La MIF publie ce 9 juin 2026, en partenariat avec Odoxa, la deuxième vague de son baromètre annuel sur le moral des futurs retraités. Réalisée auprès de 1 000 actifs de 45 à 64 ans, l’étude révèle une impatience croissante à l’égard du départ en retraite, portée par des arbitrages favorables à la santé plutôt qu’aux revenus, dans un contexte de forte méconnaissance du système.
Partir pendant qu’on est encore en forme, quitte à y laisser des plumes financièrement : c’est l’arbitrage que font désormais 63 % des futurs retraités français. Un choix qui dit beaucoup sur l’état d’esprit d’une génération qui a vécu les reports successifs de l’âge de départ comme autant de contraintes imposées. L’impatience progresse : 62 % des 45-64 ans attendent la retraite avec impatience, soit 2 points de plus qu’en 2025, et 73 % chez les 60-64 ans, mais elle n’est plus vraiment tournée vers l’argent. Pour 81 % des futurs retraités, bien vivre sa retraite signifie avant tout être en bonne santé, loin devant disposer de revenus suffisants, cité par 59 % des répondants en recul de 7 points en un an. La retraite comme nouveau départ plutôt que comme récompense financière : 89 % la vivent dans cet état d’esprit.
Sauf que la réalité financière, elle, ne se négocie pas. 84 % des futurs retraités anticipent une baisse de leur pouvoir d’achat, qu’ils évaluent eux-mêmes à 31 % en moyenne. Plus d’un sur deux (52 %) s’attend à une situation financière moins bonne que celle de leurs parents au même âge.
Ce qui frappe davantage encore, c’est l’ampleur de l’incompréhension du système censé les protéger : 71 % ignorent leur taux de remplacement, 54 % déclarent mal comprendre le fonctionnement de la retraite française, et la suspension de la réforme de 2023 n’a rien arrangé, seuls 56 % en comprennent les implications concrètes, un taux qui ne monte qu’à 63 % parmi les personnes directement concernées, nées entre 1964 et 1968. Ils avancent, en somme, sans vraiment savoir où ils vont : 54 % se sentent mal informés sur le montant de leur future pension, 60 % sur les contrats à souscrire et 62 % sur les démarches à effectuer.
Face au flou, l’épargne comme bouée de secours
Face à cette incertitude, les futurs retraités ne restent pas passifs, mais leurs réponses révèlent moins une stratégie qu’une forme de résignation anticipée. 70 % épargnent pour préparer leur retraite (+5 pts en un an), avec l’assurance-vie comme placement de référence, détenue par 48 % d’entre eux (+3 pts). Le PER et les produits d’épargne salariale séduisent chacun 23 % des répondants, le PEA progresse à 20 % (+2 pts). Mais le signal le plus révélateur vient peut-être d’ailleurs : 47 % envisagent de poursuivre une activité professionnelle au moins à temps partiel après la liquidation de leurs droits. Le cumul emploi-retraite, longtemps perçu comme un choix de confort pour ceux qui aiment leur métier, devient ainsi pour beaucoup une nécessité économique anticipée.
Le baromètre met également en évidence de fortes disparités selon le genre et la catégorie socioprofessionnelle : 71 % des hommes détiennent déjà un produit d’épargne retraite, contre 58 % des femmes, soit 13 points d’écart. 86 % des cadres épargnent activement pour leur fin de carrière, contre 64 % des employés et ouvriers. Derrière les moyennes nationales se dessinent en réalité cinq France de la retraite : les Experts (25 %), bien préparés et hauts revenus ; les Improvisateurs (27 %), pressés de partir mais peu préparés ; les Ambitieux (18 %), qui optimisent leurs conditions de départ ; les Non-initiés (17 %), proches de l’échéance mais peu au fait de ses modalités ; et les Décrochés (13 %), sans épargne ni préparation engagée.

