Pièces de réemploi : de l’option à la norme

Entre 2021 et 2025, le coût moyen d’une réparation après collision a augmenté de près de 30 %, la prime moyenne d’environ 20 %. Pour les assureurs, la pièce issue de véhicules hors d’usage n’est plus un sujet environnemental : c’est un levier économique qu’il faut désormais industrialiser.

Un écart de dix points qui se lit dans les comptes

Entre 2021 et 2025, le coût moyen des réparations a progressé de 29,9 %, selon l’Observatoire des sinistres de collision SRA, calculé sur environ 1,4 million de sinistres. Sur la même période, la prime moyenne d’un véhicule de 1ʳᵉ catégorie est passée de 426 € HT en 2021 à 511 € HT en 2025, soit environ 20 %, d’après France Assureurs.

Le parallèle est donc juste dans son sens, sans être arithmétique. Une prime couvre aussi la fréquence des sinistres, qui a plutôt reculé en 2025, et d’autres garanties que la collision. Mais le ratio combiné du marché automobile s’établissait à 100,3 % en 2024 : la marge de manœuvre est faible, et le coût du sinistre finit par se répercuter sur le tarif.

Pourquoi la facture grimpe

Les pièces pèsent 52,1 % du coût d’une réparation, et leur coût a augmenté de 33,4 % depuis 2021. Deux mécanismes se cumulent :

  • Plus de pièces touchées. Un sinistre implique en moyenne 6,5 pièces, capteurs, optiques LED et aides à la conduite multipliant les éléments exposés au choc.
  • Moins de réparation. 71,9 % des pièces endommagées sont remplacées plutôt que réparées, faute de pouvoir intervenir sur l’aluminium, les composites ou les assemblages complexes.

L’électrification aggrave le phénomène. 16,6 % des véhicules accidentés sont hybrides ou électriques, une part qui a plus que doublé en deux ans, avec un surcoût de réparation de 15,4 % pour l’électrique.

Le réemploi progresse, mais reste marginal

Le mouvement est engagé. Au deuxième trimestre 2026, 22,3 % des réparations comprennent au moins une pièce de réemploi, contre 13,5 % en 2023. Mais les PRE ne représentent que 6,6 % des pièces remplacées, et 9,3 % sur les véhicules de cinq ans et plus. Côté prix, l’écart avec le neuf va, selon les acteurs de la filière, de 30 à 65 % selon le type de pièce.

Le réemploi n’est pas non plus un remède suffisant à lui seul. Malgré leur progression, le coût des réparations a encore augmenté de 4,1 % sur un an à mi-2026. Mais la conclusion à en tirer est inverse : tant que les PRE restent une option, elles ne peuvent pas peser sur la moyenne.

Ce que « généraliser » veut dire

La réglementation a posé le cadre : depuis 2017, les réparateurs doivent proposer des pièces de réemploi pour certaines catégories de pièces. Reste à passer de la proposition à la pratique, et trois chantiers se dégagent.

  1. Standardiser l’offre. SRA voit dans l’absence de standards partagés l’un des principaux freins et prépare un « Label Recycleur Vertueux » (état des pièces, durée de vie résiduelle, garantie, livraison). Un référentiel commun permet aux assureurs de référencer des recycleurs sans réinventer le contrôle qualité à chaque sinistre.
  2. Renforcer l’appareil productif. Le taux moyen de réemploi des centres VHU atteint 12,6 %, au-dessus de l’objectif réglementaire de 10 % pour 2026, mais 34 % des centres restent sous 2 %. La disponibilité et les délais de livraison conditionnent l’adoption par les carrossiers.
  3. Faire des PRE le réflexe. Les assureurs disposent du levier : intégration dans les stratégies d’indemnisation, promotion auprès des réseaux de réparateurs, valorisation dans les contrats. Certains fixent des cibles chiffrées : Generali vise 25 % de réparations avec pièces de réemploi à horizon 2027, après 21 % fin 2025. L’acceptabilité n’est pas un obstacle : un sondage OpinionWay cité par la filière donne 91 % de consommateurs favorables.

GPA « industrialiser » le réemploi

Parmi les recycleurs, Groupe GPA illustre assez bien la structuration attendue par la filière. Cette ETI de la Drôme, dont le siège est à Livron-sur-Drôme se présente comme un acteur industriel de l’économie circulaire, à la croisée de l’industrie et de la distribution : elle revalorise les véhicules pour proposer des pièces d’occasion de qualité.

Son activité s’appuie d’abord sur les assureurs : GPA gère principalement des véhicules accidentés provenant de compagnies partenaires, et prend en charge les véhicules en perte totale partout en France, thermiques comme électriques. Les véhicules sont enlevés via un réseau de points relais gérés par des professionnels de l’automobile, avec un délai d’enlèvement annoncé de 2,3 jours. Ils sont ensuite photographiés, badgés et dotés d’une fiche de démontage générée par algorithme, avant de passer sur deux lignes de démontage. Chaque pièce est nettoyée, testée, photographiée, emballée puis stockée sur place.

C’est sur la promesse faite au réparateur que l’offre répond aux freins identifiés par SRA : pièces tracées, contrôlées, garanties deux ans, livrées gratuitement partout en France, en 24 à 48 heures. L’entreprise annonce un stock de plus de 150 000 pièces, environ 1 500 pièces démontées par jour et jusqu’à 2 200 colis expédiés quotidiennement. Elle a ouvert un accès B2B en 2022, destiné aux réparateurs, aux assureurs et aux réseaux, et déclare que ses clients ont économisé 150 millions d’euros en 2025. Côté environnement, GPA affiche 99,7 % de valorisation des véhicules hors d’usage, là où les exigences européennes imposent 95 %, et publie ses taux de réutilisation et de recyclage calculés par SYDEREP, validés par des tiers certificateurs et l’ADEME.

Chiffres GPA déclarés par l’entreprise.

Anticiper l’électrique

Le vrai test est devant nous. Batteries haute tension et composants électroniques exigent de nouvelles procédures de contrôle et une coopération plus étroite entre constructeurs, recycleurs et assureurs avant d’entrer dans les circuits du réemploi. Les volumes vont vite : 73 % des batteries de véhicules électriques en fin de vie devraient transiter par les centres VHU à l’horizon 2030. La filière qui saura les traiter en sécurité captera l’essentiel de la valeur.

Notre conviction

Aucune mesure isolée ne ramènera l’inflation du sinistre automobile à son niveau d’avant 2021. Mais parmi les leviers dont l’assurance a la main, le réemploi est l’un des rares qui réduit à la fois la dépense et l’empreinte carbone. Ne pas le généraliser reviendrait à laisser plus de 93 % des pièces remplacées à un prix qu’on sait pouvoir réduire.

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