Home Produit et Service PER : « Je ne pense pas que le marché va exploser »

PER : « Je ne pense pas que le marché va exploser »

Le volet épargne de la Loi Pacte a l’objectif de simplifier et d’assurer la portabilité des produits d’épargne retraite. Ainsi le marché, est désormais unifié autour d’un unique produit multifonction, le « fameux » Plan d’Epargne retraite. Grâce à cette simplification voulue du paysage de l’épargne retraite, les Français seront-ils plus nombreux à utiliser ce nouveau dispositif dédié à l’épargne retraite ? Est-ce une formidable opportunité pour les professionnels de l’assurance de développer de nouveaux produits et services et de répondre ainsi aux besoins des épargnants ? L’activité commerciale sur l’épargne retraite supplémentaire va-t-elle, significativement augmenter ? Le PER va-t-il ouvrir de nouveaux marchés et permettre le transfert de l’épargne (Assurance-vie, PEA, Livret A,…) vers de l’épargne retraite ? Et enfin ce dispositif va-t-il bénéficier aux réseaux de proximité ? Autant de questions posées par Jean-Luc Gambey à Benjamin Sanson, Consultant Senior retraite et épargne salariale de Mercer France.

Le PER vise une simplification du paysage de l’épargne retraite supplémentaire. Dans ce contexte, le PER permet-il une meilleure compréhension de l’épargne-retraite supplémentaire pour les clients ? Les Français seront-ils plus nombreux à s’engager dans des dispositifs d’épargne-retraite ?

L’objectif est effectivement d’harmoniser les plans existants vers un plan aux conditions identiques ( versements, sorties, traitement fiscaux et sociaux…) afin de rendre plus lisible et plus simple l’épargne retraite supplémentaire. Au-delà de la lisibilité, les mesures prises concernant ces nouvelles conditions doivent amener à plus d’attractivité pour ce type de produit afin que les français soient plus nombreux à y investir et se tournent plutôt vers ce produit que vers l’assurance vie pour le financement d’un complément de retraite.

Le PER lève-t-il tous freins à la retraite complémentaire par capitalisation, pour une acceptation par les clients ? Les Français vont-ils, via ce nouveau dispositif, adhérer significativement à la retraite supplémentaire par capitalisation ?  

Il est plus attractif mais ne lève pas tous les freins connus, dont certains sont naturellement liés à ce type de produit. Le fait que l’épargne soit bloquée jusqu’au départ à la retraite (principe de ce type de régime) ne change pas, même si un nouveau cas de rachat anticipé  « heureux » est ajouté (acquisition résidence principale). Malgré la possibilité de sortir en capital sur une partie de son épargne, la sortie en rente sur la majorité de l’épargne acquise dans le cadre de plan collectif (cotisations obligatoires) reste un frein important.

L’activité commerciale sur l’épargne retraite supplémentaire va-t-elle, selon vous significativement augmenter ?

Cela va probablement booster les demandes d’information pour la partie collective (entreprises), peut-être encourager les entreprises à mettre en place des régimes, parfois juste pour que leurs salariés aient un dispositif sur lequel investir ou transférer leur épargne issue d’ancien plan. La partie PER Individuel devrait être la plus dynamique.

Cette simplification de l’épargne retraite supplémentaire, va-t-elle accélérer la digitalisation de la distribution de produit épargne-retraite ?

Pas vraiment, la digitalisation est déjà là depuis plusieurs années chez la plupart des acteurs – A part sur la partie distribution, sur des clients individuels ou TPE PME, qui pourrait se développer du fait des réformes et des mesures d’incitation à mettre en place épargne salariale et épargne retraite, le digital est déjà relativement présent chez tous les acteurs du marché.

Ce nouveau paysage de l’offre épargne retraite supplémentaire est-il aujourd’hui bien compris par les intermédiaires de proximité ? Ce nouveau dispositif de l’épargne retraite supplémentaire va-t-il bénéficier aux réseaux de proximité ?

Je pense qu’ils ont eu beaucoup d’informations de la part des acteurs avec qui ils travaillent et pour qui ils distribuent leurs produits d’épargne. Sur la partie PER individuel, les intermédiaires de proximité vont avoir un grand rôle à jouer et devraient faire quelques bonnes années commercialement grâce à ce produit à grande transférabilité.

Les intermédiaires de proximité ont/auront-ils besoin d’accompagnement (formation, nouveaux outils informatiques, outils d’aide à la vente, …) ?

Probablement, mais les assureurs/Teneur de Comptes pour lesquels ils travaillent ou sont partenaires leur fourniront.

Ce nouveau paysage de l’offre épargne retraite fera-t-il que les intermédiaires de proximité seront plus nombreux et plus efficaces à commercialiser des dispositifs d’épargne-retraite ?

Plus nombreux non, plus efficace peut-être, la transférabilité totale des anciens comptes sur le PER individuel devrait leur permettre de faire transférer des sommes importantes, à la souscription en tous cas.

Le PER va-t-il ouvrir de nouveaux marchés ? Le PER va-t-il permettre le transfert de l’épargne vers de l’épargne retraite ? Le PER va-t-il permettre de sortir les épargnants du fonds en euros pour aller vers les unités de compte ?

Je crois assez peu au transfert Assurance vie vers le PER, les français sont encore trop attachés à l’assurance vie, très souple et peu imposée. Concernant les UC, les dernières années ont montré que sur la partie collective, la grille de gestion pilotée par défaut marchait bien et améliorait le taux d’UC dans les dispositifs client. Pour la partie individuelle, la gestion par défaut ayant moins d’impact, cela va être à l’intermédiaire d’être convaincant et d’avoir les arguments pour amener son client vers la meilleure gestion financière possible, en fonction des attentes du client.

Concernant les offres du marché, sur quoi vont elle se différencier ? Le niveau des frais, le rendement, les options proposées, les services de gestion à distance,… ou autres ?

Rendement des grilles, tarification même si déjà très basse sur la partie collective et sur les services individuels, plus il va y avoir des UC dans les contrats ou dans l’investissement du bénéficiaire et plus des services de conseils personnalisés ou non vont se développer. On le voit déjà avec l’arrivée de robot advisor ou de profil définissant automatiquement l’allocation de l’épargne après réponses à quelques questions par exemple.

Au final, l’arrivée du PER impactera-t-elle fortement le marché français de l’épargne retraite supplémentaire ? En général ? Pour individuel ? Pour les TNS ? Pour le Collectif ?

Cela va tout d’abord impacter l’épargnant qui va pouvoir rassembler son épargne ou avoir un seul et même compte, tout au long de sa carrière et peu importe son statut. Le marché lui va surement se concentrer du fait des investissements techniques et de gestion à réaliser pour se conformer à la loi Pacte. Avec un avantage pour les acteurs ayant des maisons de gestion financière du fait de l’augmentation de la part U.C dans les contrats, avoir ses fonds est un levier de croissance/rémunération… Je ne pense pas que le marché va exploser grâce à la loi Pacte, il pourrait par contre être plus impacté par la prochaine réforme des retraites qui promet plus de capitalisation et une retraite plus individualisée que dans le passé. Celle-ci devrait pousser les français et les sociétés à prendre le sujet un peu plus sérieusement et de façon plus précoce qu’auparavant, dans les années à venir.

Sur le même sujet, vous pouvez retrouver un plateau Assurance TV intitulé « Epargne retraite et loi PACTE : évolution ou révolution ? »

Vous pourrez retrouver également prochainement, sur ce sujet, les résultats de notre enquête réalisée auprès de professionnels : PER, pépère ou prospère ?

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