En 1982, la France crée le régime Cat Nat pour mieux indemniser les victimes de catastrophes naturelles. Plus de quarante ans plus tard, le dispositif reste essentiel. Mais il repose sur une condition simple : pour en bénéficier, il faut déjà être assuré. Or, dans les Outre-mer, une part importante de la population ne l’est toujours pas.
Du 12 au 20 décembre 1981, de violentes crues touchent une grande partie du bassin de la Garonne. Environ 2 300 habitants doivent être évacués, selon Météo-Paris, et les premiers dégâts sont estimés à 150 millions de francs. Dans le même temps, les vallées de la Saône et du Rhône connaissent elles aussi d’importantes inondations.
La question de l’indemnisation des catastrophes naturelles est déjà débattue depuis plusieurs années. Mais ces événements accélèrent les choses. Le 13 juillet 1982, la loi relative à l’indemnisation des victimes de catastrophes naturelles est adoptée. Le régime Cat Nat est né.
Être assuré pour être indemnisé
Le principe est simple : pour bénéficier de la garantie catastrophe naturelle, le bien endommagé doit être couvert par un contrat d’assurance dommages. Et c’est là qu’un problème apparaît dans les Outre-mer.
Selon un rapport du Sénat publié en 2024, le taux d’assurance dommages, particuliers, entreprises et collectivités confondus, était estimé en 2020 à environ 50 % dans les Outre-mer, contre 96 % dans l’Hexagone. Il était d’environ 40 % à Mayotte, Saint-Martin et en Guyane, 50 % en Guadeloupe et en Martinique, et 60 % à La Réunion et Saint-Barthélemy.
Une situation particulière pour des territoires fortement exposés aux risques naturels : cyclones, inondations, submersions marines, séismes, éruptions volcaniques, mouvements de terrain ou encore tsunamis.
Le régime Cat Nat n’a d’ailleurs pas toujours concerné les Outre-mer. Lors de sa création en 1982, les départements ultramarins en sont exclus. Il faut attendre 1990 pour que le dispositif leur soit étendu. Même chose pour les vents cycloniques les plus violents : ils n’entrent dans le régime Cat Nat qu’à partir de 2000. Aujourd’hui, ils peuvent être reconnus lorsque les vents atteignent au moins 145 km/h en moyenne sur dix minutes ou 215 km/h en rafales.
Mais les derniers cyclones ont surtout mis en lumière une autre limite : le nombre encore important de logements non assurés.
Chido : seulement 6 % des ménages assurés en MRH
Le 14 décembre 2024, le cyclone Chido ravage Mayotte. Quelques mois plus tard, France Assureurs comptabilise plus de 20 000 sinistres assurés pour 552 millions d’euros.
Mais ce chiffre ne représente qu’une partie des dégâts. Une mission inter-inspections a évalué les dommages provoqués par Chido et la tempête Dikeledi à plus de 3,4 milliards d’euros. Selon l’étude d’impact du projet de loi de refondation de Mayotte, seuls 16 % des logements n’auraient pas été endommagés. 50 % auraient été touchés et 33 % détruits.
Après Chido, CCR rappelait que le taux de couverture en assurance multirisque habitation à Mayotte n’était estimé qu’à 6 %. Un chiffre issu des dernières données de référence disponibles, l’enquête Budget de famille 2017 de l’Insee. Pour ces logements non assurés, la reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle ne permet donc pas de bénéficier du régime Cat Nat.
À La Réunion, près d’un ménage sur trois sans MRH
La situation est meilleure à La Réunion, mais la non-assurance reste importante.
Selon les dernières données de référence reprises par le Sénat en 2024, le taux de couverture MRH atteint 68 % à La Réunion. Environ 32 % des ménages restent donc sans cette couverture. Lors du cyclone Garance, en février 2025, France Assureurs a recensé 68 000 sinistres assurés pour 379 millions d’euros.
Le coût total des dégâts a, lui, été évalué à environ 849 millions d’euros. Les deux chiffres ne couvrent pas exactement le même périmètre et ne peuvent donc pas être directement comparés. Mais une chose est certaine : les logements non assurés ne peuvent pas bénéficier de la garantie Cat Nat.
Un an auparavant, le cyclone Belal avait déjà provoqué 42 100 sinistres assurés pour environ 100 millions d’euros. Là encore, une partie des ménages réunionnais restait en dehors du régime, faute d’assurance habitation.
1,8 % des cotisations, 10 % de la sinistralité
Ces événements récents ne sont pas isolés.
Selon CCR, entre 2000 et 2024, les territoires ultramarins ont représenté seulement 1,8 % des cotisations du régime Cat Nat, mais 10 % de sa sinistralité. Les Outre-mer sont donc particulièrement exposés aux catastrophes naturelles, alors même qu’une partie importante des habitants, des entreprises ou des collectivités reste encore peu ou pas assurée.
La question devient alors centrale : comment faire en sorte que davantage de personnes soient assurées pour pouvoir bénéficier du régime Cat Nat lorsqu’une catastrophe survient ?
Quelques initiatives, mais encore peu pour les particuliers
Certains acteurs ont commencé à apporter des réponses.
Aux Antilles et en Guyane, GFA Caraïbes, filiale de Generali France, et NAGICO ont noué en 2025 un partenariat portant notamment sur les nouvelles offres de multirisque habitation, immeubles et commerces. L’objectif est de maintenir une offre d’assurance dans des territoires où l’exposition aux risques naturels et les difficultés de réassurance peuvent fragiliser le marché.
À La Réunion, Entrepreneurs de la Cité, avec UFA Allianz, propose de son côté des solutions de micro-assurance destinées aux créateurs d’entreprise. Elles peuvent notamment couvrir les locaux professionnels contre les tempêtes et les catastrophes naturelles.
Les collectivités disposent également, depuis juillet 2025, de CollectivAssur, une cellule financée par France Assureurs. Elle accompagne celles qui rencontrent des difficultés pour trouver ou conserver une assurance. Le dispositif est national et concerne donc aussi les collectivités ultramarines.
Ces initiatives répondent à une partie du problème : maintenir une offre disponible, aider les petites entreprises ou accompagner les collectivités. Mais du côté des particuliers, les solutions restent plus limitées. À ce jour, nos recherches n’ont pas permis d’identifier de grande offre de type « tarif social » de l’assurance habitation spécialement destinée aux ménages ultramarins.
Or c’est bien là que se trouve une partie du problème, en particulier à Mayotte. Car pour que le régime Cat Nat protège davantage de personnes, encore faut-il que davantage de ménages puissent accéder à une assurance habitation.
Les catastrophes naturelles et l’assurabilité dans les Outre-mer feront partie des sujets abordés lors des Trophées de l’Engagement 2026, aux côtés d’autres grands enjeux sociétaux et environnementaux sur lesquels l’écosystème de l’assurance peut agir.

