Death tech : Doctolib des obsèques, cimetière digital, réalité augmentée des souvenirs, digital afterlife…

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« La mort comme le soleil ne peuvent se regarder en face », écrivait François de La Rochefoucauld il y a déjà quatre siècles. Et parce que la mort fait peur, beaucoup ne l’anticipent pas.

Préparer sa mort, c’est pourtant s’assurer que ses dernières volontés seront respectées et faciliter les choses à ceux qui restent. Les contrats obsèques ont été conçus en ce sens. Aujourd’hui, les nouvelles technologies facilitent la « death tech » ou l’usage de la technologie appliquée à la mort.

En 2019, seuls 13 % des Français avaient rédigé leurs directives anticipées et plus de la moitié n’envisage pas de laisser d’instructions concernant leurs obsèques. Ce manque d’anticipation pour sa propre mort s’explique par un manque d’informations sur le sujet, mais aussi par une forme de superstition, comme si préparer sa fin de vie pouvait engendrer un malheur.

Pourtant, réfléchir à ce que l’on veut pour soi est un acte de responsabilité et de générosité. Communiquer sur ses volontés en fin de vie et ses souhaits en matière d’obsèques permet d’éviter de culpabiliser ses proches sur le bon choix à faire et d’éviter des conflits au sein des familles dans un moment difficile.

Un questionnaire pour anticiper son départ

Pourtant, anticiper sa mort peut constituer un projet de vie. Happy End accompagne tous ceux qui le souhaitent à anticiper leur fin de vie avec un parcours en ligne intitulé « j’anticipe mon départ ».

Il s’agit d’un questionnaire guidé et personnalisé qui aide les vivants à se poser les bonnes questions, à faire des choix éclairés et à les faire connaître. Le service permet aussi d’avoir accès à un annuaire de professionnels et un webinaire « Préparer mes obsèques, mode d’emploi » qui permet de bénéficier de conseils personnalisés et de poser toutes ses questions en live à un expert.

Outre-Manche, la start-up DeadHappy, créée par un entrepreneur, suite à une expérience de mort imminente , conjugue un service d’assurance vie et un service notarial incitant à exprimer ses dernières volontés, parfois totalement extravagantes.

Cimetières digitaux et QR codes en réalité augmentée

Des start-ups se positionnent aussi sur le champ du souvenir. Ainsi, Alanna, jeune entreprise lilloise créée en 2021 par Marie-Bérengère Salmon et Baptiste Rippes compte devenir « le premier cimetière digital mondial » .

Cette start-up a pour objectif de réunir et de soutenir les personnes ayant perdu un proche en leur proposant un espace unique et privé afin d’annoncer un décès, organiser les obsèques et obtenir des conseils. Elle permet également de faciliter les échanges, les partages de souvenirs et interactions entre tous les membres de la famille tout en rendant hommage au défunt. « Nous voulons être une entreprise incarnée et au service des hommes, Alanna est un prénom : nous développons un service technologique utile et accessible, proche des individus, dans le contexte particulier du deuil. Le monde évolue, le regard sur la mort doit changer également : nous souhaitons être une marque engagée et humaine », indique Marie-Bérengère Salmon.

D’autres entreprises telles que Requiem Code, InMemori ont pour but de « disrupter » le vieux modèle des pompes funèbres en proposant de prolonger la vie numérique des défunts après leur mort, comme l’explique un article des Echos Entrepreneurs.

Ainsi, Requiem Code, entreprise créée par Lilian Delaveau, jeune ingénieur de 27 ans, propose une appli de QR codes qui, placés sur une plaque funéraire, permettent d’afficher en réalité augmentée divers souvenirs du défunt et de personnaliser ainsi des tombes d’ordinaire peu différenciées. Requiem Code compte aller plus loin avec un « Doctolib des obsèques » facilitant la mise en relation entre les familles endeuillées et des professionnels de confiance.

Son petit nom : Life ! Sur le même modèle que les wedding planners, des death planners pourront prendre en charge toutes les démarches. Repos Digital se focalise, pour sa part, sur la gestion post décès de la vie numérique, en recherchant et en clôturant les comptes numériques des personnes décédées et en récupérant l’argent et les biens qui appartiennent à la famille

La Grande-Bretagne, l’Australie, le Canada ou les États-Unis sont plus avancés sur ces sujets. Non seulement les tombes connectées y sont monnaie courante, mais certains entrepreneurs y poursuivent des projets à base d’intelligence artificielle dignes des séries de science-fiction.

Tout est bon pour prolonger la vie numérique des défunts et leur fabriquer une « digital afterlife ». Certains veulent même les réincarner sous forme de chatbots conversationnels à partir des contenus postés sur les réseaux sociaux.

Microsoft a fait le buzz en déposant un brevet sur cette niche début 2021. Des avancées technologiques, certes, mais qui interrogent sur la façon dont pourra se concrétiser le long et difficile chemin du deuil.


Les assurances obsèques, une valeur sûre

Ces nouvelles façons de préparer la mort se démarquent des contrats obsèques, certes traditionnels, mais répondant à un vrai besoin. Les assurances obsèques sont longtemps restées hors la loi : la Grande ordonnance de la marine les considère comme « réprouvées et contre les bonnes mœurs » (Livre III Chapitre VI Article X), car elles peuvent faire convoiter la mort de l’assuré.

Sous l’empire britannique, elles ont existé sous forme de gageure, ce qui ralentissait leur diffusion, car elles sont douteuses et source d’indignation. En France, une Compagnie royale d’assurance vie est créée en 1787, mais elle est éphémère ; il faut attendre un arrêt du conseil d’État de 1818 pour autoriser finalement l’assurance-décès. Le site Lassuranceobsèques.fr a établi le palmarès 2022 des meilleures assurances obsèques en tenant compte du profil du souscripteur. Une source de comparaison intéressante.

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