et 48 % ont rassemblé les membres de leur foyer à domicile, même au prix d’un déplacement. Parmi ceux qui reconnaissent ne pas avoir eu les bons gestes, 52 % n’ont pas coupé l’électricité ou le gaz, 35 % n’ont pas signalé leur localisation et 29 % ont pris leur voiture.
« Notre étude met en évidence un décalage entre la connaissance du risque et la préparation concrète des Français : les bons réflexes sont connus, mais encore trop peu appliqués. […] Le fait que 42 % envisagent [de préparer un kit d’urgence] est cependant un signe encourageant. Il faut maintenant passer de l’intention à l’action », déclare Alain-Marc Chesnier, président de la commission Accidents de la vie courante et risques naturels d’Assurance Prévention.
L’association déploie, pour la sixième année consécutive, une campagne dans les médias et sur les réseaux sociaux, labellisée « Face aux risques, agissons » par l’État. France Assureurs précise qu’une déclinaison régionale a été réalisée en Bretagne, où 38 % des habitants se disent prêts, contre 42 % au niveau national. Deux journées de terrain ont été organisées avec la Mission Risques Naturels (MRN) : le 14 octobre à Saint-Grégoire (Ille-et-Vilaine) et le 15 octobre à Montgeron (Essonne). Cette commune, fortement touchée par les inondations en 2024, y a accueilli un atelier pédagogique « Maison inondée ». La fédération indique également avoir contribué au guide inondation du ministère de la Culture destiné aux musées de France.
GMF s’associe au Campus de la résilience
Le même esprit de transmission anime le Campus de la résilience, nouveau lieu créé par la Protection Civile Paris Seine, la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris et la Ville de Paris, et dont GMF (groupe Covéa) est partenaire. L’assureur l’a annoncé le 15 octobre.
Installé au 97 rue Balard, dans le 15e arrondissement de Paris, le Campus occupe plus de 400 m². Il est ouvert au grand public, aux scolaires, aux entreprises, aux collectivités et au monde académique. Il proposera des formations aux premiers secours, des ateliers pédagogiques, des dispositifs immersifs, des conférences et des exercices pratiques sur les risques climatiques, domestiques et routiers, ainsi que sur la gestion de crise.
GMF inscrit ce soutien dans sa mission d’assureur, qui consiste à accompagner ses sociétaires « avant, pendant et après les sinistres ». « Protéger, c’est aussi permettre à chacun de mieux anticiper les risques. […] Parce qu’une société mieux informée est aussi une société mieux protégée », souligne Béatrice Savouré, directrice générale de GMF.
150 M€ pour investir dans la prévention
Les assureurs financent aussi la prévention. Le 16 octobre, la Caisse centrale de réassurance (CCR) a annoncé que sa stratégie d’investissement dans la prévention des catastrophes naturelles accueillait cinq nouveaux investisseurs : la Banque des Territoires, Société Générale Assurances, Crédit Agricole Assurances, Generali et le groupe Matmut. Ces derniers apportent 50 M€ via un fonds miroir, dont 30 % par la Banque des Territoires. Ce fonds investit aux côtés du Climate Change Resilience Fund (CCR-F), lancé par la CCR en septembre 2024 avec 100 M€. L’ensemble atteint 150 M€, sous gestion de Starquest.
Les fonds ciblent des entreprises proposant des solutions mesurables pour comprendre, anticiper et prévenir les catastrophes naturelles ou en réduire l’impact : modélisation des risques, protection contre les inondations, systèmes d’alerte précoce, reconstruction résiliente. Trois premiers investissements ont été réalisés. Pour Édouard Vieillefond, directeur général de la CCR, ces investissements doivent contribuer à « réduire le coût futur des sinistres » et à protéger « l’assurabilité des Français, des entreprises et des collectivités ».
Entreprises : la prévention devient un levier de négociation
Côté entreprises, le courtier Verlingue (groupe Adelaïde) a publié le 12 octobre la deuxième édition de son Panorama de l’assurance, consacré aux enjeux de 2027 et placé sous le signe de la prévention et de la résilience.
Après plusieurs années de durcissement, le marché retrouve des capacités et une concurrence plus favorable aux assurés. En IARD, les renouvellements 2027 devraient offrir une fenêtre pour retravailler les programmes, optimiser les garanties, revoir les franchises ou remettre certaines positions en concurrence. Cette détente reste sélective : les assureurs différencient leurs conditions selon la qualité des risques, leur sinistralité et les dispositifs de prévention en place. Les entreprises qui documentent leurs expositions disposent des meilleurs leviers de négociation.
Le risque, lui, se complexifie. Verlingue rappelle qu’en 2025, les catastrophes naturelles ont généré 107 milliards de dollars de pertes assurées dans le monde. Le cyber illustre le paradoxe du moment : les tarifs restent très concurrentiels alors que 38 % des entreprises interrogées en font leur première menace. Selon le courtier, les entreprises victimes d’une attaque susceptible d’affecter leur réputation perdent en moyenne 27 % de leur valeur actionnariale. L’automobile et la construction restent sous tension.
« Le prix de l’assurance et celui du risque ne racontent pas toujours la même histoire. Notre rôle est d’aider les entreprises à passer de la réparation à l’anticipation, en identifiant le risque à prévenir, celui à conserver et celui à transférer », résume Vincent Harel, directeur général de Verlingue.
Vers une indemnisation de la reconstruction résiliente
La résilience entre aussi dans le droit de l’assurance. La commission des finances du Sénat a établi, le 14 octobre 2026, son texte sur la proposition de loi adoptée par l’Assemblée nationale visant à reconnaître une politique nationale d’adaptation au changement climatique. D’après l’analyse qu’en publie le cabinet Kohen Avocats, le texte permettrait, après reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle, une indemnité supérieure à la valeur du bien afin de financer une réparation résiliente. L’assureur ne pourrait plus subordonner le versement à une reconstruction à l’identique. En cas de refus de l’assuré, la franchise pourrait être majorée pour les sinistres suivants. Le taux de la surprime catastrophes naturelles serait réexaminé au moins tous les cinq ans, après avis de la CCR.
Le texte n’est à ce stade ni adopté définitivement ni promulgué, et plusieurs de ses dispositions renvoient à des décrets en Conseil d’État.
Sources
- Assurance Prévention, communiqué du 13 octobre 2026, « Seuls 42 % des Français se sentent prêts à faire face à une inondation imminente » ; conseils : assurance-prevention.fr/reagir-inondation
- France Assureurs, « JNR 2026 : France Assureurs mobilisée face aux inondations », 13 octobre 2026
- GMF, communiqué du 15 octobre 2026, « GMF s’engage pour sensibiliser à la prévention des risques avec le Campus de la résilience »
- CCR, « Prévention des catastrophes naturelles : la stratégie d’investissement initiée par CCR rassemble cinq nouveaux investisseurs », 16 octobre 2026
- Verlingue, communiqué du 12 octobre 2026, « Verlingue publie son Panorama 2027 »
- Maire-info, « Journée nationale de la résilience : une mobilisation pour les citoyens et les collectivités », 13 octobre 2026
- Kohen Avocats, « Adaptation climatique et assurance catastrophe naturelle : ce que le texte de la commission du Sénat n°62 du 14 octobre 2026 changerait vraiment », 15 octobre 2026

