AÉSIO mutuelle vient de publier une note d’éclairage intitulée « Travail, santé, prévoyance : repenser la protection sociale collective ». Construit à partir d’analyses prospectives, de témoignages, de retours d’expérience d’entreprises de toutes tailles et de regards d’experts externes, le document dresse un constat simple mais structurant : pour les salariés français, la protection collective ne se limite plus aux garanties. Nous avons interviewé Nathalie Bohére – Directrice Commerce et Distribution Aésio mutuelle
La note d’éclairage explique que les attentes clients évoluent moins par génération que par étape de vie et de responsabilités. Comment un acteur mutualiste traduit-il concrètement cette diversité dans une offre collective, qui reste par nature un contrat commun à tout un effectif ? Comment un acteur mutualiste peut/doit-il concrètement agir ?
Les salariés ont en effet des parcours de vie différents et les contrats collectifs doivent prendre en compte la diversité des besoins. Globalement, c’est le principe même de la mutualisation qui permet de répondre à cette diversité par une offre collective : nos actuaires ont précisément pour mission de transformer des risques individuels en équilibre collectif. Dans le cas des entreprises, construire une offre adaptée nécessite donc une compréhension fine des risques spécifiques liés à son activité, du profil de ses salariés, pour concevoir une offre qui répond à leurs besoins. Il est également essentiel de maîtriser l’univers des entreprises, les priorités des dirigeants, mais aussi les spécificités propres à chaque secteur. Les besoins ne sont pas les mêmes dans la métallurgie ou dans l’expertise comptable. Notre connaissance des branches professionnelles est également décisive dans la capacité à répondre à leurs enjeux de la meilleure façon possible.
Au-delà des garanties et des remboursements, les entreprises attendent de nous que nous agissions en amont, sur les causes des risques. C’est le deuxième volet de notre métier, afin de proposer un accompagnement global en proximité. Pour cela, nous proposons des actions de prévention et des services utiles, à distance ou sur site selon les caractéristiques des entreprises, en lien avec les risques et préoccupations propres à chacune d’elles. Nous proposons également la consultation de professionnels de santé à distance, qui facilitent l’accès aux soins dans un contexte de désertification médicale croissante. Les moyens mis en œuvre sont hybrides, car nous n’entendons pas imposer le digital pour tout et à tous.
La force de notre modèle mutualiste réside aussi dans notre capacité à nous engager concrètement pour répondre aux évolutions sociétales, par exemple avec l’action sociale. Il s’agit de dispositifs qui visent à faciliter l’accès aux soins et aider les clients qui rencontrent des difficultés pour préserver leur santé en évitant le report ou le renoncement à des soins coûteux. Aésio mutuelle a notamment mis en place un fonds de solidarité à cet effet, que nous mobilisons en cas de coup dur pour les salariés de nos entreprises clientes.
La note d’éclairage affirme que l’accompagnement des salariés participe à la performance de l’entreprise au-delà du remboursement. Mais dans un contexte d’accélération des transferts de charges vers les organismes complémentaires, comment continuer à développer et à financer cet accompagnement sans faire pression sur les coûts des entreprises et des salariés ? Erwann Tison, cité dans la note, parle d’un modèle économique « à réinventer ». Est-il souhaitable/possible d’avoir de nouveau modèle, de mutuelle, en perspective ?
Concrètement, sur la question du « comment », nous analysons chaque année l’équilibre des contrats de nos entreprises clientes, pour proposer les ajustements visant justement à minimiser cette pression des coûts. Notre objectif est d’être un partenaire de confiance, capable d’amener les dirigeants ou DRH à faire les meilleurs choix. Une protection sociale collective de qualité se construit sur la durée, avec des moments clés récurrents (bilans, obligations réglementaires, renouvellements), en ne se résumant pas au seul tarif, et pour rester compétitifs, nous privilégions une approche fondée sur le conseil, parfois plutôt que sur le prix. L’écoute est également essentielle, elle permet de comprendre les enjeux économiques et les irritants internes, pour maintenir l’équilibre de chaque contrat collectif.
Dans le détail, les salariés souhaitent les meilleures couvertures et les meilleurs remboursements possibles, et pour l’entreprise, l’enjeu est de maîtriser les cotisations et les charges. De notre côté, là encore, le rôle de de nos experts est central : entre ces attentes, les contraintes réglementaires, la concurrence et la solidarité, ils construisent les conditions de la soutenabilité du modèle. Leur objectif est de proposer les meilleurs contrats en agissant sur les prix, les garanties et les services, et de les faire évoluer sur la durée dans l’intérêt de nos clients.
Plus largement, au-delà des mutuelles, c’est le modèle de protection sociale dans son ensemble qu’il est non seulement souhaitable, mais aussi nécessaire de faire évoluer ! Il s’agit en effet de financer une transition démographique majeure. Citons l’exemple de la santé : face à la hausse continue des dépenses de santé et au vieillissement de la population, notre système de santé se trouve en effet à la croisée des chemins. Les transferts de charges et les taxes qui touchent les organismes complémentaires d’assurance maladie ont atteint leurs limites.
La réforme du 100 % Santé était par exemple alignée avec les principes de solidarité de notre écosystème mutualiste : s’assurer que l’une des parties prenantes, en l’occurrence les bénéficiaires de soins les plus fragiles, puissent avoir accès à ces soins, sans reste à charge. Mais le changement des règles a déséquilibré le modèle. L’effet de contrepartie est réel et il doit être réparti raisonnablement auprès de chacune des parties prenantes, afin de ne pas induire de déséquilibre, voire d’iniquité dans le système… Il faut donc désormais penser une réforme globale, coconstruite entre les acteurs clés du système : citoyens, entreprises, professionnels de santé, régimes obligatoires, complémentaires santé et État. Car le système de santé est en effet un modèle où chaque maillon dépend des autres.
Dans ce contexte de plus en plus contraint, les modèles traditionnels montrent ainsi leurs limites. Le modèle mutualiste, non lucratif et redistributif, permet de faire face à cette complexité et de continuer à remplir sa mission d’utilité sociale. La valeur créée est redistribuée, elle est remise au service des clients, des collaborateurs, et de notre capacité à continuer à protéger.
Est-il possible et souhaitable de faire de l’entreprise un « territoire de prévention » ? Comment ?
Oui, c’est même indispensable ! L’entreprise a tout à gagner à devenir un territoire de prévention car celle-ci est à la fois un levier d’attractivité pour les salariés et de marque employeur, mais aussi un levier de performance. En réduisant l’absentéisme ou les problématiques de santé mentale par exemple, et en favorisant le bien-être au travail, les bénéfices pour l’entreprise comme pour ses collaborateurs sont concrets. C’est à ce titre que nous sommes un véritable partenaire pour les entreprises et que nous travaillons de concert avec les différentes parties prenantes, dirigeants comme organisations syndicales par exemple, pour construire des réponses de protection et prévention les plus en adéquation avec les besoins.
Patrick Brothier conclut la note en parlant d’un « changement de paradigme » : passer d’une logique de réparation à une logique de prévention. Est-ce un changement que les entreprises et les partenaires sociaux sont, selon vous, réellement prêts à opérer aujourd’hui ?
Chaque jour, nos équipes sur le terrain constatent la nécessité de ce changement qui est majoritairement partagé par les entreprises comme par les partenaires sociaux. L’enjeu réside aujourd’hui davantage dans la façon et la méthode d’opérer ce changement, et c’est tout le sens de l’accompagnement que notre mutuelle apporte aux entreprises. Nous sommes convaincus que c’est notre capacité d’adaptation aux spécificités de chaque entreprise qui fera la différence, avec plusieurs maître-mots : la proximité, l’utilité et l’adaptation aux usages. De leur côté, les entreprises savent que la prévention et la protection sont aujourd’hui des leviers de performance, autant que de qualité de vie, d’attractivité et de fidélisation. Cela dit, la typologie des entreprises est variée, elles n’ont évidemment pas tous les mêmes moyens, ni les mêmes priorités en fonction de leurs secteurs d’activité. Certains peuvent financer de vastes programmes de prévention dont nous réalisons l’ingénierie, ou mobiliser des professionnels de santé dédiés, d’autres non… Ce qui est certain, c’est que ces entreprises remplissent désormais des missions auparavant plutôt assurées par la sphère publique. Enfin, les témoignages de la note d’éclairage soulignent que si la santé collective connaît de fortes évolutions, en revanche, la prévoyance souffre encore d’une méconnaissance, d’un manque de culture et de vulgarisation, alors qu’elle s’avère centrale pour sécuriser les parcours. Elle demeure un angle mort de la protection sociale collective.
La protection collective, un choix de société est évoqué par le président d’Aésio mutuelle. Le débat sur les retraites va probablement occuper une place importante dans la campagne présidentielle. Est-ce que le sujet de la protection sociale va être présent et peser dans le contexte des prochaines élections présidentielles ? Sous quel(s) angle(s) ?
Dans la perspective de l’élection présidentielle, c’est le sujet de la protection au sens large qui doit être mis sur le devant de la scène. Dans un contexte où les systèmes de protection ne suffisent plus à assurer la soutenabilité de notre système de santé, où le coût des sinistres climatiques, les risques sont nombreux de voir une partie des Français dans l’incapacité de se protéger faute de moyen. A ce sujet, les directeurs généraux d’Aéma Groupe ont récemment cosigné une tribune, parue dans Les Echos, appelant à la création d’Assises de la Protection afin de répondre à l’urgence actuelle, préserver les générations futures et ainsi garantir la pérennité de notre contrat social. L’échéance électorale est l’occasion de montrer la nécessité de travailler collectivement en sortant des freins qui entretiennent à l’heure actuelle la fragilité du système de protection en France.
Si vous deviez résumer en une phrase ce que « repenser la protection sociale collective » signifie concrètement pour AÉSIO mutuelle dans les prochaines années, que diriez-vous ?
En une seule phrase : malgré les contraintes évoquées, la conviction d’AÉSIO mutuelle est qu’il y a toujours moyen d’agir, il est toujours possible d’innover en travaillant collectivement !
En quelques phrases, notre ambition est de développer un modèle de mutualisme entrepreneurial solide, moderne et solidaire. Nous voulons renforcer notre esprit entrepreneurial, pour tester, oser, prendre des initiatives, car nous souhaitons nous diversifier dans des univers à forte utilité sociale, élargir l’offre d’AÉSIO mutuelle de protection pour mieux répondre aux besoins de protection des Français. Notre mutuelle vise la performance mais ne renonce pas à son utilité sociale, qui est sa raison d’être. La performance n’est pas la finalité de notre modèle, elle est la condition de sa durabilité. Le mutualisme entrepreneurial, c’est prouver que performance économique et utilité sociale ne s’opposent pas, ils se renforcent !

